Études et analyses

GRANDEUR ET DECADENCE :ANCIENNE ET NOUVELLE GENERATIONS/Mahi.Tabet-Aoul/P1/J.M13

MAHIIl est tout à fait dans notre intention de lier le conflit actuel, entre la génération d’avant l’indépendance et la génération d’aujourd’hui, à la grandeur d’hier et à la décadence d’aujourd’hui.

Comment, ne pas relater la grandeur de notre Révolution qui a mis fin à 132 ans de colonialisme ? Cette Révolution a vaincu, par ses valeurs morales, la force gigantesque de l’une des nations parmi les plus puissantes du monde, épaulée par les puissantes forces militaires de l’OTAN.   

Comment, ne pas parler de décadence de l’Algérie, quand on voit notre pays devenir la proie d’usurpateurs, de mafia politico-financière, de fléaux sociaux de toutes sortes et de corruption généralisée ? Le citoyen algérien angélique d’hier est devenu le citoyen diabolique d’aujourd’hui dont le seul souci est la course vers l‘acquisition de biens matériels sans effort et sans droit au détriment des valeurs morales.

En 50 ans d’indépendance, le lien ombilical qui rattachait les générations d’avant l’indépendance, a été coupé par des usurpateurs qui se sont relayés au pouvoir et la fracture ne cesse de s’approfondir davantage. Progressivement s’est mis en place un système politique favorisant la domination et l’enrichissement illégal des dirigeants à tous les niveaux du pouvoir. Aux yeux de la nouvelle génération, une nouvelle référence (à l’image des détenteurs du pouvoir) a vu le jour et seule importent l’enrichissement et le chacun pour soi. Ainsi, apparut une rupture profonde avec nos valeurs et notre culture ancestrale.

L’autodestruction de notre culture, en l’espace de 50 ans, n’a pas pu être accomplie par le colonialisme en 132 ans d’occupation et d’asservissement. Peut-on, alors, parler de simple  » conflit de générations  » ? Parmi l’ancienne génération et jusqu’à nos jours, il y a bien eu d’honnêtes hommes et femmes qui ont consacré leur vie à éduquer, aider et former les plus jeunes, montré leur compétence, excellé dans leurs domaines respectifs. On constate bien le fruit de leur travail qu’on voit encore autour de nous.

Beaucoup, parmi l’ancienne génération pensent que la nouvelle génération ne sait rien , qu’elle est déconnectée du monde réel et qu’elle ne s’intéresse qu’aux matches de foot, aux séries télévisées, sentimentales égyptiennes, syriennes et turques, aux émissions de mode pour rester branchée. Mais cela n’est pas tout à fait vrai! La nouvelle génération est beaucoup plus que ça, elle est consciente du mal qui la ronge même si elle se sent sans ressort pour réagir. Alors, les plus chanceux ont quitté le pays pour aller s’installer ailleurs, chercher une vie meilleure et un ciel plus clair, d’autres se sont tout simplement tus, alors que d’autres plus nombreux ont renoncé à leurs rêves dans un pays ou même le rêve est devenu un luxe. Devant cette situation, quiconque peut se blâmer soi-même sans blâmer personne et en même temps blâmer tout le monde. La nouvelle génération a grandi en ignorant la propre et vraie Histoire de leur pays. Elle a grandi avec l’idée  «qu’ould Zaouali » n’avait rien à attendre du système, si ce n’est des miettes que daigneraient lui jeter les détenteurs du pouvoir. La nouvelle génération a fini par avoir la conviction, que la seule façon d’échapper à la  Hoggra, était de s’engager dans l’armée pour devenir officier un jour et prendre sa revanche. Elle a ainsi grandi dans un climat où l’argent est roi. Cette génération peut interpeler l’ancienne génération sur plusieurs questions : 

          Qu’en est-il de l’héritage du patrimoine légué par l’ancienne génération en termes de principes, de savoirs, de compétences et en quoi consiste réellement ce patrimoine ? Cet héritage proviendrait-il de bonnes ou de mauvaises sources ? Le défaut du transfert de ce patrimoine incombe t-il à l’ancienne génération, qui a baissé les bras après une guerre meurtrière ayant décimé les forces vives qui ont libéré le pays ?

          Pourquoi a-t-elle laissé des opportunistes, se proclamant nationalistes, prendre le pouvoir, écarter les personnes dignes de gouverner ?

          Comment expliquer que certains cadres, parmi l’ancienne génération, se sont rangés aux cotés des usurpateurs pour devenir leurs valets et leurs serviteurs ?

Dans ce qui suit et pour expliquer ce qui précède, on abordera l’analyse de la rupture entre l’ancienne et la nouvelle génération à travers plusieurs facteurs objectifs qui sont à l’origine du mal :

          CONFLIT DE GENERATION

          RUPTURE CULTURELLE

          RUPTURE DE LANGUE

          IDENTITE ET OBLIGATIONS

          MEA CULPA DE L’ANCIENNE GENERATION

          MEA CUMPA DE LA NOUVELLE GENERATION.

 

                               CONFLIT DE GENERATION

 

Contrairement à ce qu’on croit, le critère de distinction entre un vieux et un jeune n’est pas seulement une question d’âge. Il y a d’autres critères importants et déterminants : foi, idéal, conviction, ambition, volonté, état d’esprit, défis à relever … Tout est dans la tête finalement, on peut être « Vieux-Jeune » ou «Jeune Vieux ». On peut être vieux de nos jours à moins de 30 ans et rester jeune à plus de 70 ans. Le pouvoir, chez nous,

reste aux mains de vieux qui ne veulent pas le lâcher et qui puisent dans leurs réserves amoindries et fossilisées pour s’y maintenir. Ces vieux miment et cherchent à impressionner les plus jeunes à travers un pseudo-dynamisme. Est-ce la responsabilité des jeunes ? Est-ce la responsabilité des vieux ? Est-ce la responsabilité des deux générations ? Ou bien celle de l’école, de la société civile, de la gouvernance, de l’étranger… !!!

Le conflit de générations existe depuis que le monde est monde, aussi bien dans les pays développés que sous-développés. En général, ce conflit prend naissance à partir de différences de perception sur la manière d’agir. Il découle du changement des buts et des moyens entre générations et qui relève de l’évolution naturelle du monde. Le conflit résulte souvent du fait que chaque génération juge l’autre avec ses propres « lunettes ». L’ancienne génération reprochant à la nouvelle de ne pas l’imiter en tout, et la nouvelle cherchant à « défendre son territoire », en reprochant à l’ancienne d’être dépassée. On peut se rappeler les difficultés que nous avions eues, nous-mêmes alors adolescents, à communiquer avec nos parents et inversement. Par contre, on était plus à l’aise avec nos grands-parents que nous sollicitions d’ailleurs régulièrement pour leur confier nos messages pour qu’ils soient répercutés à leurs propres enfants (devenus nos parents), avec plus de chances d’obtenir ce qu’on voulait. Et c’est somme toute normale, car une société n’est jamais immobile, elle est toujours « travaillée » de l’intérieur, elle bouge, change, évolue en fonction du temps. C’est d’ailleurs pourquoi, un hadith nabawi dit : « Eduquez vos enfants, non pas en fonction de votre temps, mais en fonction de leur temps ». Aujourd’hui, c’est surtout dans les sociétés développées, civilisées, libres et démocratiques, qu’on parle de ce type de conflit. Ces sociétés jouissent de la liberté de pensée et d’expression, d’une justice indépendante, de lois applicables de la même façon pour tous, de liberté d’entreprendre, d’une représentation réelle des citoyens dans les principaux organes de l’Etat. De cette explication, on peut déduire qu’en Algérie, il ne s’agit nullement de conflit entre générations qui, aujourd’hui, est considéré dans le monde, comme le résultat d’une évolution historique en douceur, mais bien de rupture profonde d’un autre genre. Alors, oui, il y a un conflit entre générations en Algérie, mais il n’explique, à lui-seul la situation d’impasse dans laquelle nous nous trouvons actuellement.     (Première partie)

                                                                                                                    M.T.A