Études et analyses

GRANDEUR ET DECADENCE : ANCIENNE ET NOUVELLE GENERATIONS P2/Mahi TABET AOUL

MAHIRUPTURE CULTURELLE

 

En Algérie, il parait évident qu’il s’agit d’une rupture culturelle entre générations provoquée consciemment ou inconsciemment par les différents pouvoirs qui se sont succédés depuis l’indépendance. Cette rupture est le résultat d’une déculturation d’origines interne propre au pays et externe en rapport avec le phénomène de la mondialisation qui vise, en premier lieu, à une uniformisation culturelle, à même de   permettre une uniformisation du mode de vie pour écouler les produits des trusts multinationaux à grande échelle. L’échec de la transmission de notre patrimoine culturel, l’invasion culturelle extérieur, les multiples chambardements successifs, qu’a connus la jeune génération, l’absence de stratégie de développement ont déboussolé la jeune génération qui ne sait plus à quel Saint se vouer. Elle a perdu ses repères. Aujourd’hui, la loi de jungle règne dans le pays où sévissent la loi du plus fort, l’injustice et la Hoggra. Le pouvoir en place est plus préoccupé par sa propre survie que par la recherche d’un avenir meilleur pour le citoyen.

 

ALIENATION CULTURELLE INTERIEURE

 

–          PREMIERE DECULTURATION

La première déculturation intérieure de l’Algérien a commencé avec l’indépendance du pays avec le rejet non déclaré du patrimoine culturel national et l’importation de nouvelles idéologies comme le socialisme basé sur le modèle soviétique avec de grands bouleversements imposés de force à la société (nationalisation des terres et des entreprises, réforme agraire, gestion socialiste des entreprises, industrialisation du « clé en main »). Même si le choix du modèle socialiste était partagé par les instances de la révolution avant l’indépendance dans un but de servir le peuple, les usurpateurs au pouvoir l’ont transformé en un capitalisme pur et dur aux mains d’un pouvoir dirigiste et autoritaire. Ce choix, greffé artificiellement sur notre patrimoine historique, a sévi jusqu’aux années 80 et a abouti à détruire la cohésion sociale. Cette déculturation avait fait de l’Algérien un homme qui n’avait d’autres choix que de faire la queue derrière une chaine humaine, pendant des heures entières, pour arracher de quoi alimenter sa famille. De nombreux jeunes, pour gagner leur vie, faisaient partie de ces chaines humaines pour s’arracher des denrées alimentaires et autres produits et spéculer dessus. Le pouvoir a ainsi rendu le citoyen à l’image d’un être assisté malgré lui et dépendant entièrement du pouvoir en place qui éduque, investit, produit, emploie, commercialise, loge et distribue même l’alimentation.

 

–          DEUXIEME DECULTURATION

La deuxième déculturation intérieure a suivi la faillite financière du pays au cours de la décennie 80 et le diktat du FMI, L’Algérie a basculé, du jour au lendemain, dans la « Loi du marché » et du libéralisme à l’opposé du socialisme. Plus de socialisme, plus d’entreprise, plus d’emploi, plus de classe moyenne. Sous la pression du FMI (Fonds monétaire international), l’Algérie se devait d’obéir au diktat des institutions financières internationales, pour pouvoir bénéficier de l’aide internationale et du report de sa dette (évaluée à l’époque à 36 milliards de dollars). Ainsi le FMI imposa à l’Etat Algérien de réaliser les MACRO-EQUILIBRES FINANCIERS pour équilibrer le budget du pays, au détriment d’une masse énorme de citoyens que l’Etat avait habitué à survivre, grâce au lait de sa mamelle (Fermes et Entreprises publiques déficitaires et déclarées bénéficiaires par l’Etat au détriment du trésor public). Ce passage brutale au libéralisme, imposé par le FMI, se réalisa au détriment du tissu industriel national qui a été bradé à vil prix, entrainant l’arrêt de nombreuses usines, de mise en chômage des travailleurs et de l’appauvrissement de la classe moyenne entraînant progressivement une société à deux classes (riches et pauvres). Dorénavant, chaque Algérien pour survivre, devait de se débrouiller tout seul, par ses propres moyens. Ce nouveau choc frappa surtout la jeune génération. Habitués à l’assistanat, ces jeunes, faute de débouchés et issus d’une école moribonde, n’avaient et n’ont d’autres choix que de s’orienter vers les activités parasites et informelles qui vont se développer tel un cancer sous l’œil bienveillant et complice de l’Etat. Depuis, on assiste à la prolifération d’activités informelles au dépens des activités de production. Que ce soit au niveau de l’agriculture ou de l’industrie, l’activité de production s’effondra et devint moribonde  L’absence, au niveau de l’Etat, d’une stratégie de développement, a entraîné le marasme économique et social.

 

–          TROISEMENT DECULTURATION

L’embellie pétrolière, depuis les années 90, sert plus à payer la facture alimentaire et à alimenter de gros projets confiés à la maffia politico-financière que de mener une vraie politique de développement. On importe tout, jusqu’aux entreprises et ouvriers étrangers. Dorénavant c’est la politique de chacun pour soi, de l’individualisme et de la corruption généralisée. Plus d’Etat, puisque même les lois du pays seront bafouées par tout le monde et ne seront plus respectées. Seul compte la débrouillardise de chacun aux dépens de tous. L’Etat n’existe plus pour répondre aux vœux et au développement de la nation mais cherche à n’importe quel prix à assurer sa propre survie, quitte à mater, ça et là, toute velléité d’une quelconque opposition, en usant tantôt de sucettes      distribuées à des pseudo-partis politiques où en usant de la matraque en direction de ceux qui osent s’opposer de façon légale ou honnête. Même la loi est bafouée quand il s’agit de défendre ses propres droits que l’Etat même a institués et qu’il est sensé faire respecter. Dorénavant et pour protéger la maffia politico-financière, la justice a inventé la suprématie du principe des aspects formels dans les actes judiciaires pour porter ses jugements au détriment du principe des aspects logiques de fond qui sont sensés prévaloir au niveau d’une vraie justice.

 

ALIENATION CULTURELLE EXTERIEURE

 

Le développement des NTIC (Nouvelles Techniques de l’Information et de Communication) va jouer un grand rôle dans la déculturation de la nouvelle génération. Devant la faillite concernant la transmission de notre patrimoine culturel à la jeune génération, celle-ci a été la proie facile des nouvelles technologies et des médias qui inondent 24h sur 24h nos foyers familiaux avec les multiples chaînes de télévision, le téléphone mobile et les réseaux sociaux (internet, sites spécialisés, ….). Dorénavant, devant le vide culturel, une grande frange de la nouvelle génération, va considérer les modèles étrangers comme les modèles à suivre. Ainsi, elle va adopter leur modèle de vie, leurs habits et même tous leurs ses dérives. N’étant plus producteurs d’information, on va ainsi devenir, malgré nous, des récepteurs d’information. Nos jeunes générations vont désormais subir sournoisement une manipulation à grande échelle qui va aligner notre jeunesse sur celle de l’Occident décadent. Aucun effort n’est déployé par l’Etat pour développer un stratégie de défense à même de permettre de protéger et de sauvegarde notre patrimoine culturel.