Études et analyses

Hayaa ‘ – une vertu perdue a notre époque*/Dr Mohamed Esseghir / USA

ESSEGHIRHayaa ‘ est la timidité , la pudeur , l’humilité , la modestie ( intellectuelle ou autre) et aucun mot non – arabe exprime la pleine signification de cette vertu islamique . Pour cette raison, les éducateurs musulmans ont suggéré l’utilisation du mot arabe lui-même, plutôt que d’une traduction de Hayaa en s’adressant à des publics non – musulmans. Aussi beau qu’il est englobant, Hayaa  » se dresse fièrement dans son sens, et est enraciné dans les enseignements prophétiques tout au long de l’histoire humaine. Il est le sommet d’un système de valeurs, que, malheureusement, l’humanité a généralement oubliée. Les musulmans eux-mêmes, à tous les niveaux, et en particulier leurs dirigeants, ont besoin de sa redécouverte de sorte que les peuples du monde reconnaissent cette vertu dans les musulmans avant que leurs langues profèrent un mot .

Cet article se propose d’explorer Hayaa’, ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas. Un rappel historique serait pour ce faire utile. Le Messager d’Allah (que la paix soit sur lui ) a dit: «En vérité ton Seigneur est Celui Modeste ( Hayiyy ‘ – a une abondance de Hayaa ‘ ) et généreux , et quand son serviteur lève les mains vers Lui dans la supplication , il est timide ( yastahyii – l’acte de l’exercice Hayaa ‘ ) de l’ignorer » ( Termidhi et autres ) . Notre Seigneur est décrit dans cette tradition prophétique comme ayant la SIFA (caractéristique divine) de la perfection et de l’exhaustivité de Hayaa ‘, digne de sa majesté et  autorité divine. Son Hayaa ‘ est différent de celui de l’homme, c’est un Hayaa ‘ de générosité abondante, de gentillesse et de grandeur au-dessus de toute Sa création.

Il est hors de ce Hayaa ‘ qu’il attribue à la nature humaine de ses prophètes et messagers d’une manière spéciale mais simple : «Ils étaient (des hommes) qui mangeaient de la nourriture et marchaient dans les rues  » (25:20), une simple description des activités humaines normales, y compris la nécessité de manger de la nourriture quand on a faim, mais aussi l’envie d’un corps humain se sentirait à se soulager, une caractéristique humaine. Mais après tout, et en dépit de leur noblesse et de leur rang, qualifies pour être des messagers divins, ils restent humains et n’ont aucune part dans la divinité.

C’est également par sa grandeur et sa puissance ultime qu’il exerce Hayaa’ et s’abstient d’exposer les êtres humains, ses serviteurs, en dépit de leur propension à la désobéissance, parfois ouvertement et en plein mépris de leur Créateur. L’homme est celui qui est faible, ayant besoin d’aide, survivant grâce aux provisions de son Créateur, tel l’air, l’eau et la nourriture, ou la direction. Allah (qu’Il soit exalté), par amour pour sa création, attire son serviteur vers lui en lui accordant ses faveurs. Si le serviteur fait un pas vers son Seigneur, il le lui rend multiplie ; c’est cela le Hayaa ‘ du Divin. En revanche, le défi humain découle de l’ignorance du Divin, ce qui conduit à un manque de Hayaa’. C’est pour cela que la première commande de la révélation est une invitation à lire, apprendre et comprendre – ‘ilm (connaissance) est la pierre angulaire de l’Islam .

Dans une narration de grande envergure, expliquant la portée de Hayaa ‘, le messager d’Allah (que la paix soit sur lui) a dit: «Ais Hayaa ‘ envers ton Seigneur, le vrai Hayaa ‘ .  » Nous avons dit, « O ! Messager d’Allah, nous avons Hayaa ‘ ! , Grâce à Dieu  » Il dit :  » Ce n’est pas ce Hayaa ‘ , mais il est d’exercer Hayaa envers d’Allah, le vrai Hayaa’ – protégez l’esprit et ce qu’il perçoit / retient , protégez l’estomac et ce qu’il contient ( va dedans) , que vous vous souvenez de la mort et les épreuves, et quiconque désire le dernier jour , délaisserait la beauté de ce monde ; celui qui fait cela a exercé le vrai Hayaa ‘ envers Allah  » ( Termidhi ) .

Ce récit est une invitation à observer l’esprit et a ce qu’il reçoit, retient, et devient sa source de perception et de direction du comportement. Tout ce qui façonne la pensée et le raisonnement, dans le cadre de la recherche constante de la vérité, est une responsabilité individuelle. Nous sommes donc ordonnes de toujours chercher le Haq (la vérité, la justice) et de l’accepter, et rejeter le Bàtil (mensonge, l’injustice) quelle que soit sa source. Nous avons appris à avoir le courage d’accepter une vérité une fois découverte, même après des années de pratique de son contraire, ainsi que de supporter la vérité indépendamment des conséquences et de la puissance adverse. C’est ce défi auquel a fait face la première génération des compagnons du Prophète (paix soit sur lui), ils ont eu la force et le courage de laisser de côté jahiliyya dans ses idées et ses pratiques, une fois que la vérité s’est manifestée à eux. Cette ferme croyance dans la nouvelle religion qu’ils venaient d’adopter leur a permis de changer le monde autour d’eux en si peu de temps et sont devenus la plus éminente génération que le monde ait jamais vu , mesurée par son impact historique sur la scène mondiale . Il serait défaillant de justifier le silence devant l’injustice flagrante et le mensonge et revendiquer l’inaction par Hayaa’, la révélation coranique est venue enseigner aux compagnons, par exemple, les règles de visite :  » « Un tel comportement agace le Prophète et il a exercé haya’ envers vous, et Allah n’use pas de Hayaa’ pour vous dire la vérité» (33:53).

Par cette tradition prophétique, l’intellect doit être sain et avoir un désir ardent de remettre en cause les idées, et de rejeter les concepts infondés. S’accrocher au mensonge après avoir été corrigé, serait certainement un manque évident de Hayaa ‘ envers Allah. Dans la terminologie d’aujourd’hui, ce serait l’ultime arrogance intellectuelle. Ceci s’applique d’abord aux musulmans; nous avons le devoir d’apprendre la religion parfaite, qui peut parfois ne pas ne pas correspondre à notre héritage culturel.

Pour les non-musulmans, il est une invitation à découvrir l’islam avec un esprit ouvert, explorer ses principes, sa contribution à l’humanité, et sa position sur de nombreuses questions contemporaines. Cela peut présenter un défi positif pour l’intellect, comme l’a récemment découvert un ancien membre d’un parti politique de droite néerlandais. Son intention initiale était d’étudier l’Islam afin de le diffamer ainsi que son prophète (paix soit sur lui). Mais dans ce processus, il a découvert quelque chose de différent de ce qu’il avait perçu de la foi islamique. Son voyage a été une véritable libération de l’intellect et un désaveu de l’arrogance intellectuelle.

Les musulmans devraient accueillir ce type de changement, apprendre à l’adopter, et de pardonner les excès du passé de ceux qui médisaient sur l’islam. Fondamentalement, les musulmans doivent traiter les gens avec respect de leur humanité en dépit parfois d’un fort désaccord avec leurs propres croyances.

La règle cardinale doit être d’engager les critiques virulents, tenir leur main et éliminer les obstacles afin qu’ils puissent trouver leur propre chemin de la découverte. Un tel comportement va générer le Hayaa’ souhaité, c’est à dire dégonfler toute arrogance intellectuelle. Si les musulmans réussissent à le faire, ils doivent être convaincus de l’issue finale : Une rectification a vie de la pensée et de l’attitude des plus obstinés.  La question qui se pose est de savoir si, quand ceux qui diffament l’islam d’une façon tapageuse, les musulmans tirent vraiment profit de leurs propres réactions bruyantes qui elles-mêmes génèrent de contre réactions, plus de haine et d’obstination de «l’autre» ? Il faut réfléchir à ce qu’aurait été le résultat si le Prophète (paix soit sur lui) avait réagi avec une telle approche belliqueuse aux provocations sans fin et dénudée de Hayaa’  d’Abou Jahl – et de son clan.

Gagner ce qui est licite,  ne revendiquer que ce qui appartient légitimement à vous, et ne rien consommer de ce qui est illégal, est un autre pilier de Hayaa’. Cela inclus l’abstinence du gain illicite ou la consommation de ce qui est haraam (interdit) ainsi que de gagner ou de consommer ce qui est légal en soi, mais acquis par des moyens illégaux . Aujourd’hui, nous voyons une corruption généralisée et un incontrôlable auto- enrichissement de quelques-uns, aux dépends de la majorité des gens qui souffrent dans des conditions de vie abjectes. Ceux qui continuent à se livrer à de tels comportements n’ont certainement pas Hayaa ‘, ni devant leur peuple, ni devant le monde, certainement pas devant leur Seigneur. Avec l’avènement de l’ère de la communication, la transmission rapide de l’écrit et de l’image à l’appui, il est devenu impossible de cacher un comportement corrompu. Ceux qui continuent à le pratiquer doivent comprendre qu’un jour ils seront exposés à la lumière du jour. Insistant sur un tel chemin n’est rien de plus qu’un ignorant insouciant (al – ghafil) mettant simplement en pratique le plan divin envers lui ou elle, car il n’est rien de plus qu’un leurre divin qui est appliqué à ces gens afin qu’ils si engagent plus, jusqu’au point ou le seigneur, qu’il soit exalté, a sa façon et au moment qu’il choisit, crée l’exposition honteuse, la disgrâce et la chute que ces personnes craignent le plus.

Un aspect important qui se rapporte à l’état actuel de la Oumma islamique est le cas de ceux qui méprisent la volonté populaire, écrasent les urnes ou les manifestations pacifiques et plongent leur pays dans des conflits qui détruisent les biens et causent la mort de milliers de gens, ainsi que d’autres disparus ou déplacés. Quel aurait été le résultat s’ils avaient juste eu Hayaa ‘ et dégonflés l’arrogance qui les a conduit à tenir obstinément au pouvoir malgré un message populaire légitime, pacifique et fort? L’arrogance et l’égoïsme aveuglent l’homme et le rend incapable de tirer les leçons du présent ou du passé, et ne veut envisager autre que son intérêt propre. De la même façon l’homme au comportement dénude de Hayaa’, dans le désir de protéger ses propres intérêts au détriment du bien public, se propulse aveuglément, ou aide d’autres personnes incompétentes a assumer des postes qui affectent la vie de millions de gens et le sort des pays, pendant qu’il résiste au changement qui permet aux gens de choisir librement leurs dirigeants.

C’est par Hayaa ‘ d’Abou – Bakr, son humilité devant son Seigneur, son strict respect de la primauté du droit, son amour et compassion pour la communauté des musulmans et sa compréhension de la lourde charge qu’il est sur ​​le point de prendre qu’il déclara dans son discours inaugural : « J’ai été désigne pour vous diriger, et je ne suis pas le meilleur d’entre vous “. Notez la formulation prudente, il n’a pas dit : «Je me suis désigné pour vous conduire “, comment pourrait-il faire une telle affirmation, lui qui, par Hayaa’ pour son Seigneur, a refusé de donner son opinion sur la signification d’un mot du Qura’n ? Ibn Kathir, l’un des plus grand savants du Tafsir a consacré l’humilité d’Abu -Bakr (Qu’Allah soit satisfait de lui), dans l’introduction de son ouvrage classique du Tafsir : « Quels terres me supporteraient et quel ciel me protègerait , si je devais dire sur le livre d’Allah ce que je ne sais pas !  » Certes, compte tenu de ses antécédents au service de l’Islam, sa position comme l’un des pionniers de la foi, ayant été dès le début de la révélation aux cotes du messager d’Allah (que la paix soit sur lui), aucun autre compagnon ne contesta qu’il était le meilleur d’entre eux et donc ils l’ont, d’un commun accord, désigne pour diriger. Mais lui, l’homme de caractère, par Hayaa pour son Seigneur, ne serait jamais celui qui empiéterait les règles de la charia dans la gestion des affaires de la communauté.

Il faut comprendre que, si l’on échappe en quelque sorte a la justice de ce monde, il n’y aura pas de fuite a la justice de l’au-delà. Le gouverneur et les gouvernés, les faibles et les puissants, tous doivent répondre de leurs actes. Cette croyance est forte et façonne la vision du monde et de la disposition d’un musulman. C’est ce qui donne la force de résister au croyant face à la tentation du charme de ce monde. Hayaa ‘ est une protection puissante contre la violation des limites et de s’engager dans des activités illicites afin de satisfaire ses propres désirs. Ainsi nous sommes pousses à observer les limites et nous abstenir de toute désobéissance par Hayaa ‘ envers le Seigneur ( qu’Il soit exalté ) – sachant que l’on est observé a tout moment , y compris lorsqu’on est hors de la vue des autres humains .

Dans une autre tradition prophétique, le Messager d’ Allah (que la paix soit sur lui) a dit : «En vérité, d’après ce qui a été appris par les gens des paroles des prophètes passes est la suivante: Si vous n’avez pas Hayaa ‘, faites ce que vous voulez  » (Bukhari). C’est une indication claire que Hayaa ‘ est un caractère noble qui était connu et pratiqué par les gens et les nations à travers l’histoire, grâce aux enseignements de plusieurs prophètes. Ce n’est pas un nouveau concept. Quand a  » faites ce que vous voulez,  » ce n’est pas une sanction pour réellement faire ce que vous voulez sans limite, ou bien que vous êtes libre de faire ce que vous voulez, mais plutôt un avertissement que sans Hayaa « , des actions illicites suivront. On en déduit, et soutenu par d’autres enseignements, que toutes les infractions seront sévèrement punies par le Créateur, que chaque acte illicite devra être sanctionne par un supplice proportionnel. À cet égard, le Coran est clair: « Faites ce que vous voulez ; en vérité, Il voit clairement ce que vous faites  » (41:40). La barrière contre les actes illicites et obscènes est Hayaa ‘, et une fois disparue, le glissement à l’auto- destruction commence.

Le dernier aspect de Hayaa ‘ est celui qui le plus communément compris parmi les musulmans. Il est celui qui est illustré, par exemple, dans les versets du Coran relatifs à l’histoire du Prophète Moïse (que la paix soit sur ​​lui) : «Et quand il est arrivé à l’eau de Madyan, il y trouva un groupe d’hommes abreuvant leur troupeaux, et non loin d’eux, deux femmes en retrait (avec leurs troupeau). Il dit : « Quel est votre problème?  » elles dirent : « nous ne pouvons abreuver (notre troupeaux) jusqu’à ce que les bergers retire (leurs troupeaux). Et notre père est un très vieil homme.  » (28:23) .

Les femmes étés restées en retrait , ne se sentant pas confortable parmi ces hommes : Par Hayaa ‘ , elles patienteraient jusqu’au moment opportun plutôt que de risquer d’être exposées à un comportement désagréable ou mauvais ou bien a des propos indésirables . Cela illustre bien que Hayaa ‘ comme indiqué par ces deux femmes fait partie de l’enseignement des premiers prophètes, même avant l’arrivée Moïse (que la paix soit sur ​​lui), comme mentionné dans la tradition citée précédemment.

Ainsi que le récit coranique continue de décrire cette scène, Musa (paix soit sur lui) prend l’initiative d’abreuver le troupeau des femmes. Puis il se retira dans un coin d’ombre, et dit: «Mon Seigneur ! Assurément, je suis dans le besoin de tout bien que vous voudrez bien m’accordez » (28:24) – il s’agit ici d’un profond exercice d’humilité en se tournant vers son Seigneur pour le supplier. En dépit d’être dans une ville étrangère, ne sachant où aller, ne connaissant personne, il s’adresse à son Seigneur avec grand respect, sans se plaindre, et en dépit de son besoin ; sans demande explicite.

Le Coran continue :  » Puis l’une d’elles s’approcha de lui timidement. Elle dit : «En vérité, mon père vous appelle pour vous récompenser d’avoir abreuver (notre troupeau) pour nous  » (28:25) ; une expression de Hayaa ‘ par une femme s’adressant à un étranger. La belle issue de cette rencontre est relatée dans les versets suivants du même chapitre, où encore avec Hayaa ‘, l’une des femmes suggère à son père qu’il devrait recruter cet homme, « fort et digne de confiance».  L’histoire se termine par le mariage de Moïse (que la paix soit sur ​​lui) à l’une des femmes. Il n’y a aucune indication que Musa (paix soit sur lui) avait une telle attente après son humble supplication, ou que la femme, quand elle montrait Hayaa ‘,  avait réalisé qu’elle allait devenir la femme d’un des prophètes les plus importants de l’histoire humaine ! Cette histoire illustre une tradition prophétique : «Quand l’obscénité fait partie de quelque chose, il la rend déficiente, et quand Hayaa ‘ fait partie de quelque chose il la rend belle ».  Une belle leçon pour nos jeunes se débattent avec patience a dignité afin de réaliser leur rêve d’une vie de famille et paisible: Le plus sûr chemin est un chemin de justice, de déployer tous vos efforts et ne jamais s’engager dans, les gains faciles et compromettants.

Pour terminer quoi de plus approprier que de citer ce qu’a dit Prophète Muhammad (paix soit sur lui): «Chaque foi a un caractère inné. Le caractère de l’Islam est Hayaa’ ». (Al- Muwatta – Imam Malik), notre Oumma et chacun de nous est invités à vivre Hayaa’.

(*)Cet article est une version étendue de celui publié à l’origine en anglais dans le Message International (Mai-Juin 2013), du Cercle Islamique d’Amérique du Nord (ICNA).