Études et analyses

« Les origines du pouvoir algérien״ Crises internes du FLN 1956-1965 du Dr. Salah Belhadj /Par : Touati Mohamed

criseL’auteur de cet ouvrage est le Dr. Salah Belhadj. Il est né en 1948 à Sétif. A 12 ans, il termina l’apprentissage du Coran. Après un enseignement à Alger, il continua ses études en Arabie Saoudite. Par la suite, il entra à ESIT (école supérieure de traduction affiliée à la Sorbonne). Il obtient son magistère en traduction en 1987 à l’Université d’Alger puis en 2004 son doctorat en science politique. Depuis 1983, il enseigne les sciences politiques à l’Université d’Alger (Dely Brahim). Le livre est sorti de chez Benmerabet, une Maison d’Edition à qui  revient aussi la louable initiative de rééditer des œuvres d’histoire de l’érudit feu Rachid Bourouiba.

L’ouvrage du  Dr. Salah Belhadj s’inscrit dans l’Histoire politique contemporaine de notre pays. L’auteur revient aux origines du pouvoir algérien en faisant l’analyse sur fond d’histoire des crises internes du jeune Front de Libération National (FLN) entre 1956 et 1965. Une décennie qui façonnera indélébilement l’avenir proche de notre pays.

 

Fort de sa longue expérience dans l’enseignement,  le Dr Salah Belhadj développe pédagogiquement son sujet. Après l’introduction générale, l’auteur divise son travail en quatre chapitres .Chaque chapitre est divisé en sous-chapitre, lui-même divisé en paragraphe, et c’est ainsi qu’il circonscrit aussi bien l’évènement que les acteurs dans l’espace et le temps. L’auteur aura aussi le soin d’entamer chaque chapitre par la présentation des principaux points qui y seront traités et finira son travail par une conclusion.

 

De la première grave crise du FLN en 1956 au coup d’Etat de 1965 qui marqua la victoire finale d’un des clans protagonistes, l’auteur suit pas à pas la course effrénée et la lutte sordide que vont se faire certains dirigeants pour le leadership et la mainmise sur la Révolution, parfois aux dépens de celle-ci.

Au Congrès de la Soummam en 1956 le premier Conseil de la Révolution algérienne C.N.R.A. en plus de l’organisation de la lutte armée en structurant l’Armée de Libération Nationale (A.L.N). et la création d’une instance exécutive, le Comité de Coordination et d’Exécution (le C.C.E) adopta les principes de la direction collégiale, de la primauté du politique sur le militaire et de l’intérieur sur l’extérieur.

 

Le rejet catégorique des deux derniers principes scinda les dirigeants de la Révolution en deux groupes antagonistes. D’un côté le groupe de l’intérieur, pas tout à fait unanime, réuni autour de l’architecte du Congrès Abane Ramdane et de l’autre le groupe de l’extérieur avec Ahmed Ben Bella en tête. Le 2ème C.N.R.A. réuni à Tunis en 1957 décidera  l’élargissement des membres de ce dernier  ainsi que celui du C.C.E. avec la prépondérance du militaire sur le politique et annula les deux principes controversées de la Soummam ou plutôt modifia le sens en ne faisant pas de distinction entre le militaire et le politique et l’intérieur et l’extérieur.

 

C’est aussi  l’avènement et l’ère de trois membres de ce 2ème C.C.E.,  Belkacem Krim, Boussouf, Bentobbal, ״les trois B״ qui régneront en amont et en aval sur les décisions de la Révolution. Le 2ème C.N.R.A. provoquera à son tour un grave fait dans les annales de la Révolution avec l’assassinat d’une personnalité de l’envergure d’Abane Ramdane, farouche opposant de la prépondérance des militaires. Le 2ème C.C.E. prendra, en 1958, une sage décision en annonçant la création du premier gouvernement provisoire  de la république algérienne le G.P.R.A. qui fut un C.C.E. élargi et prendra sa place. Il sera conduit par Ferhat Abbas et l’action diplomatique qu’il mena fut un succès.

 

Mais il resta sans emprise réelle sur la gestion interne de la révolution à cause des clivages internes et l’empreinte des ״trois B״. Ces derniers mettent le G.P.R.A. en veilleuse et convoquent  une réunion à Tripoli en 1959 dite des 100 jours où dix colonels participant sont appelés à trancher les différents au sein du gouvernement. Au sortir de ce 3ème C.N.R.A. Ferhat Abbas est reconduit à la tête du 2ème G.P.R.A., un état major général est crée l’E.M.G. sous le commandement du colonel Houari Boumediene.

 

C’est la première fois qu’il y séparation organique entre la direction politique et la direction militaire. Et c’est aussi la fin de la prépondérance des ״trois B״, résultat de leurs querelles, sur l’A.L.N au profit de la nouvelle force émergeante l’E.M.G. Le colonel Houari Boumediene prendra fonction de commandement de  l’E.M.G. en 1960 et réussira sa première mission en unifiant et instaurant la discipline dans l’armée des frontières.

 

Maintenant que l’E.M.G. dispose d’une armée forte de plusieurs milliers d’hommes, bien équipée, disciplinée et surtout fidèle rien n’arrêtera sa marche assidue et méthodique vers le pouvoir. Les hommes de l’E.M.G. ouvriront les hostilités en multipliant les critiques envers le G.P.R.A. déjà sous les remontrances du C.N.R.A. C’est dans ce climat que s’ouvrira la réunion du 4ème C.N.R.A. en 1961 à Tripoli. Un 3ème G.P.R.A. sous la conduite de Benyoucef Benkheda est annoncé. Une alliance E.M.G.- Ben Bella se précise.  L’E.M.G. continuera après cette réunion sa compagne de dénigrement démagogique contre le gouvernement pour, cette fois-ci, un soi disant différent au sujet des Accords d’Evian.

 

Le dernier C.N.R.A. tristement célèbre réuni à Tripoli fin mai-début juin 1962 dit aussi ״programme de Tripoli״ signera l’éclatement effectif du FLN. Maintenant que la place est vacante, la course au pouvoir prendra l’allure d’un affrontement armé entre frères protagonistes. L’E.M.G.- Ben Bella ou ״groupe de Tlemcen״ ou aussi ״clan de Oujda״, qui créa pour l’occasion un bureau politique pour supplanter le gouvernement,  contre le G.P.R.A. et certaines wilayas de l’intérieur restées fidèles ou le ״groupe de Tizi-Ouzou״. Au jour du recouvrement de la souveraineté nationale le pouvoir reviendra, non sans effusion du sang, à la bande à Ben Bella.

 

Le colonel Houari Boumediene, en 1965, destituera Ben Bella qui ne fut au final qu’un paravent. Victoire finale de l’E.M.G. sur tous les protagonistes de la Révolution algérienne.

Pour finir, essayons de résumer en quelques points la thèse que développe le Dr Salah Belhadj :

Nonobstant les graves crises internes qui ont tiraillé le parti, le FLN a toujours produit devant le monde l’image d’une équipe homogène et sereine. Une image qui s’avérera salvatrice pour la poursuite du combat libérateur.

 

Les querelles internes n’étaient pas pour des différents idéologiques. Mais simplement pour la mainmise et le leadership sur la Révolution.

 

La prépondérance morale du militaire sur le politique depuis 1959 où des politiques sollicitèrent le jugement des militaires pour le dénouement d’une crise politique.

 

Dés l’aube de la Révolution algérienne, le respect des principes et des  instances du parti ne fut pas la première vertu des responsables algériens.

 

Abane Ramdane prendra une certaine  prépondérance sur ses collègues du 1er C.C.E. au détriment du principe de la collégialité adopté à la Soummam même.   Les ״trois B״ séviront sur le FLN/ALN de 1957 à 1959. L’E.M.G. prendra la relève en destituant un gouvernement dont il était subordonné. Chaque personne, chaque partie valait ce qu’elle pouvait produire non pas d’arguments et de persuasions mais exclusivement de violence. Ces mœurs d’alors s’érigeront en véritable culture de gouvernance dans l’Algérie souveraine.

 

Un coup d’Etat en 1962, un autre en 1965, un troisième raté en 1967, et enfin un (dernier) en 1992. Et en matière d’organisation, nous consommons, en moyenne, une Constitution chaque cinq ans. Un texte ״Fondamental״ abrogé, revu ou corrigé au gré du sociétaire d’El-Mouradia.

Le livre du Dr Salah Belhadj est intéressant à titre d’histoire certes. Mais l’auteur  a mis aussi à nu le lot de bas réflexes que sont le tribalisme, le régionalisme, le clientélisme, la violence  qui rongent le comportement de nos responsables et qui sont aussi, il faudrait avoir la sincérité de le dire, le propre même de toute une société.

 

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