Études et analyses

Sale temps pour les musulmans en Occident /Saber El Maliki

sale tempsL’émulation islamoclastique

Quatre années après la loi suisse anti-minaret, le Tessin, canton suisse niché dans les Alpes, a plébiscité le 22 septembre 2013 l’interdiction dans ses rues du port du voile intégral, communément appelé burqa ou nikab. Ce canton emboite le pas à la France et à la Belgique qui se sont illustrés, il y a plus de deux années, par l’interdiction du niqab dans l’espace public, ceci dans la continuité de l’interdiction du foulard dans les écoles publiques françaises en  2004. Les contrevenantes à l’interdiction du port du niqab en France sont amendées (150 euros) et interrogées comme pourrait l’être un ennemi public. Depuis, elles sont pas moins de 1122 femmes musulmanes qui ont été verbalisées en France, et surtout subies un interrogatoire afin de donner matière aux inquisiteurs de la république de Mariane de mettre en cause leurs hommes et ainsi de les pénaliser doublement. Le chic dans ces lois anti-musulmanes est que le nombre de personnes susceptibles d’être concernées par leur application en Europe frise le zéro, comme  c’est le cas au Tessin. Selon les sources, le niqab ne serait porté en Suisse que par 10 à 120 femmes, dont une partie non négligeable d’helvètes converties.

La conjuration des excentriques

L’embrouille juridique est d’un tel ridicule que les seules personnes susceptibles d’être ennuyées sont les touristes du Golf et les rares converties européennes excentriques. Les suisses vont-ils pousser le luxe jusqu’à s’attaquer à l’une de leurs poules aux œufs d’or, à sa voir, les touristes nicabisées en provenance du Golf ? J’en doute !  L’imagination débordante des initiateurs mal intentionnés suggère le plus sérieusement du monde de faire porter un signe distinctif à la Jet set niqabisée qui débarque en Europe afin de griller leurs millions de pétrodollars en toute quiétude. Pas de commentaire !

La Suisse est dotée de lois interdisant de couvrir le visage, exception faite lors de leurs traditionnels carnavals. Ces lois ne pouvaient-elles pas s’appliquer à celles qui portent le niqab ? Pourquoi alors de nouvelles lois qui de plus sont discriminatoires ? A première vue, celles-ci peuvent faire sourire par leur manque de discernement mais à les regarder de près, elles ne demeurent pas moins qu’une forme d’appel au meurtre car le délit de facies et le délit d’intention donneront de la matière aux assassins en puissance parmi les croisés en herbe et les laïco-intégristes avec la complicité de parlements européens en mal de réforme. Ce qui se déroule sous le ciel de l’Europe du 21ème siècle est un inédit. L’histoire retiendra que des peuples dit libres ont légiféré sur un inexistant et préparent le porgrom qui purifierait l’Europe des musulmans.

L’Islam, la menace !

Est-ce le niqab qui est attaqué ou l’Islam ? Est-ce la personne musulmane qui est agressée ou le message universel qu’incarne la présence musulmane en Europe et ailleurs?

Une présence qui a toujours dérangé sauf quand elle servait de chair à canon ou de main d’œuvre transparente, bon marché et corvéable pour assurer le bien être des indigènes européens. Puis vint la période post-trente glorieuses où cette présence s’est vue contestée avant d’être de plus en plus attaquée par des lois scélérates et par les tribuns populistes.

L’attaque de l’Islam, c’est ma conviction, a commencé d’abord du côté de ceux qui prétendent lui appartenir par le mélange qu’ils font entre ses préceptes et leurs traditions locales, dont certaines sont d’origine païenne. Cette confusion nuit à l’Islam et à la Ouma, et contribue au schisme qui gangrène les efforts de la « nahda » tant espérée par les éclairés parmi les croyants. Les interprétations rigoristes des préceptes de l’Islam, frisant parfois le folklore, tendent à accommoder l’enseignement du prophète Mohamed SAS à leurs coutumes et à leur tribalisme, plutôt de les lui soumettre. Nous appartenons à l’Islam et non l’inverse !  Le lecteur de ses lignes partagera certainement avec moi le fait que nombre de versets coraniques et de hadiths exhortent les croyants à se soumettre à leurs enseignements, et notamment à se différencier des « Gens du Livre » afin de ne pas instrumentaliser la religion à des fins personnelles. La réalité des musulmans d’aujourd’hui ne contredit malheureusement pas l’avertissement divin de ne pas pervertir l’Islam en le soumettant au « narcissisme de nos petites différence ». C’est en cela que, comme musulmans, nous ne sommes pas moins une menace pour nous-mêmes que les anti-musulmans le sont pour nous. Dans le dictionnaire de ces derniers, dont celui des laïcistes de la fille aînée de l’église, l’Islam est d’essence oppresseur, le musulman un misogyne viscéral et la musulmane, y compris l’européenne convertie, dénuée de libre arbitre. Leur rhétorique anti-Islam glisse de la défense de « la capacité critique démocratique » à  l’appel du « grand réveil européen » en passant par la refrénation du « multiculturalisme ».

Criminalisation de l’Islam

Vouer aux gémonies l’appartenance à l’Islam n’est pas nouveau en terre européenne et la complotite anti-musulmane est une seconde nature chez les républicains du dimanche. Quand on s’attarde sur la manière dont on traite l’Islam et les musulmans en Europe, le terme islamophobie est un euphémisme. L’un des zélés de cette forme de croisade est l’actuel ministre de l’intérieur français, celui qui a recouru en mars 2013 contre la décision d’une cours de sa république. Cette cours avait donné raison à une salariée d’une crèche privée licenciée pour avoir porté le voile islamique.

Connu pour être à la droite de la gauche caviar, ce ministre soutien une proposition de loi en cours, interdisant le port du voile islamique dans les universités. Sans avoir le monopole de l’islamoclastie, ce ministre illustre le constat inquiétant qui fait de plus en plus d’émules : la guerre contre l’Islam est une affaire personnelle sous couvert de républicanisme. Décrié par ses pairs du gouvernement de sa république et applaudit par tous les extrêmes nationaux et transnationaux, quand il s’agit de l’Islam, ce type de personnage n’a cure de la préservation du « pacte républicain », ni de « la paix sociale », ni du «contrat social ». On sera moins étonné quand on apprend qu’il est moitié tessinois et moitié espagnol et qu’il n’est devenu français qu’à l’âge de 20 ans. Comme ses prédécesseurs, voudrait-il gagner ses galons de républicain « pure souche » sur le dos des musulmans ? Je vous laisse libre de vos interprétations !

Le lecteur n’a certainement pas passé sous silence le terme « privé » dans l’affaire de la crèche. Ce terme a été l’arme juridique fourbe de la France coloniale pour mettre l’Islam en Algérie sous son joug en lui appliquant le droit commun et lui interdisant l’application de la loi 1905 contrairement aux autres religions*. Finalement, quand il s’agit de l’Islam, la loi européenne est à géométrie variable, les préjugés de l’occidental piétinent tous les principes universellement admis et la frontière entre le privé et le public, entre le personnel et le général est poreuse.

 

L‘intimidation des musulmans

Les initiateurs de ces lois n’ont jamais voilé leurs intentions, celles de bannir l’Islam de l’espace public occidental, ni mâcher leur islamoclastie. « La nuit du cristal » n’est pas seulement dans les têtes des nazillons mais dans les faits. Les signes avant coureurs de la solution finale ne cessent de prendre de l’ampleur sur les terres européennes ; et ce n’est pas les moyens qui manquent ! Des caricatures injurieuses sur la personne du prophète SAS, à la profanation des lieux de culte musulmans, en passant par le web et la littérature apologistes et militantes, tous convergent vers une islamoclastie active. Même le buisness occidentalo-centré est vilipendé s’il s’aventure à exploiter le filon islamique, comme ce fut le cas de la chaîne de fast food, King Burger, quand celle-ci avait lancé son menu Halal.

La devise de l’intimidation est la même : la présence musulmane en Europe doit être reléguée à la clandestinité, à l’éphémère et à l’incongru. Par leurs caractères discriminatoire et prémonitoire, ces lois anti-musulmanes n’ont rien à envier aux lois racistes et aux lois coloniales. La suite vous la connaissez !

 

 

L’histoire se répètera-t-elle ?

Un bon musulman en Europe serait-il celui qui ne peut être que mort ou expulsé ? Quoi qu’on dise, l’histoire ne le voile pas. Le roi Phillipe III d’Espagne signe le 22 septembre 1609 l’expulsion des morisques, ces descendants de l’Espagne musulmane convertis de force au catholicisme. Même intégré, assimilé et converti, un descendant de musulman est à éliminer du monde occidental. En 2009, le 400 ème anniversaire de ce drame humain et civilisationnel est passé inaperçu dans le monde musulman.

Cette amnésie est une insulte à tous les descendants des andalous peuplant les terres du Maghreb. Faudrait-il attendre le 500ème anniversaire de ce génocide pour rappeler à la terre le martyr des musulmans en Europe, comme l’on eut fait les amérindiens, l’année du 500 ème anniversaire des crimes des conquistadors en Amérique du sud?

L’histoire nous l’enseigne, l’expulsion des morisques était un aboutissement, un sacerdoce, qu’un autre monarque de la reconquista, Philippe II d’Espagne, a emblématisé. Ce monarque serait à l’origine du drapeau Corse sur lequel figure la tête d’un maure mort puisqu’il s’agit d’un décapité. Le bandana sur le front était placé initialement sur les yeux, comme il se doit pour tout décapité, avant d’être remonté sur le front pour faire bonne figure. Les sardes font mieux avec leur emblème qui comporte quatre têtes de maures morts séparés par une croix. Deux emblèmes-sentinelles qui flottent encore aujourd’hui sur les frontières qui séparent les aires des deux civilisations rivales en méditerranée. Emblèmes aide-mémoire que le temps et le progrès n’ont pas pu effacer.