Documents

31 ème Rencontre Annuelle des Musulmans de France:Document

rencontre BourgesRencontre organisée au Parc des expositions Paris-le-Bourget s’étalant du   18 au 21 avril 2014 et ayant pour thème : « Quelles valeurs pour une société en mutation ? L’Homme, la famille et le vivre-ensemble », avec la participation de plusieurs invités de marque dont le président de l’Association des Oulémas Musulmans Algériens, le professeur Abderrazak Guessoum.

A cette occasion nous avons le plaisir de reprendre le texte introductif de cette manifestation qui est devenue un rendez vous important pour nos frères musulmans de France.

« Dans un monde où les progrès technologiques façonnent les rapports entre les hommes, où la vitesse de la communication prend le pas sur la profondeur des échanges, où le goût de l’éphémère supplante la durabilité des relations humaines, nos sociétés semblent plus que jamais dépassées par nos propres codes, s’étant comme fourvoyées dans le long cheminement vers le bonheur. Le bonheur, un mot dont nous rêvons sans paraître pour autant savoir comment y parvenir, un idéal dont nous semblons nous éloigner à mesure que nous travaillons à le rechercher. L’Homme, si épatant dans son intelligence et son habilité à s’approprier son environnement, et pourtant si fragile devant l’immensité du monde qui l’entoure, où il ne semble pas toujours comprendre la partition qu’il doit y jouer.

 

C’est dans ce contexte d’idéal de bonheur aux contours flous et aux conditions incertaines, où l’être humain questionne jusqu’à sa propre existence et sa raison d’être, que l’Union des Organisations Islamiques de France a choisi cette année, à l’occasion de la 31ème rencontre annuelle des musulmans de France, de réfléchir aux valeurs fondamentales vers lesquelles nos sociétés en mutation pourraient se tourner pour redonner un sens plein à la quête du bonheur et du bien-être : l’Homme, la famille, le vivre-ensemble. Plus que des valeurs, ce sont des repères-clés autour desquels nous croyons que tout être humain doit se recentrer afin de construire, pour lui-même et la société dans laquelle il vit, les bases d’un bonheur durable, les bases de la Vie.

 

La Révélation, dans son essence la plus pure, est venue apporter à l’Homme les réponses aux questions qu’il se pose sur sa place dans l’Univers, son rôle dans la société dont il est partie intégrante, et les moyens dont il dispose pour parvenir au bonheur. Elle est venue réconcilier la fragilité humaine avec l’immensité écrasante de l’Univers, en faisant comprendre à l’Homme que son but ultime n’était pas de s’accomplir seul, mais de se réaliser à travers des cellules sociales de vie, dans lesquelles son essence tirée du souffle divin se révèle et se transcende. La Révélation, au-delà de l’annonce de Vérité faite à l’Homme sur l’existence de Dieu, le révèle à lui-même, dans ses origines, sa raison d’exister, et sa destination. Elle est ce moyen de liaison avec le Tout Puissant, l’Infaillible, qui permet à l’Homme de dépasser les échecs, surmonter les obstacles, lors même qu’il est conscient de sa faiblesse humaine. Elle le renforce par la prise de conscience de sa faiblesse co-existante de la présence de la Puissance et de la Sagesse divines. Puissance qui est capable de le tirer de toutes difficultés, Sagesse qui ne l’a point créé isolé dans son existence.

 

Elle l’a créé avec son conjoint, et a fait d’eux un foyer, une famille. Entre eux Elle a placé la miséricorde, l’amour, le soutien mutuel : « Ô vous les gens, craignez votre Seigneur, qui vous a créés d’une seule âme, et a créé de celle-ci son conjoint, et qui de ces deux là a fait répandre (sur la terre) beaucoup d’hommes et de femmes. Craignez Dieu au nom duquel vous vous implorez les uns les autres, et craignez de rompre les liens du sang. Certes Dieu vous observe parfaitement » (sourate an-nisa, verset 1). Magnifiques sont les mots utilisés par Le Sage, dans ce début de la sourate An-nisa (les femmes), pour témoigner de la sacralité de ce lien constitué entre ceux qui ont choisi de s’unir en une seule et même famille. La famille est donc un rempart pour l’être humain, contre son isolement, son sentiment de faiblesse, son interrogation sur son rôle dans ce monde. Elle est témoignage de son essence tournée vers l’interaction, de sa capacité à donner, et à recevoir. Elle est reflet de notre rapport-même au divin, Lui qui nous donne, notre subsistance, les êtres chers dont nous partageons l’existence, et nous qui Lui retournons notre gratitude pour sa Miséricorde.

 

C’est au sein de la famille que se forgent les bases des interactions sociales que l’être humain sera amené à avoir plus tard dans sa vie d’employé, de parent, de citoyen. Il y apprend l’amour, la miséricorde, le partage, mais également la divergence des idées, le conflit, parfois le rejet. La Sagesse de la Révélation se manifeste dans chaque comportement et règle qu’elle dicte à l’être humain, non pas pour l’aliéner, mais pour au contraire le libérer et le pousser à se transcender. Ainsi, malgré les situations de tension qu’il peut connaître au sein même de son foyer, il est demandé à l’Homme de ne pas rompre les liens, et de tout faire pour les maintenir. Au-delà de la dimension tragique que peut revêtir une telle situation, dans laquelle l’être humain peut avoir le sentiment de vivre une solitude dans la foule, la Sagesse divine nous apprend un aspect fondamental de la psychologie de l’Homme, l’esprit de divergence. «Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne (…)» (sourate 5, verset 48). La Révélation appelle donc l’être humain à accepter les différences de ceux qui partagent son existence, à ne jamais les laisser le priver de sa capacité à garder un lien social avec eux, à continuer à interagir avec eux, pour son propre bien-être et sa réalisation. Cela s’appelle le vivre-ensemble.

 

Le vivre-ensemble n’est donc point cet état dans lequel les êtres se côtoient dans un esprit absolu d’amour et de bonne entente, il est plutôt le choix conscient de continuer à aller vers l’autre, malgré les divergences qui nous séparent, dans le respect de son mode de vie et du nôtre, mais surtout dans le respect de qui nous sommes : des êtres capable de transcendance et de dépassement, parce que souffle de Celui qui transcende tout.  Et le meilleur moyen d’atteindre cette transcendance qui permet le vivre-ensemble, est la recherche et la connaissance de soi. En somme, comprendre et retrouver le « soi » pour mieux construire le « nous ».