Études et analyses

Droit Musulman: CLASSIFICATION DES DROITS/Professeur Said Benaissa / J.M N° 15

DROIT MUSULMANEn islam, les droits ne sont pas seulement le privilège des hommes. Les premiers droits appartiennent à Celui qui les a créés, c’est-à-dire au Créateur en tant que manifestation de leur reconnaissance et de leur soumission à Sa Volonté. De même, toutes les autres créatures en ont été dotées.

Il en résulte que les catégories juridiques du droit islamique sont, elles aussi, particulières.

LE DROIT MUSULMAN CLASSE LES DROITS EN QUATRE :

1. Les droits de Dieu sur ses créatures ;

« Je n’ai créé les hommes et les Djinns que pour qu’ils me soient soumis (qu’ils s’adonnent à mon adoration) » (51,56).

L’homme a été doté de cinq sens externes (vue, olfaction, odorat, toucher, goût) qui lui permettent une perception sensitive de la vie, et de quatre facultés internes (l’imagination, la mémoire, la compréhension et la réflexion) qui lui permettent ’d’émerger des limites du temps et de l’espace’.

Allah a soumis à l’homme tout ce qui se trouve dans le ciel, sur la terre et dans la mer : « C’est Lui qui a soumis la mer pour que vous en tiriez pour votre consommation une chair tendre, des joyaux que vous portez ; pour que vous y voyiez des vaisseaux fendre bruyamment les flots, que vous cherchiez (un peu) de Sa grâce et pour que vous soyez reconnaissants » (An-Nahl, 14)

Il doit donc être reconnaissant pour toutes les largesses que lui a offertes Allah. Malgré tout, il est « mis sur la bonne voie, sans tenir compte de sa reconnaissance, ni de son ingratitude » (Al-Insân,3). « Ne soyez pas comme ceux qui oublient Allah et à qui Allah (inflige) l’oubli d’eux-mêmes ! Ceux-là sont des pervers » (Al-Hashr, 18).

2. Les droits et devoirs de l’homme envers lui-même :

« Et n’oublie pas ta quote-part en cette vie » (28,77)

« Ina linafsika hakoun ». Notre personne a des droits sur nous.

« Ina lanahfadh likouli radjoulin makamouh »

 حديث)) اعمل لدنياك كأنك تعيش أبدا واعمل لآخرتك كأنك تموت غدا

Il ne faut donc pas gâcher sa santé en se surpassant, car « Dieu n’impose rien à l’âme qui soit au-dessus de ses capacités » (2,286), ni négliger de prendre du plaisir dans ce monde, sans toutefois tomber dans l’illicite. Notre corps a des droits sur nous-mêmes. La pratique de l’islam récuse d’être un moine.

Dieu a créé l’être humain avec corps et âme. Le corps physique a ses propres besoins : c’est un ensemble de cellules qui ont leur propre système de survie et qui ont besoin de s’alimenter de respirer, de se renouveler, d’être protégées. L’homme a donc besoin de s’alimenter, de s’habiller, d’être logé pour être protégé du froid, de travailler, de bouger, de voyager, de se reposer, de se marier, de dormir… les exigences de la vie imposent d’y faire face. Toutes les fonctions énumérées font partie des actes méritoires : par exemple, en se mariant l’homme accomplit la moitié de sa religion (hadîth).

Tout en condamnant la conception matérialiste de ceux qui disent : « Seigneur ! Donne- nous une belle part ici-bas. Pour ceux-là, pas de part dans l’au- delà »(2,200), le Coran n’en est pas moins sévère envers ceux qui se privent des bienfaits accordés par Dieu : « Dis : qui a interdit la parure de Dieu- qu’il a produite pour Ses serviteurs, ainsi que les excellentes nourritures ? Dis : Elles seront, dès la vie présente, à ceux qui croient, exclusivement leurs au jour de la résurrection » (7.32).

« Ainsi le droit musulman cultive dans l’homme le sens du respect de sa personne et de son corps en tant qu’ils ont des droits sur lui» (Maître Simozrag).

 

3. Les droits et devoirs de l’Homme envers autrui, nationaux ou étrangers :

« Soyez plutôt solidaires dans la charité et la piété et non dans le péché et la transgression » (5,2).

Chaque homme dans une communauté est titulaire comme tout autre des mêmes droits et soumis aux mêmes devoirs. Il ne peut donc exister que des droits et devoirs collectifs. Même sur le droit de propriété, reconnu et censé être exclusif, et les droits que l’on possède sur les membres de sa propre famille sont soumis à des règles édictées par la collectivité.

L’islam ne reconnaît que des droits partagés, des droits collectifs où chacun prend sa part, sa juste part sans diminuer, aliéner celle de l’autre, des autres.

L’islam met en garde contre l’usurpation des biens de l’orphelin…

Il recommande de ne pas s’enrichir au dépend d’autrui puisqu’il interdit l’usure et les jeux de hasard.

Il recommande : – de ne faire de tort à personne ; – de faire corps avec l’autre ; – de pardonner ; – de prier pour l’autre ; – de secourir le prochain, etc,.

من ستر مسلما ستره الله في الدنيا والآخرة والله في عون العبد ما دام العبد في عون أخيه (حديث)

Un seul hadîth pourrait résumer la philosophie de l’islam :       لا يؤمن أحدكم حتى يحب لأخيه ما

يحب لنفسه (رواه الشيخان عن أنس)

La Constitution de Médine, première Constitution d’un Etat au monde, prescrite par notre Prophète (S)  :

 

– définit les droits et obligations de chaque communauté (musulmane et non musulmane) dans le but d’apaiser les haines et d’instaurer la paix entre tous les hommes y compris les non musulmans : « 23- Quelle que soit la chose qui divise, elle devra faire retour à Dieu et à Muhammad envoyé de Dieu, la paix soit sur lui !;

 

– recommande une solidarité de groupe : « 12 a- Les Croyants ne laisseront aucun des leurs sous la charge de lourdes obligations sans acquitter pour lui, en toute bienfaisance, soit la rançon, soit le prix du sang » ;

 

– reconnaît les mêmes droits aux juifs : « 16. Ceux des Juifs qui se rallieront à nous auront droit à notre aide et à nos soins, sans qu’ils soient opprimés, ni qu’il soit porté secours contre eux »

 

4. Droits des bêtes et de la nature

Dieu parle à profusion de toutes ses créatures et de ses créations :

– du ciel, de la terre, des montagnes, de la mer, des arbres, des plantes et de toutes leurs parures ;

    – des êtres deux par deux sauvés du déluge avec le Prophète Nouh (HS) pour repeupler la terre

    de croyants : il y a là des humains, des bêtes…,

 

Tous ces êtres, oiseaux, fourmis et toutes ces créations : arbres, montagnes prient Dieu et donc ont leur propre prière pour Lui « Tes-tu rendu compte que ceux qui sont dans les cieux et sur la terre chantent la gloire d’Allah, de même que les oiseaux qui s’éploient ? Chacun d’eux sait (comment le) prier et (l’) exalter, et Allah sait parfaitement ce qu’ils font » (24,41), mais dont nous ignorons et la forme et le contenu « les sept cieux, la terre et ce qui s’y trouve l’exaltent. Il n’est rien qui ne proclame sa louange Mais (vous les infidèles), vous ne comprenez rien à leur glorification. En vérité Allah est plein enclin à la mansuétude et au pardon » (17,44).

Pourquoi dès lors l’homme s’autoriserait-il à faire mal à une bête même quand celle-ci est promise comme sacrifice : le devoir est de l’égorger après l’évocation du nom de Dieu avec un couteau très aiguisé et d’un seul coup, pour ne pas le faire souffrir.

A tous égards, les bêtes et la nature dans toute sa splendeur ont aussi le droit d’exister et d’être respectées. Pas besoin d’association de protection des animaux, pour les enfermer mais seulement une prise de conscience de notre responsabilité envers elles lorsque nous les martyrisons. Une prise de conscience également de notre responsabilité collective lorsque nous altérons et détruisons l’équilibre et l’harmonie offerts par Dieu pour notre environnement naturel.