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Portrait du sceau des prophètes /Etienne Dinet et El hadj Sliman Ben Brahim./J.M 13

portrait<< D’après Ali, son cousin et gendre, le Prophète était de stature moyenne, de carrure solide; il avait la tête forte, le teint coloré, les joues lisses, la barbe fournie, les cheveux ondulés. Une veine, qui se gonflait sous l’effet du mécontentement, s’élevait sur son front de la naissance de son nez aquilin, entre ses sourcils, bien arqués et très rapprochés.

Les prunelles des ses grands yeux, encadrés de longs cils, étaient d’un noir profond, traversé de quelques reflets rouges, et son regard était d’une extraordinaire acuité. Sa bouche était grande, comme il convient pour l’éloquence. Ses dents, que l’on comparait, pour leur blancheur, à des grêlons, étaient légèrement écartées sur le devant. La paume de ses mains aux doigts allongés, était large et douce au toucher, comme une étoffe de soie fine.

Enfin, le Sceau de la prophétie (qu’avait découvert le moine Bahira), se trouvait au-dessous de sa nuque, entre les épaules; semblable à la trace d’une ventouse, ce signe était de couleur rougeâtre, et entouré de quelques poils. >>

<< Le prophète marchait avec une lenteur grave et majestueuse; il avait l’esprit présent en toutes circonstances; lorsqu’il se retournait, c’était de tout le corps, et non comme les gens étourdis qui tournent le cou en agitant leur tête sur leurs épaules. S’il montrait quelque chose, il le faisait avec la main tout entière, et non avec un ou deux doigts; s’il éprouvait un étonnement, il glorifiait Allah, tournait vers le ciel la paume de ses mains, hochait la tête, et se mordait les lèvres.

Lorsqu’il affirmait une chose, il frappait avec le pouce de sa main droite sa main gauche grande ouverte pour appuyer son affirmation. Etait-il courroucé, son visage s’empourprait; il passait sa main sur sa barbe et sur sa figure, respirait profondément, et s’écriait : « Je m’en remets à Allah, le meilleur des mandataires! »

Il parlait avec peu de mots, mais chaque mot comportait des sens nombreux, les uns évidents et les autres cachés. Quant au charme de son élocution, il était de nature de surhumaine, il allait droit au coeur, et nul ne put jamais y résister.

Le prophète ne riait jamais au delà du sourire, et, lorsqu’un excès de gaîté le gagnait, il se couvrait la bouche avec la main.

Il était d’un caractère égal, sans morgue ni raideur. Aucun de ses compagnons ne l’appelait sans qu’il répondît immédiatement: « Me voici. » Il s’amusait avec leurs enfants, qu’il pressait contre sa noble poitrine. Il plaçait sur un rang les fils de son oncle Âbbas, promettant une récompense à celui qui arriverait à lui le premier, et tous se précipitaient entre ses bras et s’asseyaient sur ses genoux.

Il s’intéressait aux affaires de tous, des esclaves aussi bien que des nobles, et il assistait aux funérailles des plus humbles croyants. Un jour, il entra dans violente colère parce qu’on avait négligé de le prévenir de la mort d’un pauvre nègre, balayeur de la mosquée; il se fît indiquer sa tombe, et s’y rendit pour prier.

Lorsqu’un solliciteur cherchait à approcher ses lèvres de son oreille pour lui parler en secret, il se tenait penché vers lui jusqu’à ce que l’autre eût terminé. Et jamais il ne retira sa main le premier, lorsqu’un visiteur l’avait prise, il attendait que celui-ci retirât la sienne de son propre mouvement.

Il a dit : « On n’est un bon Musulman que si l’on souhaite pour autrui ce que l’on souhaite pour soi-même. »

Jamais, de sa main bénie, il ne frappa une femme ni un de ses esclaves. Anas, qui le servit pendant dix années, a déclaré : « Jamais il ne me blâma; jamais même il ne me demanda: as-tu fait ceci? ou pourquoi n’as-tu pas fait cela? « 

Abou Dherr l’a entendu proclamer :  » Ce sont vos frères, ces serviteurs qu’Allah a placés sous votre autorité; quiconque est maître de son frère lui doit donner de ce qu’il mange lui-même et l’habiller comme il s’habille lui-même. »…>>

Avec sa nature aimante, il avait cruellement souffert d’être privé, si jeune, de tendresse maternelle; aussi se préoccupa-t-il constamment des rapports entre les enfants et leurs mères. Il les résumait dans cette phrase : « Le paradis d’un fils se gagne aux pieds de sa mère. » Et, lorsque, pendant les oraisons, il entendait un enfant pleurer, il accélérait la prière pour permettre à la mère d’aller le consoler, car il savait combien souffre une mère en entendant les pleurs de son enfant…

Si des sentiments de dignité bienveillante interdisaient au Prophète la raillerie vulgaire ou blessante, il était néanmoins d’un caractère enjoué; il aimait la plaisanterie, qui n’est pas blâmée par Allah lorsqu’elle contient une parcelle de vérité. Un jour, pour s’amuser, il déclara à Safia, sa tante paternelle :  » Les vieilles femmes n’entreront pas dans le paradis. » La noble femme, d’un âge déjà avancé, fondit en larmes; alors il ajouta : « Mais toutes seront ressuscitées avec l’aspect de femmes âgées de trente-trois ans, comme si elles avaient été toutes enfantées le même jour. »

Les trois choses qu’il préférait en ce monde étaient: la prière, les femmes et les parfums.

Il aimait tellement la prière, que ses pieds s’étaient enflés par suite de stations debout trop prolongées durant ses oraisons; mais il considérait le droit de prier aussi fréquemment comme une des prérogatives de son rôle de prophète, et il n’admettait pas qu’on imitât son exemple…

Après la prière, ce que Mohammed préférait, c’était les femmes; et ses détracteurs le lui ont fréquemment reproché. Certes, il était ardent en amour,; il était un mâle, dans l’entière acception du terme, au moral et au physique, mais avec une chasteté qui n’est nullement incompatible avec la volupté saine. À son imitation, les arabes se distinguent, encore de nos jours, par une pudeur extrême mais dénuée de toute affectation, et sans ressemblance aucune avec l’hypocrisie pudibonde des puritains.

Si Mohammed épousa vingt-trois femmes, il n’eut de rapports qu’avec douze d’entre elles; ses autres mariages ne furent motivés que par des raisons politiques. Toutes les tribus étant désireuses de s’allier à lui par une de leurs femmes…

Cet amour pour les femmes le rendit plein de sollicitude à leur égard; en toutes occasions, il chercha à améliorer leur sort…

Le Prophète aimait les parfums, parce qu’ils sont le complément de la purification par les ablutions, et que celui qui exhale une odeur agréable sera plus digne et saura mieux faire respecter son honneur que celui dont l’odeur provoque le dégoût.

Il se parfumait avec du musc, et faisait brûler du santal, du camphre et de l’ambre. Il soignait sa chevelure avec de la pommade et laissait pendre quatre tresses, deux de chaque côté, le long de ses oreilles. Il taillait sa barbe et ses moustaches avec des ciseaux, et les entretenait avec un peigne en ivoire ou en écaille de tortue. Il noircissait ses paupières avec le k’hôl, qui aiguise les regards et fortifie les cils. Il soignait ses dents en les frottant fréquemment avec le « masowak » (morceau de bois tendre d’arak), dont les fibres quand on en mâche l’extrémité produisent l’effet d’une brosse.

Ses vêtements se composaient généralement d’une tunique de coton courte de manches et de taille, et d’un manteau long de quatre coudées, large de deux, tissé en Ômân. Il avait également un manteau Yamanit, long de six coudées et large de trois, qu’il revêtait le Vendredi et les jours de fête. Il avait enfin le manteau vert, dont héritèrent les khalifes, et un turban appelé « As-Sahâb » dont hérita Âli son gendre.

Le prophète prenait de sa personne un soin extrême, poussé jusqu’à une élégance très simple, mais très raffinée. Il se regardait dans un miroir, ou, à défaut de miroir, dans un vase plein d’eau, pour peigner sa chevelure, ou ajuster les plis de son turban dont il laissait retomber une des extrémités entre ses épaules. Il disait : « En soignant notre extérieur, nous faisons oeuvre agréable à Celui dont nous sommes les serviteurs. »

En revanche, il condamnait sévèrement le luxe exagéré dans les vêtements et, en particulier, l’usage de la soie, qui est, pour les riches, une occasion d’orgueil à l’égard des pauvres, mais il l’admettait pour ceux chez lesquels une raison de santé le rendait nécessaire…

Son souci de justice et de charité s’étendait aux animaux. Il a dit : « Un homme vit un chien tellement altéré qu’il lapait de la boue. Prenant une de ses babouches, cet homme s’en servit pour puiser de l’eau qu’il offrit au chien, et il répéta ce manège jusqu’à ce que l’animal fût désaltéré. Allah sut gré à cet homme de son action et l’accueillit au Paradis. »

Cette bonté et le rayonnement mystérieux qui se dégageait de la personne de Mohammed impressionnaient les animaux, voire même les objets inanimés aussi bien que les humains. Lorsqu’il gravit les degrés d’une chaire nouvellement construite dans la mosquée d’Al-Madina, l’humble tronçon de palmier sur lequel il avait coutume de monter, pour prêcher, se mit à pousser des gémissements, et ne se calma que sous l’imposition de ses doigts bénis.

Le prophète travaillait de ses propres mains; on le voyait traire ses brebis, rapiécer ses sandales, raccommoder ses vêtements, nourrir ses chameaux, dresser sa tente…etc, sans accepter l’aide de personne. Il rapportait lui-même ses emplettes du marché, répondant à un Fidèle qui voulait s’en charger: « C’est à l’acheteur qu’il incombe de porter ses achats. » Il condamnait ainsi, par son exemple, l’habitude de ces riches qui achètent nombre d’objets, dont ils chargent leurs serviteurs sans s’inquiéter du poids.

Il poussait aux derniers limites le mépris des biens de ce monde. Voici, d’après Aïcha, ses paroles à ce sujet: « Allah me proposa de changer pour moi, en or pur, tous les cailloux des environs de Mecca, et je lui répondis: « Ô Allah! Accorde-moi seulement d’avoir faim un jour et d’être rassasié le lendemain; le jour où j’aurai faim, je t’implorerai, et le jour où je serai rassasié, je te remercierai. » Qu’ai-je à faire avec les biens de ce monde? Je suis comme un voyageur qui s’étend à l’ombre d’un arbre; le soleil, en tournant, le rejoint, et il quitte cet arbre pour n’y plus revenir. Ô Allah! fais-moi mourir pauvre et ressuscite-moi dans les rangs des pauvres! »

La sobriété du Prophète était extrême; jamais il ne prenait deux sortes de nourriture au même temps; s’il mangeait de la viande, il se privait de dattes, et s’il mangeait des dattes, il se privait de viande. Il avait une prédilection pour le lait, qui apaise à la fois la soif et la faim.

Fréquemment, plusieurs mois se passaient sans que, dans aucune des maisons du Prophète, le feu ne fût allumé pour la cuisson du pain ou de quelque autre aliment; pendant ce temps, il ne se nourrissait, lui et sa famille, que de dattes sèches, et il ne buvait que de l’eau pure. Lorsque la faim tenaillait trop cruellement ses entrailles, il appliquait sur son ventre une pierre, qu’il sanglait avec une ceinture. Il sortit de ce monde sans s’être rassasié d’aucun mets, pas même de galette d’orge.

De son corps, qu’il entretenait dans un état de pureté parfaite par d’incessantes ablutions, il se souciait peu, au point de vue du bien-être. Il dormait souvent sur une natte rugueuse, dont les traces s’imprimaient profondément dans sa chair, son oreiller était fait de fibres de palmier, et son lit, d’un manteau plié en deux. Une nuit, Aïcha ayant plié le manteau en quatre, le Prophète se fâcha trouvant sa couche trop moelleuse, et donna l’ordre de la rétablir dans l’état habituel.

Avant de mourir, il avait affranchi tous ses esclaves, et distribué le peu de biens qu’il possédait encore. Il jugeait inconvenant de se présenter devant son Seigneur avec de l’or en sa possession. On ne trouva dans sa demeure que trente mesures d’orge, pour l’achat desquelles il avait dû déposer sa cuirasse en gage, chez un usurier.

Tels sont les principaux caractères du portrait du Prophète, conservé par la Tradition.

Les musulmans l’admettent comme véridique, mais il n’est, pour eux, que semblable à l’image d’une étoile reflétée sur la surface des eaux. La lueur tremblotante est descendue à portée de la main, mais elle reste insaisissable, et combien pâle en comparaison de l’astre qui l’émet, et qui brille, au plus haut des cieux, d’un éclat resplendissant. >>

Extrait de « La vie de Mohammed » d’Etienne Nasserddine Dinet & El Hadj Sliman Ben Ibrahim.

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