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Egypte : Une junte et des Baltaguis /Nacer Nadji /J.M 12

NADJIEn 1992, le Caire fut secoué par un terrible tremblement de terre. La gestion de la catastrophe par les services d’urgence de l’état était quasi inexistante. Heureusement que les frères musulmans étaient la. Ils se sont déployés autour des victimes apportant soins aux blessés, distribuant des vivres, des couvertures, relogeant les sans abris etc. Les frères s’étaient avérés les plus capables de gérer la situation et ont souvent assumé les responsabilités d’un état démissionnaire du moins en ce qui concerne le système de solidarité extrêmement organisé mis en place.  Aujourd’hui « une frèrophobie »s’est installée en Egypte. Officiels, pro-putschistes évoquent la théorie du complot pour justifier le renversement du premier régime civil élu démocratiquement. Ce discours a été utilisé par les régimes pour masquer leurs défaites et échecs successifs. La profusion de l’imaginaire des écrivains, des intellectuels, des artistes et des médias partisans du régime parrainé par Sissi, est parvenue au point de développer des histoires à dormir debout pour justifier les actuels évènements politiques. Le ton incitatif et éradicateur, la négation de l’autre, la banalisation  sans précédent de la mort sont pires que le discours de l’époque de Moubarak.
Violence médiatique.
Sur les plateaux télé Égyptiens des présentatrices vêtues en treillis militaire relaient la propagande des putschistes sur fond de musique martiale, instrumentalisant au mieux le discours de la paranoïa, de la peur et de la haine. Des journalistes qui vouent une haine viscérale aux islamistes et qui changent d’allégeance à chaque changement de régime, débitent un flot de viles calomnies et de contre-vérités, les unes plus saugrenues que les autres. Une propagande bien orchestrée sur les chaines de télévisions Égyptiennes,  Use et abuse de rumeurs mensongères. Ce terrible fléau, cette barbarie infecte, cette tendance à vouloir manger le nom, la réputation, la chair d’autrui. De piètres médisances sans fondements minent et gangrènent ces médias.  Comme par exemple que  les frères musulmans étaient la cause de la chute de l’Andalousie ou que Le journal « The guardien » est actuellement administré par le cheikh Qaradawi qui en fixe la ligne éditoriale et le choix des positions ou encore que Hassan al Banna fondateur des frères musulmans est un juif Marocain incrusté par la franc-maçonnerie pour détruire l’islam .Enfin, les derniers diatribes racistes et xénophobes sont adressées aux réfugiés Syriens et Gazzaouis accusés de collaborer avec les frères.
Violence sociale.
L’hystérie collective n’a plus rien d’abstrait. Les comités populaires (baltaguis) sont encouragés par les forces de sécurité, l’armée et les partis des libéraux à massacrer des milliers d’opposants. Le seul fait de porter la barbe ou le hidjab, lever le symbole de Rabiaa mérite la prison, la torture ou la mort par la junte militaire ou livré à la vindicte populaire et au lynchage. Que des écrivains et intellectuels ridicules appellent à la pendaison pure et simple de Mohamed Morsi  et les cadres des frères musulmans suffisent pour illustrer la brutalité, la violence inouïe et la haine qui sont devenues le quotidien de l’Egypte.
Pourquoi organise-t-on des élections si ce sont les perdants qui forment le gouvernement et écrivent la constitution alors que les gagnants sont mis en prison ? Sentant le vent tourné, l’armée Égyptienne aurait-elle fait l’objet de tractation pour reprendre les rennes ? La démocratie a été rompue par ceux qui s’en prétendent les défenseurs, et qu’adviendra-t-il après ? L’Egypte sera-t-elle gouvernée par un subside de l’ère Moubarak ? Ou bien se prépare-t-on à voir une insurrection populaire. Nous nous garderons bien de commentaires hâtifs, pourvu que les Égyptiens  y trouvent leurs comptes.