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La diplomatie Algérienne : déficit de communication ou manque de perspective ?/Nacer Nadji/J.M11

NADJIUn seul discours, un seul message : La -non ingérence dans les affaires intérieures des pays. Face aux crises successives qui secouent les pays dits du « printemps arabe » L’Algérie prône donc la même solution à savoir : Le dialogue politique entre les partis en conflit et la gestion de la crise dans un contexte régional (La ligue arabe ou l’Union Africaine). L’Algérie préfère donc se cacher derrière une diplomatie collective. Le climat d’instabilité qui prévaut actuellement en Egypte suite au coup d’état militaire contre un président élu, l’incertitude politique en Tunisie, en Libye et en Syrie ont offert au premier ministre Abdelmalek Sellal, l’occasion d’évoquer «Les effets dévastateurs du printemps arabe ».Son ministre des Affaires étrangères estime quand à lui que « Les soulèvements en Tunisie et en Egypte réveillent un certain nombre de voix minoritaires .(…) D’élection en élection, ces minorités n’ont pas amélioré leurs scores. »Notons quand même que  Lui  MAE ne s’est jamais présenté à aucune élection. A une question sur la présence des islamistes, M Medelci déclare : « Je crois que les islamistes ont montré leurs limites en Algérie. Et pour en arriver là, l’Algérie a payé un prix très fort ». Dans la même stratégie, certains partis gravitant autour du pouvoir, le FLN et le RND notamment, est en phase avec celle adoptée par les hautes sphères dirigeantes, à savoir l’Algérie n’a pas besoin de changement. Le printemps arabe, clame-t-on, l’Algérie l’avait connu en 1988.
Impératifs stratégiques ou crainte de la contagion ?
L’Algérie redoute-t-elle une contagion islamiste comme conséquence inéluctable de la chute de certains régimes dans la région ? Les autorités Algériennes n’avaient,  en tout cas montré aucun enthousiasme à encourager les Révoltions Tunisienne, Égyptienne et Libyenne. Ils ont été accusés par certains pays et médias d’avoir soutenu le régime de Kadhafi en lui fournissant aide matérielle et logistique contre la rébellion. Ces critiques mettaient surtout en évidence le fait que l’attitude du gouvernement a été plus motivée par le souci d’éviter un effet de contagion qui serait profitable pour les islamistes. Ces régimes représentaient un rempart contre l’islamisme. D’ailleurs, Alger ne s’est pas prononcé sur le coup d’état militaire et la destitution du président Mohamed Morsi. La seule réaction est venue de Amar Belani, porte parole du ministère des Affaires étrangères qui affirmait : «
Nous formons le vœu pressant que la transition puisse répondre aux aspirations légitimes du peuple égyptien, à travers la recherche d’un consensus national fondé sur le rassemblement et la réconciliation nationale et en veillant au respect des dispositions constitutionnelles ».Si la réédition du scénario de 1991 est toujours présente dans les esprits des dirigeants, les impératifs sécuritaires sont un élément déterminant dans la prise de position de l’Algérie à l’encontre de certains pays de la région et plus particulièrement en Libye.
Une diplomatie qui a pris un coup de vieux.
Au-delà de problèmes de stratégie et d’action, il s’agit en premier lieu d’un problème de représentation. Les Révolutions arabes ont mis à nu un problème récurrent, à savoir la difficulté de développer une représentation du rôle de l’Algérie sur la scène internationale dans un monde en pleine mutation. Le principe de non-ingérence dans les affaires internes d’un pays érigé en pilier de la diplomatie algérienne est dépassé. Dépassée par l’accélération des événements dans le monde arabe, refusant de s’impliquer, de s’engager, exprimant des positions à peine audibles. Aucun soutien clair et franc au choix des peuples. Au moment où les militaires en Egypte renversaient un président élu démocratiquement et tiraient sur les foules fidèles au président déchu et à la légitimité constitutionnelle. Et au moment où l’armée syrienne tirait déjà sur des civils. La diplomatie algérienne appela, alors à « un dialogue »entre les deux parties, mettant sur le même pied d’égalité l’oppresseur et  l’opprimé. Dialogue évidement, refusé et par les pharaons putschistes du Caire et le régime tyrannique de Damas. Une diplomatie donnant l’impression ou la conviction d’être une diplomatie de régime. La centralisation de la prise de décision loin de tout débat national ouvert, les lacunes en termes de communication, à l’ère des chaines satellitaires et de la génération Facebook  le caractère défensif et réactif de la diplomatie algérienne sont clairement problématiques. Il nous est donc permis de croire que si l’Algérie avait achevé sa transition démocratique (L’alternance au pouvoir, réforme de l’autorité judiciaire, le contrôle de l’exécutif par l’autorité législative, la liberté d’expression etc.), ses positions sur les différentes crises qui secouent le monde auraient été discutées et jugées en fonction de l’évolution du terrain au lieu d’être perçues comme émanant d’un régime sur la défensive.

L’Algérie veut donner l’illusion d’être un acteur régional majeur et fait prévaloir son expérience et son utilité pour les puissances extra-régionales en matière de lutte contre le terrorisme et mise donc sur la double légitimité révolutionnaire et  antiterroriste pour être reconnue sur la scène internationale. En définitive, la diplomatie Algérienne est aujourd’hui à l’image de la situation du pays. Le président Abdelaziz Bouteflika ayant été seul à la manœuvre, son état de santé très préoccupant pour l’ensemble du peuple Algérien, pose le problème de la pérennité et le dynamisme de la diplomatie algérienne.

N.N.