Évocations

Mouloud Kassem: l’homme, le combat et le contexte/Sifaoui Abdelatif

MOULOUD KACEMMouloud kassem, est et restera une figure emblématique du paysage culturel de l’Algérie indépendante.

Il est de ces hommes qui ont eu une grande influence sur le monde des idées, en cette Algérie des années soixante dix notamment, donc à un moment crucial de  l’histoire de notre pays où une lutte acharnée et sans concessions opposait les partisans d’une Algérie demeurant fidèle à son passé et ouverte sur le monde, aux partisans d’une Algérie affranchie ,libérée d’un passé qualifié de rétrograde et d’obscurantiste.

Dans un contexte politique et idéologique très particulier, dans lequel les thèses marxistes et matérialistes avaient le vent en poupe ,il n’était guère évident que contre vents et marées une poignée d’hommes réussisse la gageure de faire face à la déferlante communiste et laïque ,et surtout affirmer tout haut, avec fierté et assurance, que l’Algérie est musulmane et le restera.

 

Cette poignée d’hommes de caractères et d’une grande dignité dont mouloud kassem et Malek Bennabi étaient les plus illustres représentants, a contribué d’une manière décisive à mettre en échec partiel, un projet dans les tenants et aboutissants auraient été catastrophiques sur le présent et l’avenir de notre pays si il avait été appliqué tel qu’il a été pensé par ses initiateurs.

 

D’ailleurs, l’Algérie continue à payer très chère aujourd’hui encore les errements et les turpitudes de cette caste idéologique néfaste qui au delà de sa propre faillite est incontestablement  foncièrement responsable des déboires actuels de notre pays.

 

Le mérite de Mouloud Kassem est justement d’avoir  dénoncer et combattu cette dérive dangereuse, en usant du peu de pouvoir que lui conféraient son poste de ministre , son statut de moudjahid et son aura d’intellectuel affirmé.

 

Ainsi, il fut avec Malek Bennabi un des initiateurs du séminaire de la pensée islamique,il créa la revue Al assala, et sera un des plus fervents défenseurs de l’arabisation, donc autant de projets par le biais desquels il mena sa bataille pour le recouvrement de l’ identité et par là même la personnalité et l’authenticité du peuple Algérien, et de ce fait il a pu se singulariser par un discours et une pensée qui prennent leurs racines dans le riche patrimoine historique de la l’Algérie.

 

Pour redécouvrir la pensée de cette personnalité atypique, nous mettons à la disposition de nos lecteurs ces extraits de deux textes de Mouloud Kassem qui écrits dans le contexte de l’époque, ne peuvent susciter en nous que le respect le plus total envers cette personne pour son courage et pour sa clairvoyance.

 

Texte 1 : « ha’dhihi al Madjalla »

 

 

 

« (Cette revue paraît) au moment où le pays entreprend une importante révolution culturelle, spirituelle, qui extirpera chez nous à jamais les mœurs étrangères- produit d’une importation involontaire. Notre peuple a consenti d’énormes sacrifices et a lutté des années durant, non pour le luxe et une vie superficielle. S’il a tant combattu, c’est pour recouvrer son identité et par là même sa personnalité et son authenticité (…).

 

Elle (la revue) n’aura aucune pitié pour les orphelins de la culture et pseudo-intellectuels qui s’acharnent à dédaigner tout ce qui a un lien avec notre culture et les valeurs de notre personnalité ; car une certaine dépendance du colonialisme est restée dans leur tète et souvent dans leur cœur.

 

Elle sera sévère à l’égard des charlatans obscurantistes (…) qui veulent mutiler notre Islam pour le renvoyer aux siècles de la décadence, cet Islam vivant et permanent qui est valable en tout temps et tous lieux.

 

Nous ne ménagerons pas non plus ceux qui nous reprochent notre respect pour notre religion et qui veulent nous proposer une contre religion, pour s’imposer à tous ceux l’esprit est faible, afin de les précipiter dans les idéologies néfastes à notre société musulmane. Ils essaient de renforcer leurs menées par une série d’arguments-pièges, à dissoudre la morale et les traditions familiales, (…) C’est ainsi qu’ils n’hésitent pas à taxer de réactionnaires, de fanatiques et de sectaires tous ceux qui leur barrent la route (…).

 

Telle est notre volonté et tel est notre devoir, car nous croyons en une vérité qui ne laisse aucune place à la discussion aux yeux de tout vrai musulman : à savoir que l’Islam est valable en tous temps et tous lieux. Il est religion et État (din wa dawla), droit, morale, culte, et culture (…). »

 

AL ASSALA numéro 1, page 2, cité par luc willy decheuvels in « islam et pensée contemporaine en Algérie » Édition du C.N.R.S Paris 1991 p 75-76.