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Élection présidentielle 2014: Lassitude et désintérêt des Algériens/Nacer Nadji

NADJIEncore une fois, les Algériens seront appelés, en ce début d’année 2014 aux urnes à l’occasion de l’élection présidentielle et devront choisir un successeur à Abdelaziz Bouteflika. Après 14 années au pouvoir, celui-ci cédera sa place à un successeur aujourd’hui inconnu. Devant le silence du Président qui n’a toujours pas confirmé ou infirmé les rumeurs concernant son éventuelle candidature et le flou complet qui règne autour de sa santé, le processus de précampagne électorale semble bloqué. Les candidats potentiels de l’opposition ou qui se prétendent comme tels et qui ont décidé de tenter l’aventure sont à peine sortis de l’ombre et menacent même de se retirer au cas où l’actuel Président annonce sa participation à un quatrième mandat. Cette opposition qui s’est constituée en coalition a appelé dans un communiqué à un changement de gouvernement pour garantir la transparence du scrutin. Ce changement, estiment-ils devra concerner, en particulier, les ministères qui ont un lien direct avec la préparation et l’organisation de l’élection tels que le ministre de l’Intérieur Tayeb Belaiz et celui de la justice Tayeb Louh, considérés comme des hommes de confiance du chef de l’Etat. En faisant ces propositions, les animateurs de ce Mouvement d’opposition qui se sont faits appelés le groupe des 20-auquel participent même des candidats déclarés à la prochaine présidentielle, comme Ahmed Benbitour et Soufiane Djilali-exhortent la classe politique et les Algériens à se rassembler pour faire face à « ceux qui veulent avorter le processus  de démocratisation du système de pouvoir en Algérie en piétinant tous les principes d’exercice du pouvoir au nom de la démocratie, tout en faisant mine d’oublier que le peuple est source de tous les pouvoirs ».

Les partisans du 4e mandat pour le chef de l’Etat en l’occurrence,  le Front de Libération Nationale(FLN) et le Rassemblement Nationale Démocratique(RND) par la voix de leurs secrétaires respectifs fraîchement élus à la tête de ces partis, réitèrent leur soutien indéfectible au locataire du Palais d’El Mouradia. Partis majoritaires à l’Assemblée Populaire Nationale, au Sénat et dans les Assemblées locales, ils sont paralysés, minés par des Mouvements de redressement et divisions internes,  incapables de quoi que ce soit, sinon jouer aux relais politiques au sein de la société afin de permettre au président de gérer les antagonismes et les clivages. Une coalition qui devrait être renforcée par deux poupées gonflables issues des labos du régime, Le TAJ et le MPA dont les présidents font parti du gouvernement Sellal . L’actuel Premier ministre bénéficiant de l’appui du Président, multiplie les sorties médiatiques, inspecte des projets, distribue des budgets,  affiche ces positions politiques et va jusqu’à se jeter dans des bains de foule donnant l’image d’un homme d’Etat.

Dans cette tourmente qui agite la classe politique à l’aube de ce scrutin, entouré de mystères, les spéculations vont alors bon train. L’Armée algérienne est également un acteur incontournable et omniprésent  qui exerce une influence considérable sur la politique ainsi que sur l’économie du pays. Un acteur qui pourrait bien avoir son rôle à jouer et son mot à dire dans le choix du futur Président de la République. Mais qu’en pensent les Algériens de cette énième élection ? Ils ne s’y intéressent absolument pas. Le niveau de confiance de la population dans la classe politique n’a cessé de baisser depuis plusieurs années. Le scénario de 1992 lors de l’interruption du processus électoral et qui a vu l’Armée prendre le pouvoir est toujours dans les esprits. Il suffit d’examiner les taux de participation des scrutins précédents pour s’en rendre compte. Ce désintérêt peut s’expliquer aussi par le ras le bol d’une population majoritairement jeune qui n’arrive pas à sortir de l’ornière de la médiocrité  du chômage  et la pression sur le logement et qui ne voit que la corruption de dirigeants dont le seul objectif est de rester au pouvoir et s’enrichir plus.


L’Algérie est supposée vivre en 2014 un moment politique majeur. L’élection d’un Président de la République. Allons-nous assister à l’émergence d’une classe politique jeune capable d’achever un processus de décolonisation interrompu ?  Répudier définitivement le principe de violence et pacifier l’espace public par la démocratie et la souveraineté du droit ? Formaliser un vivre ensemble basé sur le dialogue ? Ou bien allons-nous assister encore une fois, médusés à une fourberie du système ? Réponse : Avril 2014

                                                                                                                                                 N.N.