Études et analyses

CONSTITUTION ET PERMANENCE DU DROIT ISLAMIQUE/Dr. Said Benaissa/J.M 13

DROIT MUSULMANVingt trois années ont été nécessaires pour faire connaître et expliciter aux contemporains du Prophète (QSSSL), usant de la méthode pédagogique par excellence, occasion après occasion (rappelée dans les Asbab Anouzoul), la raison d’être des Recommandations ou Commandements divins. Tout cet enseignement reste sauvegardé : « Nous avons fait descendre le Dhikr et Nous en assurons la garde» (al- hidjr, 9).

                                           UN DROIT D’ESSENCE DIVINE

Le Coran est l’œuvre d’Allah (Q) non d’un faussaire. « Nous savons bien que les (idolâtres) disent : « c’est un homme qui l’enseigne ! » (Or) la langue de celui qu’ils suspectent (d’être ton inspirateur) est une langue barbare tandis que (le Coran) est en langue arabe claire » (An Nahl-Les Abeilles, 103). « Les imposteurs sont ceux qui ne croient pas (à l’authenticité) des versets d’Allah. Ce sont ceux-là les menteurs » (An Nahl-Les Abeilles, 105).

La LOI divine est souveraine : 1. Allah (Q) est Unique et le Souverain Législateur ; 2. « et dis « la vérité émane de votre Seigneur, croie qui veut ! Que soit mécréant qui veut ! » (la caverne, 29). « Nul ne (peut) modifier ses paroles et nulle part, tu ne trouveras de refuge en dehors de Lui » (la caverne, 27) ; 3. Allah (Q) veille sur la sauvegarde de la Loi » : Sourates : Al Hidjr : hafdhou Allah (Q) li dininh ;  Al en Anfal : kawanin nasr ; 4. « Ceux qui ne jugent pas selon ce qu’Allah a révélé, ceux là sont des infidèles (5,44) ; … sont des injustes (5,45) ; …sont des pervers (5,47).

Allah (Q) est connu par et pour tous Ses Attributs : Allah (Q) est Vérité et Justice ; Allah (Q) est Al Hak : sourates très nombreuses : Ara’d : kawat El hak wa da’f el baâtil ;… ; Allah (Q) applique et recommande la Justice : « wala yadhlimou rabouka ahada » (El kahf, la caverne, 49).

                 LES BASES ET L’EVOLUTION DU DROIT MUSULMAN

Le droit musulman se distingue, d’abord, quant à ses sources d’essence divine et corrélativement par ses valeurs propres inspirées par celles-ci.

Les prescriptions juridiques sont nombreuses dans le Coran et pour toutes les disciplines du droit (Constitution, finances, économie, travail, pénal, international…). On dénombre environ 600 versets s’y rapportant. Le Coran est donc bien la source première du droit musulman.

Le Coran est clair dans ses énoncés du licite et de l’illicite, de ce qui est vrai et juste, des droits de Dieu, de ceux des gens, des bêtes et même de la nature. Il l’est tout autant des obligations et autres devoirs exigés ou reconnus pour le salut de l’âme des gens. Mais le Coran, en prescrivant par exemple, la Salat (prière), la zakat ou le Ramadan comme droits de Dieu ne donne pas tous les détails de leur application et exécution. Le soin de l’explication et des clarifications utiles revient à son Envoyé le Prophète (paix et salut sur lui (S)) en tant que premier interprète du Coran et de ce fait constituera la seconde source du droit.

Après la mort du Prophète (S), le 8 juin 632, ce rôle d’interprète reviendra aux premiers Compagnons dignes héritiers de ses traditions : leur opinion unanime constituera ‘l’Idjma’ la troisième source du droit musulman.

A son décès, le Prophète (S) lègue à l’humanité toute entière un nouveau corpus juris d’à peine dix ans (le droit musulman), opposé au corpus juris civilis romain d’un peu moins de cent ans. Les problèmes de succession vont marquer une césure entre les prétendants au Califat. Contre ‘Ali, membre de la famille des Ahl-el-Bait, qui se dit prétendant légitime à l’Imâmat, s’opposeront ceux qui n’accepteront pas qu’à la fois, la Prophétie et l’Imâmat appartiennent à la même famille Koraïchite.

Finalement quatre premiers califes furent successivement désignés qui portèrent les frontières de l’Islam, en à peine quinze ans, jusqu’en France à l’Ouest et au fleuve indus à l’Est. En à peine un siècle plus tard en 732, les descendants des premiers musulmans, installés depuis longtemps  dans le regnum francorum (la France actuelle) jusqu’à Poitiers et au-delà, se prévalent du droit musulman en tant que conquérants et, après leur retrait de la partie septentrionale, dans la partie méridionale à partir de Lyon, et beaucoup plus tard et jusqu’à ce jour, dans le monde entier, par le jeu de l’application des règles du droit international privé.

L’enseignement tiré des 23 années d’apprentissage pratique de la doctrine islamique sera théorisé par plusieurs Chefs d’Ecoles juridiques – chacune apportant sa propre touche- de sorte qu’il est apparu presque achevé dès avant la moitié du troisième siècle de l’Hégire (9è siècle J.C.), raison pour laquelle fut décrétée « la fermeture de l’Idjtihâd».

      UN DROIT EN RUPTURE AVEC LE PASSé ET SANS HERITAGE HISTORIQUE

Le droit musulman est en rupture avec toutes les croyances – sauf celles apportées par les Prophètes antérieurs largement cités dans le Livre – et coutumes antérieures contraires au message divin. Les versets suivants de la sourate « la table» s’appliquent aux coutumes païennes abolies : « Voudraient-ils être jugés d’après les coutumes païennes » aya 50), « Allah (Q) n’a consacré ni bahira, ni sâ’iba, ni wasîla, ni hâmi. Mais les mécréants Lui attribuent des mensonges et la plupart d’entre eux ne raisonnent pas» ( (al mâ’da,103).

Il n’hérite d’aucun système juridique antérieur. Il a, au contraire, sûrement inspiré les systèmes postérieurs en tant que système accompli dès le 10ème siècle, par certains aspects de son contenu. (c’est après son retour d’Egypte où il a été initié au droit musulman et à ses techniques de raisonnement que Napoléon a édicté son code instaurant le divorce).

                                                                                                                                                            Dr.S.B.