Évocations

Abderrahmane Kiouane :L’heure de la récompense éternelle est venue/Sifaoui Abdelatif

KIOUANEGrand Militant de la cause nationale, Abderahmane Kiouane est décédé samedi 01 février 2013. Le professeur Salim Benkhedda sera l’une des rares personnes à lui rendre hommage en publiant une biographie assez détaillée de l’ami et le compagnon de son défunt père qui décéda lui aussi un mois de février, onze ans auparavant.

Il rappellera aux Algériens l’itinéraire Ô combien remarquable de ce grand nationaliste de la première heure  devenu presque totalement inconnu chez la nouvelle génération d’Algériens, à qui une autre histoire de l’Algérie et de sa révolution semble être sournoisement imposée.

Il rappellera notamment    ce qui suit :

«  Né à Alger le 25 février 1925. Elève au lycée Bugeaud (Emir Abdelkader), il fonde l’Association des élèves musulmans des lycées et collèges d’Alger qui joue un grand rôle dans la prise de conscience nationaliste. Il a été responsable de la section universitaire du PPA et secrétaire général, à deux reprises, de l’Association des étudiants musulmans d’Afrique du Nord. Avocat à la cour d’appel en 1947, il assure dès cette année la défense des militants du PPA-MTLD détenus par les Français, notamment ceux de l’Organisation spéciale (OS). Il a été élu adjoint du maire d’Alger, Jacques Chevalier, en 1953. Membre du comité central du PPA-MTLD, de sa direction et de son secrétariat, Abane Ramdane le charge de rejoindre la délégation extérieure du FLN au Caire. Il accomplit plusieurs missions en Amérique latine, au Moyen-Orient, en Europe et à l’ONU. Il est chef de la mission diplomatique du GPRA en Extrême-Orient avec siège à Tokyo. Il fonde avec Benkhedda, et d’autres militants le parti Oumma en 1989 ».

Au mois de  mars 2011 ne lui rendîmes une visite à son domicile à El Mouradia .

Une visite qui nous a terriblement marquée et à l’issue de laquelle nous avons écrit sous le titre « Abderrahmane Kiouane: un sourire rien qu’un sourire » les lignes suivantes :

« Nous le savions malade, amoindri par un accident cérébral vasculaire survenu  en 2005, mais nous étions cependant plein d’espoir de pouvoir écouter cet excellent orateur, que fut Abderrahmane Kiouane, et de noter ce qu’il pensait de l’Algérie d’aujourd’hui mais malheureusement , nous l’avons trouvé bien incapable à satisfaire notre désir .

A 86 ans, Abderrahmane kiouane, né le 25 fevrier 1925, n’avait que son beau sourire à nous offrir, entouré par son épouse , sa fille et son fils, il scruta nos visages , il voulait nous dire quelque chose, mais les mots ne viendront pas.

Son fils nous confia, que depuis deux ans , son père est irréversiblement entré dans une phase d’abandon et d’abdication  devant les vicissitudes de l’âge, lui qui a été  un combattant inflexible et infatigable, en ajoutant, comme pour essayer d’expliquer cette situation « vous savez que mon père fait partie d’une génération d’homme qui a beaucoup souffert et qui a tant donné »  .

En effet en plus de la souffrance du colonialisme infâme et injuste, il y a eu cette autre grande souffrance que fut cette Algérie indépendante qui n’arrivera pas à concrétiser les idéaux de novembre 1954.

Sur la révolution algérienne, Il écrira trois livres, à savoir

1/Les débuts d’une diplomatie de guerre, (1956-1962): journal d’un  délégué à l’extérieure.

 

2/Aux sources immédiates du 1er novembre 1954: trois textes fondamentaux du PPA-MTLD

 

3/Moments du mouvement national: textes et positions

 

Dans l’Algérie indépendante, Il sera avec Benyoucef BENKHEDDA les deux principaux fondateurs du mouvement « El Oumma » en 1989 et il dira sur cette initiative:

 

« Le Mouvement est né sous la double impulsion du frère Benyoucef BENKHEDDA et de moi même » et ajoutera « Conscients de la nécessité d’un Mouvement politique, nous avançons ces réflexions, sur la nature de l’action à mener; elles sont destinées aux citoyens de ce pays qui se sentent concernés et aux jeunes en particulier, que nous souhaitons voir les artisans d’un avenir qu’ils construiront eux-mêmes en fonction d’un choix librement élaboré et exprimé.

En s’unissant dans le Mouvement El OUMMA, ils affirmeront dans la tolérance mutuelle, leur désir de voir la société algérienne nouvelle, dans sa vie collective et individuelle, inspirée par les grands idéaux de l’Islam et les traditions de lutte de notre peuple.

«Dieu, en vérité, ne modifie nullement l’état d’un peuple, tant que les individus (qui le composent) ne modifient pas ce qui est en eux mêmes». (Le Coran).

Ces larges extraits de notre texte fondateur sont un rappel nécessaire, compte tenu de la dégradation tragique d’une crise aux multiples facettes, d’une manipulation éhontée de concepts pourtant clairs dans la perception historique du peuple, dans le but de le casser et d’en finir avec ce peuple fier, vainqueur d’une lutte de libération exemplaire, qui se heurte encore et toujours aux mêmes nostalgiques du colonialisme français.

Les responsabilités des uns et des autres sont à déterminer par l’histoire, mais, ce qui apparaît au premier plan, c’est le rôle destructeur d’éléments conservateurs soucieux de défendre des intérêts matériels puissants et mal acquis, et d’agents au service de l’étranger, déguisés en « défenseurs » de la « patrie » et de la « démocratie », dont le cauchemar serait la réalisation de l’exercice libre et sincère des choix populaires.

Nous nous situons dans la continuité de l’Etoile-Nord-Africaine (E.N.A), du Parti du Peuple Algérien (P.P.A), du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (M.T.L.D) et du Front de Libération National historique (F.L.N.).

Les « principes islamiques » dans le cadre desquels notre État devait être érigé, ont été étouffés au nom d’un « socialisme » matérialiste qui n’a aucune assise porteuse dans le passé, même récent de notre peuple. Comme évoqué précédemment « c’est donc l’Islam que nous devons explorer pour dégager les principes de réflexion et d’action ».

Cette réflexion n’a pas encore été sérieusement entamée. Il convient de s’y attacher et d’urgence, nous y appelons de nouveau, de même que nous appelons encore au rassemblement de ceux qui sont convaincus de la nécessité ainsi que de la possibilité de vivre dans un État et une société régis par l’Islam.

L’éveil de l’Islam traverse l’ensemble de l’humanité. C’est une réalité que l’on ne pourra ni « éradiquer » ni contourner par la force. C’est notre avenir…

Nos textes constituent un premier et modeste élément de réflexion, d’une réflexion qui se veut audacieuse, ancrée dans le Coran et la Sunna de même que dans les réalités du siècle et du pays.

Nous refusons d’admettre sans une critique rigoureuse, le prêt-à-penser conceptuel de l’Occident, du néo-marxisme et des partisans d’une alliance judéo-chrétienne inquiète et agressive.

Nous puisons et puiserons d’abord dans l’Islam, ses principes de morale et d’humanisme universel »

 

Enfin, et en dépit des circonstances particulières de cette visite, nous nous séparâmes du maitre Abderrahmane Kiouane, émus certes mais subjugués par son beau sourire! ».

Aujourd’hui nous lui disons  Allah Yerrahmek , l’heure de la récompense éternelle est enfin venue INCHALLAH.