Actualité International

EGYPTE:LA DESCENTE AUX ENFERS/Jamal Mimouni*/J.M11

DJAMEL MIMOUNI

1- Le Premier Grand Massacre du XXI ième Siècle

En l’espace d’une semaine, l’Egypte passait à la suite d’un renversement de régime d’un face à face politique à une confrontation sanglante qui coûté la vie officiellement à plus de 1100 manifestants globalement pacifiques qui demandaient le retour du Président déchu et de l’ordre constitutionnel d’avant le coup du 3 Juillet. Cette répression d’une férocité qui dépasse en ampleur non seulement celle qui déboucha sur la révolution du 25 Janvier 2011 en Egypte, mais aussi le massacre de la Place Tiananmen en 1989 en Chine, constitue de fait le premier massacre de grande envergure de ce siècle.

Cette répression qui semble avoir annulé tous les acquis démocratiques de la révolution Égyptienne est riche en leçons quant à la morale de ce nouveau siècle, la duplicité des petits et des grands, et de l’utilisation frauduleuse de la science au service d’une mauvaise cause.

2- Un Marché de Dupes… avant le Carnage

La première grande leçon de politique réalité des événements de Juillet 2013 en Egypte est certainement cet incroyable marché de dupes proposé par le gouvernement de transition aux forces politiques s’opposant au coup. Ce gouvernement non élu, issue d’un coup de force de l’armée, s’est auto proclamé dépositaire de la volonté populaire et ce alors que le Président légitime est détenu incommunicado sans décision législative ou légale. En fait techniquement parlant, le Président Morsi a été kidnappé puisqu’interné dans un lieu secret par un pouvoir illégitime, sans contact avec sa famille ni avec ses avocats, avant d’être finalement emprisonné sous le coup de chefs d’accusation grotesques. Ajouté à cela, le Parlement élu a été dissous, la constitution gelée, et la structure illégitime à la tète de l’Etat a pondu un amendement « constitutionnel » et a décidé d’une « feuille de route » non négociable préparée par l’Armée. Comble de l’absurde, le gouvernement de transition issue de ce putsch prend le pouvoir jurant sur une Constitution qui a été oblitérée.

Ce gouvernement, se voulant de technocrates quoique aux ordres évidents de l’armée et ou l’opposition était totalement exclue, et avec un  retour de caciques de l’ancien régime, intime à la partie adverse (Les anti-coup) dont le leadership a été mis en prison, l’ordre de négocier avec comme ligne directrice qu’il ne saurait y avoir de discussion de retour à l’ordre constitutionnel pré-3 Juillet – la demande de base de l’opposition- et que leur feuille de route n’était pas négociable. C’est sur la base de l’échec des « négociations » avec la partie adverse « inflexible » qu’il fut décidé d’en finir avec eux manu militari avec le résultat que nous savons.

La seule promesse de ce pouvoir illégitime à la partie adverse est qu’elle ne serait pas exclue du jeu politique à l’avenir. Il aurait fallu croire en la bonne foi d’une équipe illégitime qui avait fermé le jeu politique, arrêté la plupart des leaders de l’opposition, fermé leurs média sans décision de justice, et enclenché une implacable campagne de dénigrement tout azimut envers leurs adversaires, enrégimentant pour cela tous les médias officiels et non officiels.

Il est difficile de trouver une situation similaire dans l’histoire contemporaine ou des négociations ont été menées de si mauvaise foi.

3- Instrumentaliser la Science pour Justifier la Contre Révolution

On aura aussi vu de manière inédite comment les tenants du coup ont tenus à le justifier en utilisant la science (Les statistiques notablement) mais à mauvais escient. Malheureusement pour eux, leurs chiffres balancés à la face du Monde ne tiennent pas une analyse même superficielle. C’est un cas flagrant de manipulation pseudo scientifique d’opinion pour tenter de justifier l’injustifiable et qui fera sûrement école.

a- La Démocratie « Google »

Lors de cette vague populaire du 30 Juin avec à sa tète le mouvement Tamaroud (Rébellion) et un front de partis de l’opposition, le Front du Salut National (FSN), il a été avancé le chiffre allant jusqu’à parfois 33 millions de manifestants qui demandaient la démission de Morsi. Ces millions d’Égyptiens défilant à travers le pays était l’argument massue utilisé par le Général Sissi pour justifier son coup de force. Il fut argumenté abondamment dans les média Egyptiens, qu’il suffisait juste de se référer à Google pour justifier ces chiffres, faisant allusion à l’opération de cartographie régulière de scannage de la surface terrestre utilisés dans les applications bien connues Google Map et Google Earth.

Ce mouvement qui se voulait de redressement populaire était comme il apparu peu après, basé sur un mensonge où la science fut instrumentalisée de manière éhontée pour créer une fausse réalité. En effet, comme amplement démontrée par des analyses critiques et chiffrés (Notamment The Guardian, The Middle East Monitor…), la superficie ou se sont déployées les protestataires au Caire (Les places principales Ittihadia et Tahrir) chacune avec les rues avoisinantes ne pouvait dépasser les 298.947 mètres carrés, et qu’a raison de 4 personnes par mètre carré, cela ne dépassait pas les 670.000 personnes même en assumant généreusement que chaque recoin était pleinement occupé. Ceci donne au niveau de l’Egypte en répétant la même opération pour chaque ville ou des rassemblements ont été signalés, pas plus de 2.9 millions de manifestants. Enfonçant un peu plus le clou dans la plaie béante du mensonge, Google annonça qu’elle n’a pris aucune photo aérienne et n’avait publié aucun chiffre sur le nombre de manifestants.

Ces foules de dizaines de millions de protestataires fut portant l’argument principal des putschistes pour justifier leur action. Tony Blair le vilain de la guerre d’Irak qui avait avalisé les mensonges de Bush quant bien même ses conseillers lui avaient exposés les faits, a utilisés ces chiffres pour justifier l’action de l’armée Egyptienne. En fait il les a curieusement abaissés de son propre chef gardant le chiffre « conservatif » de 17 millions pensant surement que les chiffres disponibles étaient un peu trop gonflés.

De plus il apparu après coup que ce mouvement Tamaroud a été créé à l’instigation de l’Armée et de l’Etat profond, supporté financièrement et logistiquement par des industriels véreux de l’ère Moubarak, y compris le milliardaire Copte extrémiste Naguib Sawiris d’Orascom, et porté par une campagne médiatique au financement obscur. Nous sommes plus dans un cas de manipulation d’opinion que de spontanéité populaire. C’est bien la première fois dans l’histoire que la science (Les statistiques en l’occurrence) est utilisée pour justifier un coup d’Etat.

b- Une Pétition Déclamatoire

Considérons la pétition organisée par le mouvement Tamaroud (Rebellion) qui aurait rassemblé selon ses dires plus de 22 million de bulletins de support. Au-delà de la comparaison inappropriée entre une élection et une pétition, il st clair que toute consultation ne vaut que par sa crédibilité, elle-même dépendante du degré de contrôle du processus. Un processus sans aucun contrôle judiciaire ni d’observateurs indépendants n’a que peu de crédibilité. De plus une pétition implique sa déposition à une entité donnée qui l’évalue. En fait d’autres considérations démographiques et logistiques nous font fortement douter des chiffres avancés.

D’abord 22 million, c’est le quart de la population Egyptienne dont la moitié sont en âge de voter et la moitié de cette moitié seulement vote en général (Et la moitié encore de cela des femmes). De plus la majorité des votants se trouve en zone rurale, donc difficile d’accès pratiquement et sociologiquement (C’est pour cela que les élections se font dans des bureaux de vote !) et ont majoritairement votés pour le Parti du Président Morsi à chaque consultation électorale. C’est aussi pratiquement autant que tous les électeurs qui se sont déplacés aux élections précédentes et dont les voix se sont partagées entre les différents courants politiques (25 Millions au deuxième tour de l’élection Présidentielle entre Morsi et Chafik). Il faudrait assumer que tous les Egyptiens qui en général votent auraient votés contre Morsi. Clairement les chiffres ne collent pas. Peut-on les vérifier ? La première réponse, purement rhétorique il est vrai, est non puisque les bulletins n’ont été validés par aucune instance. Notons naïvement que si ce mouvement de rejet avait un ancrage populaire si fort, il aurait judicieux qu’il attende les élections parlementaires annoncées pour Avril pour accéder dans un cadre démocratique et transparent au pouvoir législatif en attendant celui exécutif. Sauf que le FSP qui supportait aussi la pétition avant même que la Justice « profonde » à travers la Court Constitutionnelle n’annule l’acte de création du Parlement, avait annoncé son probable boycott. Au nom de quelle logique préférerait-t-on une pétition à une élection ?

Poursuivons le raisonnement cependant. Effectuons un simple exercice d’arithmétique en considérant la logistique en jeu pour rassembler plus de 22 millions de bulletins e papier format A4. Cela revient à plus de 100 tonnes (Selon le grammage du papier) de « ballots », soit cinq à dix semi-remorques en pleine charge. Ou sont-ils stockés ? Tous ces semi-remorques n’ont pas été vus lors du dépôt « symbolique » de la pétition au niveau de la Haute Cour Constitutionnelle. Cette dernière n’a pas de plus commenté sur sa réception de la pétition et de sa validité. D’ailleurs, pétition pour pétition, deux contre-campagnes appelées Mu’ayyed (supporters) and Tagarrod (impartialité) réunissèrent le 20 Juin 2013 selon leurs déclarations en un temps très court 11 millions de signatures en faveur de Morsi. Mais en fin de compte, qui décide de la validité d’une pétition, sans parler du principe même d’avoir une pétition non régulée pour invalider une instance élue au suffrage universel ? Et si d’aventure on voulait a posteriori vérifier ne serait-ce que superficiellement la validité des bulletins (écriture originale à l’encre, signatures non standards, tests simples de non duplication…) vu que cela n’a pas été fait par une instance indépendante, cela prendrait quelque 8 ans a raison de 6 heures par jour pour une personne. L’idéal serait de comparer les bulletins par rapport à une « liste électorale », mais par définition cela n’existe pas pour une pétition. Pour une validation plus rigoureuse a postériori de ces bulletins, la mesure la plus appropriée serait d’utiliser les listes de l’Etat civil auquel cas, quelque soit la méthode de travail adoptée nous arrivons de un à cinq siècles-homme travail. Ne parlons pas de l’impossibilité de vérifier s’il n’y a pas eu l’équivalent d’un « bourrage d’urnes » vu que nous ne savons même pas ou ces pétitions sont stockées et si même elles existent. Quant au site Internet du mouvement Tamaroud, et de manière assez révélatrice, il est désormais vide. On serait en droit de penser que vu l’importance de conserver pour la postérité les détails de cette aventure historique unique démarrée en Avril et qui a su en quelques mois rassembler toutes ces signatures, ceci les aurait conduis à les mettre à la disposition du public. Nous parlons du minimum, notamment les chiffres gouvernorat par gouvernorat, les statistiques, les détails sur la logistique, le personnel volontaire, les dons pour financer tout cela. Rien de tout cela n’existe, il ne reste que la page d’accueil avec comme seul message (Nous avons gagné!). Donc il n’y a de fait aucun moyen réaliste de vérifier les chiffres avancés par Tamaroud.

Il est clair à la lumière de ces considérations que la crédibilité de la pétition s’effondre comme un château de cartes, et que le verdict s’établit au minimum comme « invérifiable » mais en fait penchant vers « faux et usage de faux ». Ainsi donc nous avons affaire à une contre révolution basée sur un mensonge gros de quelque 22 millions de bulletins fantômes.

Que dire aussi du mouvement Tamaroud lui même qui déclara le soir des massacres du 15 Août au Caire lorsque les places ou étaient rassemblés les anti-coup étaient nettoyées au bulldozer et à la mitraille, que ce jour « était le jour ou l’Egypte releva la tète », une déclaration criminelle qui montre s’il en fallait une preuve, que le mouvement Tamaroud n’est qu’une émanation des services de sécurité Egyptiens !

5- Le Gouvernement Morsi a-t-il mal Géré les Affaires du Pays ?

Un argument crucial de l’armée dans sa décision d’effectuer son putsch est bien que l’économie s’effritait et que l’Egypte s’était dangereusement appauvrie.

 Techniquement parlant, ceci est certainement vrai. La « renaissance » économique et sociale qu’avait promis le Président Morsi à ses citoyens lors de sa campagne n’a pas eu lieu. Les pénuries de carburant, les coupures d’électricité et autres étaient devenues endémiques. Mais était-ce dû à l’incompétence du gouvernement Morsi comme on l’accusait de l’être ?

En fait, comment la situation du pays aurait pu être autre quant les autres acteurs ont décidé dès l’accession au pouvoir du Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ) au pouvoir de ne pas jouer le jeu. L’opposition s’est muée en obstruction systématique et s’est constitué en Front dès Novembre 2012. L’Armée et la Justice ont fait de l’obstruction systématique à tout ce qu’entreprenait le gouvernement à commencer en dissolvant l’Assemblée Nationale laissant le gouvernement sans instance législative.

Une instance remarquable de cette coordination étroite entre le Conseil Suprême des Forces Armées (SCAF) et l’Etat Profond est la décision de dissolution du Parlement dominé par les islamistes en Juin 2012. La Haute Cour Constitutionnelle décide entre les deux tours des présidentielle en effet d’en invalider un tiers des sièges en raison d’un « vice juridique », et le SCAF d’interpréter cela comme une invalidation de toute l’Assemblée elle-même. Une élection ou 30 Millions d’Egyptiens venaient juste de participer est donc dissoute sur la base d’arguments spécieux. En fait c’est le minutage de cette dissolution qui retient l’attention ; il venait à temps pour préparer le terrain à Ahmed Shafik le candidat du régime et qui désirait naturellement avoir le champ libre dans le cas de son élection.

En fait, tout l’Etat profond s’était mobilisé pour faire échouer le gouvernement Morsi. Même la Commission Constitutionnelle élue pour réécrire la Constitution avait l’épée de Damoclès de la dissolution au dessus de la tète. Or si cette Commission Constitutionnelle aurait été dissoute par la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) avant d’avoir rédigé la nouvelle constitution, cette Cour non élue de l’époque Moubarek, il aurait été impossible de reconstituer le Parlement (Majliss Achaab) et c’était la voie ouverte à l’instabilité et au chaos, ce que l’opposition appelait de tous ses vœux.

Lorsque le Président prit l’habile décision d’immuniser ses décisions et celle de ladite Commission Constitutionnelle par un décret en s’attribuant certains pouvoirs législatifs, on l’accusa d’agir en dictateur. Or le décret constitutionnel était tout à fait légal puisqu’avec l’Assemblée législative dissoute à l’instigation du SCAF, et le SCAF lui même mis hors jeu politique, Morsi accumulait malgré lui les pouvoirs exécutif et législatif. Le but du décret limité dans le temps et la portée était pourtant clair, il s’agissait de permettre de finaliser la Constitution et le retour à une vie institutionnelle normale avec ses assemblées élues.

De plus, il faudrait aussi parler du rôle capital éminemment déstabilisateur de l’ « Etat profond » (Ces structures qui était restées fidèles à la ligne Moubarek avec leurs ancrages dans l’appareil de l’Etat et leur immense influence économique et médiatique) qui se sentait menacé par le gouvernement Morsi, d’où la mise en œuvre de cette stratégie de mise en échec.

Il est intéressant de relever le populisme extrême si ce n’est le cynisme du mouvement Tamaroud, une composante principale dans cette ligue anti PLJ, et dont le préambule de sa pétition demandant la démission de Morsi citait :

– La Sécurité n’a pas été rétablie depuis la révolution de 2011

– Les pauvres « n’ont pas leur place» dans la société

– Justice n’a pas été rendue pour les personnes tuées lors de la révolution

– Les Egyptiens et l’Egypte ont perdu leur dignité

– L’économie est « effondrée », avec une croissance faible et une inflation élevée

– L’Egypte est le vassal des Etats-Unis

Un mélange de démagogie et de populisme avec des critères qui appliqués à une société en crise et vivant un état de désordre permanent, était clairement demander l’impossible. Une autre réponse serait que c’est les instances élues qui décident du bien fondé d’ accusations de ce type et non un groupe financé principalement par Sawiris et comparses.

La situation aurait-il pu en être autrement si le gouvernement Morsi aurait été plus « flexible » et aurait engagé l’opposition ? Nous ne présageons de rien, mais au vue de l’animosité, voire la haine que vouait l’opposition laïco-libéralo-nassérienne envers le parti de Morsi en tant qu’émanation des Frères Musulmans, aucune accommodation raisonnable n’aurait pu marcher. En fait, à chaque fois que le Président Morsi proposait des négociations avec l’opposition, cette dernière se raidissait et ou bien les boycottait, ou bien exigeaient un gouvernement soit d’unité nationale soit de « compétences »; en un mot le PJG de Morsi ne devait pas gouverner. Or, si le parti qui a obtenu la majorité du vote ne peut gouverner, que reste t-il du processus démocratique ? Quel programme appliquerait le gouvernement, sans parler des déchirements et blocages qui surgiraient immanquablement de ce mariage hors nature ? Déjà la coalition du FSN était des plus hétéroclites entre Nassériens, libéraux, laïcs, et leur seul point d’entente était leur opposition absolue au parti de Morsi. Et puis sur quelle base jugera-t-on leur mandat lors des prochaines échéances électorales ?

Tous concouraient donc pour que ce gouvernement échoue. Du point de vue purement partisan mais oh combien antinational, leur raisonnement était que le PJG qui avait obtenue la majorité des voix à chaque consultation électorale, serait effectivement devenu invincible s’il succédait sur le front socioéconomique, et les partis formant l’opposition se feraient laminer à chaque fois encore plus. C’était ce scénario à la Turque qu’il fallait éviter à tout prix.

En conclusion, sans passer sous silence les erreurs qu’a pu commettre un gouvernement sans expertise particulière de la chose publique puisque l’Egypte émergeait d’une période de dictature qui avait monopolisé tous les pouvoirs, il est clair qu’aucun gouvernement ne peut fonctionner proprement lorsque les acteurs, de l’opposition à l’Etat Profond et en particulier la Justice et l’Armée, concourent à le faire trébucher. Mais ceci n’est plus de la démocratie et le seul perdant à ce jeu destructeur est bien le peuple Egyptien.

6- La Veulerie Occidentale, la Lâcheté Arabe, la Candide Innocence Africaine

L’Egypte descend aux enfers, les manifestants non armés se font massacrés par centaines, les corps sans vie de dizaines d’entre eux brulés comme sur la place Rabia Al-Adaouiya et l’Hôpital de Campagne établis dans la Mosquée même de la place, Devant cette sauvagerie insupportable, il est utile de tracer une carte mondiale des réactions qui est plus parlante que mille discours à l’ONU.

L’Europe du bout des lèvres peine à trouver les mots appropriés pour condamner, elle si prompte à parler d’une seule voix contre les abus bien plus mineurs tels que le procès des Pussy Riot à Moscou. Devant ce déferlement de l’horreur, elle demande du bout des lèvres l’arrêt immédiat des violences, et à l’armée Egyptienne d’exercer un maximum de contrôle de soi. Et lorsqu’elle se résigna à désigner la partie responsable des violences (Notamment l’armée et la police Egyptiennes), c’était d’une fadeur sans nom.

La tiède condamnation de l’Europe n’était rien devant la duplicité Américaine ou d’emblée le Vice Président Kerry présenta l’intervention de l’armée comme une étape « vers la restauration de la démocratie ». Obama fit pire, lui le chantre proclamé de la démocratie : il garda longtemps un silence coupable, avant de prononcer une phrase honteuse ou il justifiât le changement de régime en Egypte par l’argument « Ils n’était pas assez inclusifs et ne représentaient pas les vues de tous les Egyptiens ». Argument fallacieux pour deux raisons; la première évidente est qu’à chaque consultation électorale, le parti de Morsi obtenait la majorité en plus du fait que c’était bien Morsi qui se battait pour l’organisation d’ élections pour une Assemblée Législative en Avril 2013 avant que la Court Constitutionnelle n’annule le processus pour des raisons trop évidentes à posteriori. Ensuite, cet argument est foncièrement anti démocratique. Obama lui même t-il la moitié de ses Ministres du parti républicains (Il en a un seul, celui de la Défense et celui-ci est abhorré par les siens), à-t-il la majorité des électeurs de son coté à l’heure actuelle malmené comme il est par tous les scandales qui entachent sa présidence ? Plus proche de chez nous, le taux d’approbation de Sarkozy lors de son mandat était descendu de 70% au tout  début à moins de 30% à la fin. Quant à Hollande le Président Français actuel, combien as-t-il de ministres UMP? (La réponse est zéro). De plus il en est à 25% dans sa côte de popularité ! Est-ce que quelqu’un parle de le destituer pour autant ? Et puis nous parlons pour Morsi d’une destitution anticonstitutionnelle par son subalterne puisque Morsi était le Commandant en Chef de l’Armée. Même la forme n’a pas été pas respectée.

Bien sûr lorsque nous arrivons à la position des monarchies du Golf, nous touchons là le bas fond de l’indécence. Le support bruyant de l’Arabie Saoudite et des Emirats notamment au régime issu du coup a été accompagné d’une pluie de milliards de dollars qui rend suspect leur souci proclamé du bien être du peuple Egyptien. On pourrait ajouter que le soutien inconditionnel de ces monarchies moyenâgeuses ou il n’y pas de citoyens mais seulement des sujets et ou l’Etat est une affaire privé, devrait constituer en lui-même pour tout observateur averti un acte d’accusation du coup !

Que dire aussi du silence assourdissant des autres pays arabes en général? Elles furent rejointes en cela par la Russie et la Chine au nom du principe de non interférence dans les affaires intérieures des autres pays.

Finalement Israël exulta, mais comme tous ses commentateurs le reconnaissent, elle ne pu le faire publiquement de peur d’incommoder l’Armée Egyptienne. Mais a défaut de son gouvernement, c’est sa presse et ses partis politiques qui exprime leur immense soulagement suite au coup. De plus elle met en place une initiative envers la communauté Européenne afin que cette dernière n’en fasse pas trop en terme de punir économiquement et militairement le régime Egyptien, cela allant contre « la paix et la stabilité au Moyen Orient ». La nouvelle coordination militaire mise en place dans le Sinaï avec l’armée Egyptienne en dit long sur Israël supporte. Notons que Ayman al Zawahiri de ses montagnes du Pakistan doit être lui aussi rempli de joie de ce qui arrive en Egypte et qui conforte ses thèses nihilistes : la démocratie est un mensonge occidental pour tromper les Musulmans et les urnes sont menteuses.

Reste t-il dans le Monde un Etat parmi les Etats pour sauver l’honneur de l’Humanité quant à folie meurtrière du régime Egyptien ? Mis à part la Turquie et la Tunisie pour des raisons évidentes, le continent noir, pauvre, ignorant, famélique mais fier se distingua par sa condamnation sans appel du changement de régime le nommant pour ce qu’il était : un coup d’Etat militaire à colorage civil. Comment appeler autrement une situation ou un Président est destitué par son Ministre de la Défense, puis est dissoute l’instance élue qui jouait le rôle de Parlement (Chambre Haute), et est nommé un président et un gouvernement de transition élu par personne ? L’Union Africaine dans son innocence ne s’y est pas trompée, sa condamnation était un peu une candide exclamation « Le Roi est nu », alors que le Monde Occidental appliquait ses principes moraux à géométrie variable guidés par leurs seuls intérêts immédiats.

7- Les Média: La Plaie de l’Egypte

La presse sous le président Moubarek et celle actuelle aux ordres du gouvernement de transition est cette machine à mensonges ou sans tiquer pour le moins du monde le noir peut soudainement devenir blanc dans la bouche du présentateur, la règle étant que plus que le mensonge est gros plus il passe facilement. Un incident marquant lors d’un match en 2009 comptant pour la Coupe du Monde de football entre l’Algérie et l’Egypte illustre à merveille cette presse sub-standard : Ainsi lorsque le bus des joueurs Algériens avait été sérieusement caillassé par les baltaguiya du Caire, la version passée à la moulinette des média Egyptiens devint que ce sont les Algériens qui par souci de commisération, ont brisés les vitres de leur bus et se sont blessés volontairement… Il n’est pas superflu de noter que c’est le fameux commentateur à scandale, Amr Adeeb, celui qui avait copieusement insulté l’Algérie à cette époque pour ensuite en  arriver a insulter notre révolution, qui dansa sur le plateau de télévision lors de l’annonce du coup d’Etat de l’armée.

C’est ces média aux méthodes staliniennes qui ont couvert le carnage du 15 Août en le décrivant comme un  » nettoyage  » et une phase de la « lutte contre le terrorisme ». Déshumaniser l’adversaire et le diaboliser lui est devenu une mission sacrée.

La date du 15 Août 2013 restera gravée comme une date tournant de l’histoire contemporaine ou un voile de silence honteux tomba sur un de pires massacres de civils par un régime putschiste et ce à la face du Monde. L’histoire jugera en son temps les silences et les proclamations des uns et des autres.


* Professeur de Physique à l’Université de Constantine-I; Vice Président  de l’Union Arabe d’Astronomie et des Sciences de l’Espace (AUASS),