Évocations

Messaoud Boukadoum défenseur de l’Algérie arabo-musulmane/Youssef Girard

MESSAOUD BOUKADOUMNé le 5 décembre 1910 à El-Harrouch dans l’est de l’Algérie, Messaoud Boukadoum, dit Si El-Haouas, appartenait à une famille jouissant d’une position sociale relativement favorable. Bachelier et lettré en langue arabe, en 1933, il obtint une bourse pour poursuivre ses études à Paris. Là, il adhéra au premier mouvement nationaliste révolutionnaire algérien, l’Étoile Nord Africaine, dont il devint rapidement membre du Comité Directeur. Dans le même temps, il fut membre du bureau de l’Association des Étudiants Musulmans Nord-Africains (AEMNA).

 

Une fois ses études terminées, Messaoud Boukadoum rentra à El-Harrouch en septembre 1937. Là, il constitua une section du Parti du Peuple Algérien (PPA) qui avait succédé à l’Étoile Nord Africaine après sa dissolution par le gouvernement du Front populaire, le 26 janvier 1937. Avant la dissolution du PPA, en septembre 1939, il fut membre de la direction de la Fédération d’Algérie du Parti.

 

En février 1943, après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord du 8 novembre 1942, le Manifeste du peuple algérien fut publié afin d’exposer les revendications politiques des partisans d’une remise en cause de la domination coloniale. Un an plus tard, le 14 mars 1944, les Amis du Manifeste et de la Liberté (AML) furent constitués sous la direction de Ferhat Abbas dans le but de défendre les idées du Manifeste. Les militants du PPA clandestin adhérèrent aux Amis du Manifeste et de la Liberté et Messaoud Boukadoum devint l’un des principaux dirigeants des AML dans le Constantinois. Au cours du Congrès des AML de mars 1945, il s’illustra comme l’un des principaux défenseurs des thèses du PPA au sein du rassemblement. Arrêté durant les massacres de mai 1945, il fut condamné, en octobre 1945 par le tribunal militaire de Constantine, à dix-huit mois de prison ferme et 30.000 francs d’amende. A la suite de l’amnistie générale, il fut libéré en mars 1946.
Après le retour de Messali Hadj, qui avait été déporté à Brazzaville au printemps 1945, des discussions s’instaurèrent, au sein du PPA clandestin, sur l’opportunité de participer au processus électoral. Alors que la majorité de la direction du Parti était opposée à cette participation, Messali Hadj réussit à imposer le principe de participation aux élections législatives devant se dérouler le 10 novembre 1946. Ne pouvant pas se présenter sous l’étiquette du PPA, qui restait interdit par l’administration coloniale, les militants nationalistes révolutionnaires créèrent des listes intitulées « pour le Triomphe des Libertés Démocratiques » qui furent à l’origine de la création quelques mois plus tard du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD) véritable vitrine légale du PPA. Messaoud Boukadoum fut élu député de la deuxième circonscription de Constantine avec Mohammed Lamine Debaghine et Djamel Derdour. Ahmed Mezerna et Mohammed Khider furent élus députés dans le département d’Alger.
La principale question à laquelle furent confrontés les députés du MTLD après leur élection fut celle du « Statut organique de l’Algérie ». Par principe, le PPA-MTLD contestait le droit d’une assemblée française de légiférer sur des questions propres à l’Algérie, qui était une nation occupée devant recouvrer son indépendance. Le 20 août 1947, les députés du MTLD intervinrent à la tribune de l’Assemblée nationale française. Chacun fut chargé de traiter une question particulière relative à la politique coloniale française sévissant en Algérie : Ahmed Mezerna traita de la politique agricole des colons ; Djamel Derdour de la domination politico-administrative et de l’oppression coloniale ; Mohammed Lamine Debaghine de l’affirmation de la nation algérienne ; et Messaoud Boukadoum des atteintes à l’islam et à la langue arabe. A la suite de ces débats, avec treize autres députés algériens, le 27 août, Messaoud Boukadoum refusa de prendre part au vote sur le statut car il n’appartenait pas à une assemblée française de décider de l’avenir de l’Algérie.
L’intervention de Messaoud Boukadoum était un réquisitoire implacable contre la politique coloniale française de lutte contre l’islam et la langue arabe en Algérie. Son argumentation reposait sur l’affirmation énoncée par cheikh Abdelhamid Ben Badis selon laquelle : « l’Algérie est ma patrie, l’islam ma religion et l’arabe ma langue ». Le député nationaliste, qui luttait pour la libération de son pays, dénonça le non-respect par la France des traités relatifs au respect de la religion musulmane. Il évoqua aussi les mosquées détruites ou leur transformation en églises, la politique d’Évangélisation des musulmans soutenue par la République « laïque » et l’ingérence de l’administration coloniale dans la gestion du culte musulman. L’islamophobie structurelle du régime colonial fut au centre de sa critique. Concernant la langue arabe, Messaoud Boukadoum s’attaqua à la politique coloniale visant à lutter contre l’enseignement de cette langue qui avait été déclarée étrangère en Algérie.
Les thématiques évoquées par Messaoud Boukadoum n’étaient pas propres à son discours, même s’il était, certainement, particulièrement attaché à leur défense. Comme l’ensemble des thématiques développées par les députés du MTLD, les idées défendues par Messaoud Boukadoum appartenaient de manière collective au discours nationaliste révolutionnaire algérien. Les problèmes dénoncés participaient directement de la politique d’oppression du peuple algérien. D’ailleurs, ses différentes interventions servirent de base à la rédaction d’une série de brochures qui furent publiées par le MTLD en 1951 afin d’exposer ses idées.
Poursuivant son action pour la libération de l’Algérie, Messaoud Boukadoum s’engagea dans le FLN à la suite du déclenchement de la Révolution algérienne en novembre 1954. Proche de Mohammed Lamine Debaghine, il devint son directeur de cabinet au ministère des Affaires extérieures entre 1958 et 1959. Par la suite, il fut nommé à Belgrade en tant que chef de mission du GPRA auprès du gouvernement Yougoslave. Après une vie de militantisme et d’engagement, Messaoud Boukadoum est décédé le 26 décembre 2007 et a été enterré au cimetière de Bir Stal, près d’El-Harrouche.