Études et analyses

GRANDEUR ET DECADENCE :ANCIENNE ET NOUVELLE GENERATIONS (3)/Mahi Tabet Aouel

MAHIRUPTURE DE LANGUE

Il ne suffit pas de dire qu’il faut généraliser l’usage de la langue Arabe dans tous les domaines. Encore faudrait-il réunir les moyens humains et matériels pour le faire. Les Chinois et d’autres pays, conscients de l’importance de la traduction dans leurs propres langues, ont mis en place de véritables institutions pour le faire. La langue n’est que le reflet de la valeur des nations. Il faut aussi que dire que le travail accompli par l’ALECSO de la Ligue Arabe est très en deçà de ce qui, doit d’être fait, compte tenu des enjeux au niveau mondial.

On peut considérer, que la façon, dont s’est opéré le processus de l’arabisation en Algérie, est une des causes principales de la rupture entre l’ancienne et la nouvelle génération. Cette arabisation s’est faite dans la hâte sans poser les questions fondamentales et sans préparer l’encadrement nécessaire avec des formateurs qualifiés. Tout le monde connait le retard pris par la langue arabe pour véhiculer la science d’aujourd’hui. Pour preuve de ce retard, l’enseignement dispensé en français lorsque le bachelier arabophone arrive à l’université et qu’il doit entamer à un véritable parcours de combattant pour acquérir les rudiments en langue française, qui lui permettent de continuer ses études. Il faut rappeler que ce retard n’est pas seulement propre à l’Algérie mais à tous les pays arabes, puisque la science, à part les branches littéraires, est enseignée uniquement en Anglais ou en Français. On a, ainsi, abouti à un citoyen qui ne maîtrise ni l’Arabe ni le Français.

L’arabisation a été utilisée comme alibi politique afin de provoquer une coupure linguistique à même de créer un faux clivage entre Algériens arabophones et francophones. On a ainsi, d’un côté sournoisement, accusé les francophones de perpétuer le colonialisme parce qu’ils parlaient sa langue et, de l’autre côté, les arabophones d’être à l’origine de la dégradation culturelle et scientifique du pays, au vu des résultats auxquels a abouti l’arabisation.

Avant de revenir sur la rupture de la langue et la manière dont elle s’est opérée, il est bon de rappeler le lien entre culture et langue et les conditions objectives de la renaissance d’une langue.

ROLE DE LA LANGUE

Toutes les cultures humaines, qui fondent les civilisations, ont pour fondement le langage qui permet de transmettre leur culture dans ses éléments et ses connexions. La langue, d’une façon générale, est organisée pour véhiculer la pensée d’une culture et d’une civilisation. Si la culture est le concepteur d’une civilisation, la langue est son moyen de transmission. Une culture évolue sans cesse, en fonction de l’évolution du monde et doit en permanence enrichir la langue qui la véhicule. En somme, la culture fait la langue mais la langue ne fait pas la culture.

LANGUE ARABE ET COLONIALISME

La langue ARABE a été toujours la cible prioritaire du colonialisme. Le but ultime de ce dernier était de briser, à tout jamais, la langue arabe qui véhicule la culture islamique. Malgré les multiples tentatives coloniales d’interdire l’enseignement de la langue arabe, les Algériens ont toujours résisté farouchement et parfois au prix de leur vie, contre l’assimilation linguistique. C’était un moyen de résistance culturelle. La première forme de combat contre le colonialisme fut celle de la langue et de sa reconnaissance par les autorités coloniales. Malgré leur appauvrissement matériel, les citoyens Algériens cotisaient sur leurs maigres ressources pour créer des écoles et des médersas où leurs enfants allaient apprendre la langue de leurs parents et ancêtres. Ainsi, la colonisation, malgré ses moyens colossaux et ses cerveaux, n’a pas réussi à briser la langue arabe des Algériens. La colonisation fut souvent contrainte d’autoriser la création d’écoles pour l’enseignement de la langue arabe, mais elle revenait très tôt sur cette autorisation en emprisonnant les maîtres d’école. La langue, pour les Algériens comme pour le colonisateur était un enjeu stratégique. Pour le colonisé, c’était le moyen de conserver et de sauvegarder sa propre identité et pour le colonisateur le moyen d’imposer sa culture et sa domination. Je me rappelle, qu’étant jeune, nos parents nous amenaient avec eux pour manifester (c’était le cas le jour du refus du projet d’implantation d’une médersa au niveau de la Metchekana à Tlemcen) quand les autorités coloniales refusaient l’ouverture d’une nouvelle école pour enseigner l’Arabe ou le Coran.    

RENAISSANCE DE LA LANGUE

Il faut rappeler que les langues comme le Chinois, le Japonais sont des langues complexes et très anciennes qui ne sauraient se mesurer à l’Arabe qui, sur le plan historique, est une langue beaucoup plus jeune. Les Chinois et les Japonais n’ont pas hésité à réinstaller leur langue chez eux, conscients que la langue exprime l’âme et la culture de leur peuple et que sa renaissance est conditionnée par la valorisation de la culture. En Israël, l’Hébreu a été ressuscité pour qu’il représente une valeur culturelle. L’orientaliste Massignon disait que « les langues sémitiques présentaient une double disposition : l’une qui leur a permis de recevoir la révélation des écritures monothéistes et l’autre qui a permis à ces langues de suivre et de conduire pendant des millénaires toute la pensée de l’homme, notamment  sa pensée scientifique ».  La renaissance d’une langue ne dépend pas du nombre de mots qui la composent mais de la renaissance culturelle induite par la créativité et le développement généralisé de l’ensemble des secteurs de la vie sociale.

RUPTURE LINGUISTIQUE ET SES DESSEINS CACHES

Au même titre que la libération du pays, la réappropriation de la langue Arabe était et demeure une revendication nationale légitime. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause le choix de la langue Arabe comme langue nationale et comme langue d’école. Le choix de la langue Arabe, en Algérie, a plus servi d’alibi politique que de poser les jalons d’une vraie culture islamique, à même de donner à cette langue sa véritable place. Pour le pouvoir, il ne s’agissait nullement de donner à l’Arabe son rôle de ciment national pour permettre une réelle réappropriation de la personnalité Algérienne. En fait, comme nous avons dit plus haut, on a occulté la question de la culture nationale qui est à la base de l’expression et de l’épanouissement de la langue. Elle a plus servi à écarter l’ancienne génération (à majorité francophone) que d’asseoir des bases saines et solides pour un vrai épanouissement de la langue Arabe. Ainsi le capital culturel et scientifique, accumulé et hérité de l’indépendance, a été, en grande partie, dilapidé et détruit sur l’autel du pouvoir. De nombreux apprentis sorciers, au niveau du pouvoir, se sont relayés tout à tour, pour opposer les francophones aux arabophones et vice versa, afin de réaliser de manière machiavélique, leur dessein politique. Ils se sont faits aider en cela par des experts étrangers. Il s’agissait pour eux de diviser pour régner et de couper le lien ombilical qui soudait les deux générations. Leur but n’était nullement de défendre ou promouvoir une langue Arabe en mesure de relever le défi du monde moderne, mais de se maintenir aussi longtemps que possible au pouvoir. Il faut rappeler que c’est l’ancienne génération qui a initié et mené le combat pour l’indépendance. Cette génération, formée en grande partie, à la fois, à l’école française et à l’école coranique ou dans la médersa, était porteuse de culture islamique et des idéaux de liberté et d’indépendance.

IDENTITE ET OBLIGATIONS

A ce jour et depuis 52 ans d’indépendance, on continue de considérer la question de la langue française et de la langue arabe en termes d’alibi politique et d’opposition non fondée, en occultant les vrais problèmes qui empêchent la langue arabe de prendre sa place parmi les langues modernes et de rayonner comme les autres langues.  Après tout, le choix d’une langue comme la religion ne s’impose pas à titre individuel, en dehors du choix démocratique national qui institue, au niveau d’un Etat, la place de la religion et celle de la langue national de référence. On doit donner la liberté aux minorités de choisir librement leur propre langue. Pour aborder objectivement la place et le rôle de la langue, on doit éviter les clichés apparents qui peuvent varier d’un individu à un autre, en posant les vrais questions auxquelles nous sommes confrontés : celles fondamentales (identité) et celles objectives (renforcer et valoriser la langue arabe).                                                    

IDENTITE

L’Arabe est notre langue, notre fierté et l’élément fondamental de notre personnalité. A l’instar de nombreux pays, chaque nation a sa langue et cherche à en faire son emblème national (regardez le Japon, la chine et Israël, ces langues sont de loin plus complexes que l’Arabe). A notre connaissance, aucune nation n’a jamais choisi une langue étrangère pour s’exprimer, sauf si elle a été colonisée ou annexée. Même la Turquie qui a voulu renoncer à la langue arabe, n’a pas choisi une autre langue mais, a juste transcris sa langue d’origine en alphabet latin. Atatürk voulut, en tant que revanchard, imputer la chute de l’empire Ottoman aux Arabes, en oubliant la mauvaise gouvernance de l’empire par ses dirigeants successifs. Rappelons ce qui précède : la langue n’est que le reflet de nos propres valeurs et de nos capacités.  Si une langue s’impose ce n’est pas par la politique ou un désir formel. Elle le sera par la portée de nos valeurs et le niveau de notre développement. Elle le sera par la richesse que nous lui apporterons. Aujourd’hui, dans le monde, la langue anglaise s’impose à tous, tout simplement parce qu’elle est devenue la fois la langue de la science, du savoir et du développement.

OBLIGATIONS : RENFORCER ET VALORISER LA LANGUE ARABE

Il s’agit de valoriser, de renforcer et de faire sortir la question de la langue arabe du cercle politique pour l’aborder concrètement sur le terrain, en analysant les vrais facteurs limitants qui empêchent cette langue de jouer son rôle à l’instar de toute langue vivante. Il faudra commencer par l’institution d’une véritable académie de la langue arabe aux mains de gens compétents et intègres regroupant les divers domaines scientifiques pour créer la terminologie nécessaire et assurer sa pérennité afin de renforcer et d’adapter cette terminologie en fonction de l’évolution scientifique et technique au niveau mondial.

MA PROPRE EXPERIENCE

Je voudrai faire part de ma propre expérience pour parler du problème de la langue Arabe qui se pose d’une manière globale lorsqu’on veut écrire en Arabe dans le domaine scientifique comme c’est mon cas dans le domaine de l’environnement. Il s’agit des difficultés auxquelles le chercheur est confronté quand il veut passer à l’utilisation opérationnelle et pratique de la langue arabe. Vue la demande grandissante de références en matière d’études et de recherches dans le domaine de l’environnement, j’avais décidé de procéder à la confection d’un dictionnaire trilingue (Anglais, Français et Arabe) sur l’environnement. Maitrisant mieux le Français et l’Anglais que l’Arabe, j’ai donc commencé par procéder à sa mise en œuvre en élaborant les versions française et anglaise. Après quoi, je me suis attelé à la traduction en Arabe. Ne Trouvant pas de documents de référence, en Arabe sur le WEB ou dans les bibliothèques classiques nationales ou internationales, j’ai entamé mon parcours de combattant pour réunir une collection de documents et de publications de référence en langue Arabe qui pourraient me servir dans ma besogne. Ainsi j’ai pu, après maintes recherches et déplacement à l’étranger, réunir des documents et publications qui avaient tant soit peu un lien avec mon sujet :

              le dictionnaire trilingue (Arabe, Français, Anglais) d’El WA’SIT de Jerwan Sabek,

              le dictionnaire bilingue (Arabe –Anglais) d’El Kanz du même auteur ,

              plusieurs dictionnaires en Arabe : Larousse en Arabe, Mounjid de la maison du Machrek de Beyrouth, …..

Parallèlement, J’ai réuni des lexiques existants en langue Arabe sur l’environnement :

              Le dictionnaire trilingue (The Unified Dictionnary of Environment Terms ) en Arabe, Français, et anglais publié par la Ligue Arabe par l’intermédiaire de l’ALECSO (siège à Rabat) sur l’environnement

              Le lexique de l’environnement bilingue (Arabe, français) publié au Maroc par CIOR (Editions La Croisée des Chemins).

Le contenu de mon dictionnaire, en langues anglaise et française, porte sur près de 700 pages. Par rapport à ce contenu, je n’ai pu compiler dans les documents et lexiques précités en langue arabe existants qu’à peine 5 à 10% de l’ensemble des termes en Français et en Anglais du dictionnaire. Qu’à cela n’en tienne, je pris mon courage à deux mains et me voilà lancé dans la traduction en langue Arabe en utilisant les documents collectés et la traduction automatique de GOOGLE. J’ai du ainsi consacrer un an pour venir à bout des contenus correspondant aux lettres alphabétiques A, B, C, D. J’ai donc réfléchi à cette tâche qui s’est avérée très dure pour la continuer, compte tenu d’autres obligations me concernant. J’ai donc conclu qu’il me fallait, à cette vitesse de progression, consacrer près de 10 ans de ma vie à cette traduction. Alors j’ai décidé de suspendre mon projet pour deux raisons : 1- le temps important qu’il fallait consacrer à cette traduction mettre pour en venir à bout, 2- Quand bien même, j’aurais réalisé la traduction, il restait à la valider, en termes de terminologie et de compréhension et par qui ?.  

A l’occasion d’une conférence de la représentante du bureau Algérien de l’Académie Arabe au siège du CRASC d’Oran, j’ai interpelé cette dame en lui faisant deux propositions : 1- Lui remettre mon dictionnaire Français –Anglais sur l’environnement pour qu’il soit traduit, 2- Me désigner une personne qui se chargerait de la traduction et qui serait en relation avec moi pour un échange mutuel. J’ai envoyé plusieurs fois des mails à cette dame (c’est elle qui m’a donné sa propre carte de visite avec son nom et son mail) sans jamais recevoir d’écho de sa part. Devant cette situation, j’ai donc décidé de publier mon dictionnaire uniquement en Français et en Anglais.

MEA CUMPA DE L’ANCIENNE GENERATION

L’ancienne génération d’hier (celle de la révolution et de l’indépendance), a été éduquée et formée par des parents, qui parfois n’étaient jamais allés à l’école mais qui ont su transmettre à leurs enfants les valeurs qui leur ont permis d’abord de faire la révolution et ensuite de briller par leur compétence, parfois au niveau mondial. Ce qui peut paraître paradoxal, c’est que, malgré l’asservissement colonial qui a duré 132 ans, l’ancienne génération algérienne, jusqu’à l’indépendance a réussi, tant bien que mal, a rester solidaire et complémentaire dans son évolution. L’ancienne génération, celle de la révolution a vécu la privation imposée par le colonialisme mais, était nourrie à la culture sociale, collective et solidaire et au travail dur (agriculture, artisanat, construction). Comme disait déjà Jules Romain, dans le passé, nous étions pauvres mais nous n’étions pas les pauvres. Sous la colonisation, la solidarité et le partage, au jour le jour, assuraient, tant bien que mal, la continuité de la vie, car chacun se souciait de l’autre et ne pouvait ignorer sa détresse, son sort, son abri, sa couverture ou sa faim.

L’ancienne génération n’a-t-elle pas une responsabilité plus spécifique et plus lourde à assumer en ce qui concerne la décadence des valeurs, depuis l’indépendance ?. N’a-t-elle pas failli quelque part à son obligation d’assurer la relève et, en particulier, la transmission des valeurs culturelles et les bonnes pratiques sociales à leurs propres enfants qui auront, à leur tour, le devoir de les transmettre aux leurs et ainsi de suite, de génération en génération ?. N’a-t-elle pas poussé, la jeune génération à désespérer de tout, à ne plus croire en son avenir, à perdre de plus en plus confiance en elle-même et à la laisser se « débrouiller » par n’importe quel moyen pour avoir sa  » place au soleil  » ?.  On constate aujourd’hui, qu’il existe une profonde rupture, pour ne pas dire une profonde déchirure entre la génération d’hier et la génération d’aujourd’hui. Parmi l’ancienne génération, il y a bien eu d’honnêtes hommes et femmes qui ont consacré leur vie à éduquer, aider et construire les plus jeunes. On constate bien le fruit de leur travail qu’on voit encore autour de nous. Parmi les anciens, il y a nombreux personnes qui ont fait leurs preuves, montré leur compétence, excellé dans leurs domaines respectifs, et transmis du savoir et de l’espoir autour d’eux. C’est notre organisation, à tous les niveaux de l’Etat, qui a conduit à cette faillite. Faute d’une vraie élite à la tête de l’Etat au moment de l’indépendance, il y a eu rupture progressive entre l’ancienne et la nouvelle génération et le fossé entre elles n’a jamais cessé de se creuser, depuis que le pays est libre. Il s’agit, d’abord, pour la frange consciente de l’ancienne génération de se remettre en question elle-même. Il est bien entendu, que l’ancienne génération a une grande responsabilité dans l’occurrence de ce gâchis à cause de sa lâcheté et de son incapacité à affronter les nombreuses déviations qui se sont produites dans le passé. Elle doit assumer entièrement ses erreurs. Dans le même temps, ceux, parmi l’ancienne génération, même s’ils sont conscients de leur rôle de transmission de valeurs, ne doivent pas s’ériger en tuteur mais aider la nouvelle génération à retrouver les repères perdus et à reprendre espoir, espoir, dont celle-ci puisera sa force pour les combats à venir. 

MEA CUMPA DE LA NOUVELLE GENERATION

En Algérie, la nouvelle génération, appelée génération de l’indépendance, est née sous l’ère de Boumediene. Sa jeunesse a été celle du socialisme, de la réforme agraire et de la gestion socialiste des entreprises industrielles et commerciales. Son adolescence été marquée par des crises sociales et économiques de l’ère de Chadli et enfin, au moment où elle pensait être assez grande pour voler de ses propres ailes, après la révolte d’octobre 1988, survint la décennie noire. Cette nouvelle génération a été le fruit de l’école fondamentale, des cobayes d’une bande d’incompétents et d’irresponsables, qui ont fait de nos écoles des laboratoires pour tester leurs nouvelles théories. Oui, beaucoup issus de cette génération ont réussi leurs études, sont devenus médecins, chercheurs, ingénieurs, artistes. D’autres, plus nombreux, sont abandonnés à leur sort formant une nouvelle espèce humaine dénommée « HITISTE ». La jeunesse d’aujourd’hui semble moins motivée pour apprendre et parfois même ne cherche plus à apprendre, compte tenu de la dévalorisation liée à ce savoir, en termes de statut social et de métier d’enseignant. Aujourd’hui, comme on peut le constater, un peu partout, dans monde (tendance globale mondiale), la société voue peu de considération aux gens du savoir, il faut mieux être commerçant informel, spéculateur que professeur d’université ou médecin. Sous la colonisation, la vraie réussite sociale était symbolisée par l’Algérien qui avait réussi à devenir médecin, maître d’école ou avocat. La génération d’aujourd’hui ne vit que de clichés aléatoires et éphémères, à l’instar des effets de mode, n’ayant pas encore connu dans sa jeunesse, comme l’ancienne génération, les vicissitudes de la vie et les expériences qui s’y rattachent. A ce jour, l’Algérien demeure un éternel assisté demandant tout à son Etat (emploi, logement, santé……). Aujourd’hui, on vit une véritable cassure sociale avec l’existence de classes sociales distinctes. Plus personne ne se soucie du pauvre, qui s’appelle désormais SDF (sans domicile fixe). On ne retient de lui que l’absence de domicile pour le faire figurer sur la grille sociale. Il n’a plus de valeur, il fait partie du déchet social que la société rejette, comme un mal nécessaire. La conscience citoyenne s’en est même accommodée au point d’oublier que la déchéance d’un homme est celle de toute l’humanité.

Qu’a fait la nouvelle génération pour changer les choses ? Elle critique, fait des constats, accuse et injure parfois. Est-elle responsable de sa propre décadence ou bien doit-elle l’imputer à l’ancienne génération qui n’a pas su lui donner l’orientation nécessaire et les outils adéquats pour grandir sainement, se construire et construire le pays ?

La nouvelle génération doit prendre conscience qu’il s’agit, avant tout, de son propre devenir. Elle doit arpenter, coûte que coûte, le passage obligé de la lutte multiforme qu’elle doit mener. C’est à travers cette lutte que cette conscience se formera et fortifiera. Ce qui est sûr c’est qu’aucune des générations à elle seule n’y arrivera et qu’il faut chaque fois faire passer le flambeau. Ca prendra du temps et c’est pourquoi il faut de la patience. Il faut semer sans attendre de voir la récolte de son vivant. C’est la leçon de l’histoire et on ne peut rien.

CONCLUSION

Il s’agit de sortir de l’impasse actuelle. Il faut aller au-delà du conflit générationnel et de lutter ensemble, toutes générations confondues, pour sortir de ce labyrinthe obscur. Autour de ce conflit, s’est greffée une crise des valeurs fondatrices de toute société, des valeurs essentielles. Du point de vue historique, la crise des valeurs, au sein du monde musulman, ne date pas d’aujourd’hui, elle remonte loin, depuis plusieurs siècles de décadence. Cette crise est le fait non pas d’une génération ou d’une autre, elle est le fait de toute la société … puisque celle-ci s’est scindée en deux et non pas entre deux générations. On constate aujourd’hui deux classes : d’un côté celle du pouvoir avec sa clientèle, ses serviteurs, ses obligés et ses laquais, issus de toutes les générations confondues et le reste du peuple incluant aussi toutes les générations confondues. Il s’agit de redonner espoir et confiance à la nouvelle génération. Il est temps de se poser les défis suivants :

              Comment regrouper l’ancienne et la nouvelle génération sous le même toit ? C’est peut être tout simplement un problème de communication ?

              Sommes-nous capables d’adopter un langage qui soit compris par les deux.

              Comment faire réussir ce dialogue, mettre fin aux incompréhensions des uns et des autres, faire la paix entre la génération présente qui reproche tous ses maux à l’ancienne et cette dernière qui, souvent traite la nouvelle d’inconscience, de frivolité et parfois de dépravation ?

On doit conclure en disant qu’il existe encore au sein de l’ancienne et de la nouvelle générations, et Dieu merci, des jeunes et des vieux admirables, qui n’ont en rien perdu de leurs valeurs morales, spirituelles et humanistes ; de même qu’il existe encore, au sein de ces deux générations, de nombreux vieux et jeunes qui ont perdu complètement leurs valeurs et n’ont plus rien d’humain. Aujourd’hui, la culture et le savoir sont relégués au second rang et ne constituent plus des valeurs ou des repères. Notre vécu montre que tous les moyens sont bons, légaux ou illégaux pour gagner de l’argent. Le moment est venu de se réapproprier notre patrimoine culturel en y extirpant les ingrédients de la décadence pour un vrai développement qui partirait de nos propres valeurs et de nos propres ressources.

Le changement ne peut pas être spontanée, ni se faire par un coup d’état ou un soulèvement armé, mais par un travail continu, permanent, unifié et complémentaire au sein de la société.