Études et analyses

Une spirale de radicalisation cumulative islamophobe/Youssef Girard /J.M12

GIRARDDepuis la loi du 15 mars 2004 sur l’interdiction du hijab dans les établissements scolaires publics, les responsables politiques français, de droite comme de gauche, proposent régulièrement le vote de lois ou la promulgation de décrets visant spécifiquement l’islam et les musulmans. Dernièrement, le Haut Conseil à l’Intégration a préconisé l’adoption d’une loi interdisant le port du hijab dans les universités. D’autres réclament  l’adoption d’une loi qui permettrait aux entreprises de prévoir dans leur règlement intérieur une interdiction des signes religieux, plus particulièrement des signes « musulmans ».

 

La mise en place de cette véritable législation d’exception s’inscrit dans le cadre de ce que l’historien Hans Mommsen appelle une spirale de radicalisation cumulative qui aboutit à l’adoption de discours, de pratiques et de législations toujours plus répressives contre la minorité musulmane. Cette radicalisation cumulative se traduit concrètement par la mise en place d’un appareil législatif discriminatoire et par l’adoption de pratiques administratives et policières spécifiquement dirigées contre la communauté musulmane. Cela aboutit à une fuite en avant répressive contre la minorité musulmane.

 

La radicalisation cumulative entraîne également une radicalisation discursive de l’État et de ses appareils idéologiques avec l’appui de groupes de pression qui poussent à la mise en place d’une répression accrue contre l’islam et les musulmans. Cette radicalisation discursive s’exprime notamment dans les médias dominants où les prises de parole se font, presque toujours, en faveur de l’instauration d’une législation d’exception contre l’islam et les musulmans. Ces discours islamophobes étant hégémoniques, ils permettent d’entériner les législations discriminatoires et de préparer le terrain à de nouvelles lois toujours plus répressives. 

 

Comme en témoignent les dernières propositions législatives, de nouvelles lois seront présentées, débattues et votées dans un esprit de consensus « national » et « républicain » rassemblant la droite et la gauche. La loi du 15 mars 2004 a été votée en ayant recours à ce type de consensus « national » et « républicain ». Au-delà du contenu même de cette loi, qui est en soi discriminatoire, la loi du 15 mars 2004 a constitué un précédent auquel peu de personnes ont prêté attention. La France a voté une loi spécifique, même si cela n’a pas été formulé ainsi pour des raisons de respect d’une légalité formelle, contre une minorité religieuse déterminée, la communauté musulmane. 

 

En ayant voté une loi spécifiquement dirigée contre une minorité religieuse déterminée, la république française a ouvert une boîte de pandore qu’il sera bien difficile de refermer. Avec le vote de cette loi, il est devenu possible et acceptable, pour la majorité des Français, de voter des lois spécifiques contre une minorité religieuse qui pourra être légalement soumise à une législation d’exception. Après la loi du 15 mars 2004, une loi interdisant le port du niqab a déjà été votée en 2010. D’autres lois suivront certainement dans les années à venir. 

 

Face à la spirale de radicalisation cumulative des politiques islamophobes que connaît la France depuis dix ans, les réactions restent souvent très en deçà des problèmes de l’heure. Car le seul moyen de remettre en cause la législation d’exception que les responsables politiques français sont en train de mettre en place contre les musulmans, est de demander l’abrogation de toutes les lois et de tous les décrets islamophobes instaurés depuis le vote précurseur de la loi du 15 mars 2004.

 

Cette revendication fondamentale est aujourd’hui portée par la « Campagne pour l’abrogation des lois islamophobes » lancée à la rentrée 2013. Évidemment, pour avoir un écho, cette campagne de lutte contre l’islamophobie d’État ne saurait rester enfermée dans les frontières de l’Hexagone. Une solidarité musulmane internationale doit impérativement s’exprimer à l’égard des musulmans vivant en France victimes d’une législation d’exception.

 

Youssef Girard