Évocations

Mohamed Cherif Sahli (1906-1989) Le talent au service d’un noble Idéal/Abdelatif SIFAOUI

sahliLe 04 juillet 1989 disparaissait l’une des plus glorieuses et grandes plumes  du nationalisme algérien. Il s’agit de Mohamed Chérif Sahli, Grand Militant et digne fils de l’Algérie.

Philosophe de formation, il devint historien par patriotisme, journaliste par vocation et écrivain par devoir.

Le 15 et 16 mai 2014, la ville de Sidi Aïch et à l’occasion du 25e Anniversaire de son décès a organisé un colloque sur son parcours et son œuvre.

On ne pourra évoquer cet intellectuel engagé de la première heure, sans se rappeler ses articles retentissants dans l’organe francophone de l’Association des Oulémas Musulmans Algériens « Le Jeune Musulman », dans lequel il s’illustra en compagnie d’autres noms devenus célèbres plus tard, par des études et analyses  historiques pertinentes.

 

La Sorbone, le journalisme …

Mohamed Cherif Sahli est né à Tasga, commune de Souk ou Fella, Daïra de Chemini, Wilaya de Bejaia, Douar des Ath Waghlis) en 1906.

 

Il débute sa scolarité primaire à Sidi Aïch, l’Ecole Normale de Bouzareah, le secondaire au Lycée Bugeaud (aujourd’hui, Emir Abdelkader) d’Alger. Il poursuit ses études à l’Université de la Sorbonne (Paris), où il obtient en 1932 une licence de philosophie et une agrégation, avec un opuscule intitulé : « Théorie de la raison et de l’expérience dans la philosophie d’Emile Boutroux ».

 

En préface, M. C. Sahli cite Leibnitz : « je voudrais bien savoir comment nous pourrions avoir l’idée de l’être si nous n’étions des êtres nous-mêmes et ne trouvions ainsi l’idée de l’être en nous ? ».

 

Dès 1932, il collabore au journal « El Ouma) l’organe nationaliste de l’Etoile Nord Africaine, et plus tard, El Ifriqiya, El Hayat, Résistance Algérienne, Le Jeune Musulman et, El Moudjahid. Il collabore aussi avec plusieurs journaux de l’époque : La Réforme, L’Etoile algérienne…

 

Dès la création du « Jeune musulman » en 1952, il publie une série d’articles :

« Histoire d’un enseignement colonialiste » (octobre 1952), « L’éclaireur Mohamed ibn Toumert » (novembre 1952), « L’ami des sciences (référence à Ben Badis)» (novembre 1952), «L’église Catholique contre l’Islam en AOF » (décembre 1952), «La colline oubliée ou la colline du reniement » (janvier 1953).

Ce dernier article critique du livre de Mouloud Mammeri lui vaut de nos jours encore « invectives et commentaires hors propos ».

Proche du milieu estudiantin, il est élu en 1935-1936 Président des AEMAF (Association des Etudiants Musulmans Algériens en France).

En 1937, il est militant du PPA.

 

Son dévouement à la Révolution algérienne (54-62)

De 1933-1939, il enseignera la philosophie dans plusieurs lycées parisiens.

En 1940, il retourne en Algérie et devient instituteur à Toudja.

En 1947, il finalise « Le message de Youghourta » et « l’Emir Abdelkader, le Chevalier de la Foi ».

Passionné de philosophie, M.C. Sahli devait faire paraitre en 1949 son essai philosophique sur «la théorie de la connaissance dans la philosophie d’Emile Boutroux» – non publié.

L’année 1950, il réintègre l’enseignement en France jusqu’à 1957.

En 1955, il devient membre de la Commission presse de la Fédération FLN de France, chargée par Abane Ramdane de « travailler » l’opinion française.

En janvier 1957, M.C Sahli est membre du Secrétariat permanent de la Fédération de France du FLN.

De 1957 à 1962, il est nommé représentant permanent du FLN, puis Ambassadeur du GPRA dans les Pays Scandinaves.

A la fin de 1957, il publie une étude sur la Question algérienne qui sera présentée devant l’ONU : « Le Problème algérien devant l’ONU ».

En février 1949, M.C. Sahli publie son deuxième ouvrage «L’Algérie accuse ; le calvaire du peuple algérien » aux Editions  En Nahda à Alger.

Ce livre est saisi par les autorités coloniales dans une quarantaine de localités sur ordre du Gouvernement Général. Il dédie son livre aux « Moussabiline, aux Héros anonymes tombés pour l’Honneur de la Patrie algérienne ».

 

Brillant écrivain et Professeur émérite

Vers 1950 -1951, il édite son troisième livre : «Complot contre les peuples africains ».

En 1951- 952, il écrit le livre « Le faucon captif » non publié.

En 1952 – 1953, il publie son quatrième livre «Abdelkader Chevalier de la foi ».

En 1964 – 1965, M.C. Sahli est professeur à la Faculté de lettres et des sciences humaines à l’Université d’Alger. Il rédige et publie son cinquième livre :

« Décoloniser l’histoire. » aux Editions Maspero à Paris, il sera publié en 1965.

Au lendemain de l’indépendance, il occupera aussi les fonctions de   Directeur des Archives, puis ambassadeur de la RADP en Chine, Corée du Nord, Vietnam, puis en Tchécoslovaquie (1971 – 1978).

Admis à prendre sa retraite en 1978, M.C. Sahli est décédé le 04 Juillet 1989. Il est enterré au Carré des Martyrs d’El Alia-Alger.

 

Le témoignage des Personnalités algériennes

En hommage à sa personne, Ahmed Taleb El – Ibrahimi écrira sur les colonnes d’EL- Moudjahid en juillet 1989 et sous le titre : « Mohamed Cherif Sahli, Un exemple pour la jeunesse ».

Les obsèques de Mohamed Chérif Sahli eurent lieu le 5 juillet 1989. Etrange destin que celui de l’Histoire qui n’a cessé d’analyser les causes et les conséquences du 5 juillet 1830 et du patriote qui a œuvré inlassablement pour l’avènement du 5 juillet 1962. C’est en 1952, à la création du «Jeune Musulman » que je pris contact pour la première fois avec Sahli (en même temps qu’avec Malek Bennabi et Mostéfa Lacheraf) que je considérais déjà comme l’un des historiens du nationalisme algérien… Au cours de sa carrière diplomatique, il aura donné à la jeunesse algérienne sa dernière leçon : un intellectuel digne de ce nom doit certes mettre son talent au service de son peuple, mais cela ne suffit pas : il doit, par ses qualités morales constituer un exemple…

Quant à Mouloud Kacem Nait Belkacem, en hommage à Sahli, il écrira sur les colonnes d’EL- Moudjahid aussi, une année après sa disparition :

« Il faut avoir lu ce dernier ouvrage de Sahli, achevé sur son lit de mort, pour saisir toute l’importance qu’a ce cinglant démenti de sa part aux thèses colonialistes qui poursuivent encore et persécutent l’Emir Abdelkader, toutes nos grandes figures historiques et toute notre histoire tout court… dans notre passé, présent et… à venir. Le livre est sorti quelques mois avant le décès de l’auteur.

 

Son message aux historiens algériens

Le quatrième volet de l’œuvre de Sahli, c’est la défense de toute l’Afrique colonisée, martyrisée. Le titre de l’ouvrage qui lui est consacré est : « Le complot contre les peuples africains » (1950). Il est toujours actuel. Plus actuel que jamais. Et Oliver Tambo, Nelson Mandela et Sam Nujoma avant lui, entre autres, sont là pour approuver et saluer chaleureusement la mémoire de Sahli :

Que Si Chérif dorme en paix ».

Zahir Ihaddadene, l’historien et le militant, qui a connu Sahli dans les années 40 à Toudja, dira sur l’œuvre de Sahli :

Son message le plus significatif est celui qui s’adressa aux historiens : « Décoloniser l’Histoire de l’Algérie ». L’histoire écrite par les historiens français est un autre aspect de la colonisation, insidieux et plus grave que la colonisation du pays. Elle repose sur des déterminismes que l’administration coloniale a établis pour pérenniser sa domination. Notre indépendance ne peut être complète que si on arrive à décoloniser notre histoire. Il faut démontrer le mécanisme de ces déterminismes coloniaux et rendre au Maghrébin sa dignité d’homme libre et à notre Patrie sa souveraineté pleine et entière à travers les âges. C’est ce message qu’il faudrait le rendre audible, l’écouter et le répandre autant que possible.

A.S.