Évocations

Les femmes Algériennes et le premier nov 1954 : De Lalla Fatma N’Soumer à Djamila Bouhired/Maitre Badia Gaouar/J.M 12

bouhiredle 1er Novembre 1954  « constitue un moment capital, un moment de rupture avec  la présence coloniale en Algérie . C’est un moment constitutif  » . .Le rappeler, c’est rappeler  , que des hommes, contre leur propre parti, et contre les partis « réformistes »,  avec  quelques armes , quelques cartouches ….  ont défié  l’Histoire , ont défié ce  système colonial  convaincu de sa  puissance, et sûr  de lui et de sa pérennité …. Connaissant leur peuple, ils étaient  convaincus , que celui-ci se lèverait pour les suivre dans cette entreprise.Le  1er Novembre est  aussi l’aboutissement de tous les combats menés  contre l’occupant depuis 1830. .Avant 1954, les Algériens se sont soulevés régulièrement . Dans tous ces combats  et durant la lutte de libération, quelle place pour les femmes algériennes ?  Etaient-elles  absentes ?   Si le rôle de la femme algérienne durant la guerre de libération est reconnu « officiellement », celui de sa participation multiforme aux luttes contre le colonialisme avant 1954  n’est que très rarement mentionné, et aucune recherche d’envergure n’est  entreprise . Et pourtant

Si elle est quasiment absente des manuels scolaires durant cette période, la femme  algérienne est présente dans  l’histoire . Avant Lalla Fatma N’Soumer, les historiens rapportent  sa présence  aux cotés des hommes dans  les  combats .  Dès 1836, lors de la première bataille de  Constanstine, les femmes étaient sorties en masse, encourager les résistants .
La figure la plus emblématique, bien sûr reste celle de LALLA FATHMA N’SOUMER. Lors du soulèvement contre la colonisation en  Kabylie, elle prend part activement à l’insurrection .En 1854, à Oued Sebaou, Fatma, alors âgée de 24 ans, a donné à l’armée française une leçon de détermination et de courage, bien que celle-ci soit largement supérieure en nombre et matériel .Pendant cette fameuse bataille, menée par Mohamed El Amdjed Ibn Abdelmalek (surnommé Boubaghla), qui n’avait su enlever aux troupes françaises leur avantage, Fatma, à la tête d’une armée de femmes et d’hommes, a vaincu et mené son peuple à la victoire, victoire louangée à travers toute la Kabylie. Des mosquées, zawiyas et écoles coraniques s’élevaient de retentissants chants pieux en l’honneur de héroïne du Djurdjura.
Et même, après la prise d’Azazga par Randon et les féroces répressions de ses troupes, elle mobilise la population et livre plusieurs batailles. Elle appelle le peuple à « frapper pour l’Islam, et le pays  ».. » Sa forte personnalité a eu une grande influence à travers toute la Kabylie, montrant le chemin par le sacrifice et la détermination de la population durant les batailles, spécialement celles d’Icherridene et Tachkrit, où les troupes ennemies subirent de graves défaites.
 En 1857, Fatma est arrêtée et emprisonnée aux Issers, ensuite à Tablat. Les soldats français dépensent sa fortune, mise à la disposition de la zawiya des disciples de son frère. Sa riche bibliothèque, contenant une mine de travaux scientifiques et religieux, fut complètement détruite.
Lalla Fatma N’Soumer meurt en 1863. Elle avait 33 ans .
Quelques années plus tard, une autre insurrection, celle de 1870, à laquelle participera aux côtés d’El Mokrani, une autre figure : LALLA KHADIDJA BENT BELKACEM..
Aux côtés de ces deux figures exceptionnelles, qui ont traversé l’Histoire, combien d’anonymes ont dû participer à ces combats ?
Quelques éléments dans la presse coloniale, ou rapportés par des historiens attestent que la femme algérienne n’a pas été absente dans les luttes durant  l’occupation …
-Le vendredi, 18 décembre 1908,après la prière à la Grande Mosquée , à Tlemcen, 2000 manifestants tlemcéniens se regroupent devant la sous-préfecture pour s’opposer à la conscription et refusent de partir avant que leurs 8 délégués ne soient reçus .Derrière les hommes, les femmes nombreuses étaient présentes et leurs youyous retentissaient pour les encourager et empêcher les hésitants de partir .,
-En 1933, à Sidi Bel Abbès, ce sont les femmes , qui encouragent les grévistes terrassiers, lorsqu’ils flanchent : «  3000 travailleurs manifestent à Sidi Bel Abbès…violentes bagarres avec la police..de nombreuses femmes d’ouvriers étaient présentes et ont réagi énergiquement contre les coups de la police ».(Journal Humanité 30/06/1933).
Elles font de même à Aïn Témouchent (Oranie). L’Humanité du 2 juillet 1933 rapporte que » les femmes revendiquèrent d’être en tête dans la manifestation pour démonter leur solidarité et leur volonté de lutte ».
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Après le  8 mai 1945 , et les massacres de Guelma, Sétif et d’ailleurs, les femmes commencent à s’organiser, soit dans des cercles, soit dans un cadre associatif. Les Aurésiennes se rangent ,elles, derrière les « bandits d’honneur ».
,A  Alger et Oran, des comités d’amnistie où l’on compte de très nombreuses femmes voient le jour et arrachent , coome à Oran, plusieurs condamnés des mains des bourreaux.
Deux associations de femmes, au moins, font leur apparition entre 1945 ET 1947 :
l’UNION DES FEMMES D’ALGERIE,(1945)et l’ASSOCIATION DES FEMMES MUSULMANES ALGERIENNES(1946) .La première d’obédience communiste, la seconde créée par le MTLD .
L’AFA est présidée par Mme Garauby, avec comme première secrétaire Baya Allaouchiche  et Abassia Fodil à Oran. Cette dernière sera très active :soutiens des grèves des dockers à Oran, celle des ouvriers agricoles à Tlemcen, mobilisation des femmes autour des luttes sociales . En 1954, elle  organisera un grand meeting à Oran, en soutien aux Marocains et Tunisiens en lutte contre le colonialisme .Elle sera assassinée par l’OAS, le 26/12/1961.
L’AFMA est créée par le MTLD, en 1947.Au lendemain de 1945, on relève l’adhésion de militantes au sein du PPA. (Mamia Aissa-Chentouf, Kheira Bouayed, Mimi Lahouel etc..) Dès 1946, ce sont des cellules féminines du PPA, qui voient le jour . Les réunions se font dans les maisons.(Néfissa Hafiz, Néfissa Hamoud -Lalliam etc …) féminines.Ces cellules avaient pour mission de répandre l’idée d’indépendance de l’Algérie. En 1947, le MTLD créera , avec ces cellules, l’Association des Femmes Musulmanes Algériennes. L’AFMA sera présidée par Mamia Chentouf, avec Néfissa Hamoud comme secrétaire et Salim Haffaf –Benkhadda  comme trésorière ….
Officiellement, le but de l’AFMA était social, mais son programme était politique : faire prendre conscience aux femmes, et les mobiliser pour la lutte contre le colonialisme. , pour l’indépendance. La presse du Parti rapporte l’arrestation de 7 militantes PPA-MTLD à Nédroma. L’AFMA  se mobilise pour exiger leur libération (‘Manifestations, pétitions, galas… )Et la mobilisation devenait de plus en plus importante.
Une autre association a joué un rôle très important dans la prise de conscience des femmes algériennes, c’est l’ASSOCIATION DES OULEMAS MUSULMANS D’ALGERIE (1931) .
Cette association avait fait de l’éducation de la femme son cheval de bataille. Des médersas
furent ouvertes pour les élèves filles et garçons, des centres professionnels
pour jeunes filles commencèrent à se mettre en place dans les années 50 à
Tlemcen. Et ailleurs. Les femmes étaient non seulement scolarisées en arabe, « redécouvraient «  leur culture et leurs valeurs ancestrales,  mais mobilisées pour transmettre la parole islahiste . Elle a été pour de nombreuse femmes algériennes, une école « patriotique » : On y apprenait nos premiers chants patriotiques, qui ont eu leur importance dans la prise de conscience politique,chez les jeunes garçons et filles. ( Mawtini , aleyki minni salem ya ardajdadi, ya chabab hayou ecchamal, min djibalina etc …)
Il était important de relever le rôle et la place de ces associations féminines, qui aux côtés des partis politiques ‘PPA-MTLD, OULEMAS, PCA) ont été déterminants dans la sensibilisation et l’éducation de la femme algérienne, et dans son engagement et sa participation multiforme  dans le combat libérateur , à partir de 1954.
Sans oublier également, que la femme algérienne, et depuis 1830, a été la « gardienne de la mémoire »…Ce sont les grand’ mères, qui racontaient à leurs  petits enfants les épopées de  Lalla Fatma N’Soumer, de l’Emir Abdelkader, d’El Mokrani, de Cheikh Bouaama et des « bandits d’honneur et de bien d’autres …
A partir du 1er Novembre1954, la femme algérienne a pris part au combat libérateur , d’une manière ou d’une autre :1- Les infirmières montées au maquis : issues des lycées et formées par le Dr Neccache, issues des écoles paramédicales. Elles soignaient les maquisards et la population civile , surtout les femmes et les enfants .2- Les poseuses de bombes et les femmes « berrata », c’est-à-dire, qui cachaient les armes sous les voiles. Le réseau bombe n’aurait jamais fonctionné sans ces femmes icônes : Djamila BOUHIRED, Djamila Boupacha et de bien  d’autres . Les poseuses de bombe faisaient la une des journaux colonialistes , et de tous les médias internationaux . Qui ne connaissait pas Djamila BOUHIRED, dans le monde arabe, dans de nombreux pays étrangers ?   3- Les moussabilates : ce sont les grandes anonymes de la guerre de libération …Ce sont celles qui préparaient à manger aux moudjahidines, lavaient, cousaient les tenues, hébergeaient , collectaient l’argent, faisaient le guet, étaient agents de liaison …Jusqu’à ce jour, elles sont dans le noir …Gloire à ces Anonymes !  Dans ce combat, les femmes ont été tuées, torturées, violées, emprisonnées …Elles ont payé un lourd tribut , comme les hommes , et peut-être plus …Elles ont perdu des époux, des fils, des frères …Pour une Algérie libre, souveraine, pour la dignité de toutes et de tous …
Pour conclure : la femme algérienne aujourd’hui ? Quel rôle dans l’impasse du pays aujourd’hui ?
Continuer à dire à ses enfants et ses petits enfants l’immortalité du 1er Novembre  1954 .Leur relire et leur expliquer , leur analyser l’Appel du 1er Novembre 1954 . Et continuer le combat , qui n’est pas terminé, pacifiquement,  pour réaliser tous les objectifs de cet Appel . Elles en sont capables !