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Hadj Salah… le révolutionnaire du DhaaDh -Pr. Ahmed Guessoum

Le grand poète Mohamed El Eid Al Khalifa, en visitant en 1965 un cimetière de martyrs leur adressa un très beau poème dont nous tirons quelques extraits pour la circonstance :

 

Je ne sais pourquoi en pensant au Professeur Abderrahmane Hadj Salah, qui vient de tirer sa révérence en toute quiétude, j’ai fait un lien avec le poème de Mohamed El Eid Al Khalifa. On nous dit certes que Hadj Salah a rejoint le Parti du Peuple Algérien alors qu’il n’avait que 15 ans. Mais ce n’est pas là le secret de cette association de pensées. c’est plutôt parce que je considère Hadj Salah comme un théoricien hors pair qui a posé les bases d’une formulation théorique linguistique de la langue arabe qui a savamment puisé dans les travaux des premiers grammairiens arabes Al-Khalil Ibn Ahmad Al-Farahidy et son disciple Sibawayh, et sorti à la lumière des concepts géniaux dans un langage qui croise celui des théories de la linguistique moderne. Je ne suis pas le seul à considérer que Pr. Hadj Salah (raHimahou –Llaah) a révolutionné l’approche classique à notre langue sur les plans phonético-phonologique, lexical, et syntaxique.

Je ne pouvais donc ne pas penser au poème d’Al-Khalifa qui parlait des Martyrs comme des « martyrs de la construction », « lanternes sur terre », et « étoiles des cieux » : il s’applique parfaitement à notre regretté Hadj Salah qui, en plus de la théorie qu’il a appelée Néo-Khalilienne en reconnaissance au génie du premier grammairien, maître de Sibawayh, a formé des dizaines et centaines d’étudiants et de docteurs à cette théorie, les imprégnant de sa compréhension profonde des mécanismes de base de la phonétique, de la morphologie, et de la grammaire arabe.

Professeur Hadj Salah a aussi des années durant dirigé le Centre de Recherche Scientifique et Technique pour le Développement de la Langue Arabe (CRSTDLA) et dirigé la publication de la revue Al-Lisaniyyat dans laquelle il a lui-même publié certains de ses travaux . Il n’a cessé de plaider dans ses travaux et conférences pour l’exploitation pratique de sa théorie Néo-Khalilienne envers la promotion de la langue arabe dans l’enseignement des différents aspects de la langue tels qu’analysés dans sa théorie.

Un dernier effort du Professeur Hadj Salah était sa présidence du projet «Al Dhakhira al Arabiya» (Corpus culturel et scientifique de la langue arabe), projet lancé en 2007 (après son adoption en 2004 par le conseil des ministres de la Ligue Arabe). Le projet visait la numérisation du corpus du patrimoine culturel et scientifique arabe (anciens manuscrits, encyclopédies, travaux plus récents, etc.) et création d’outils permettant d’exploiter sur le Web cette Dhakhira avec toute sa richesse potentielle, au profit de tous les utilisateurs potentiels. Professeur Hadj Salah présentait dans ses différentes conférences son rêve de voir d’immenses applications possibles de la Dhakhira, et non pas des moindres, dans les domaines de l’enseignement et de la pédagogie, entre autres. C’était bien une révolution scientifique calme qui avait été lancée. Malheureusement, très peu a filtré des résultats de ce chantier de collaboration panarabe.

Se remémorer les travaux de notre regretté Professeur Abderrahmane Hadj Salah n’est pas équivalent à lui construire un tombeau de marbre, comme disait Al Khalifa. Il s’agit plutôt de prendre le flambeau de la promotion de la langue arabe par le financement de travaux de recherche en linguistique computationnelle qui traduiront les concepts novateurs de la théorie Néo-Khalilienne en des produits à impact sociétal en éducation, traitement de l’information, traduction automatique, etc. C’est de voir où en est arrivé le projet « Dhakhira » et lui donner une nouvelle impulsion pour qu’il commence à porter ses fruits plus de dix ans après son lancement officiel. C’est aussi reconnaître que l’Algérie a de toujours produit des génies et continuera à le faire pour peu que ceux-ci ne soient pas esseulés, voire bloqués dans leurs travaux.

Si nous faisons cela, notre théoricien-révolutionnaire se reposera bien dans son tombeau car nous lui aurons construit des statues de bronze dans nos cœurs aux passions … enfin embrasées! C’est là notre fidélité au martyr… du DhaaDH !

Ahmed Guessoum est Professeur en Informatique, Intelligence Artificielle, à l’Université des sciences et de la Technologie Houari Boumediene à Alger ( www.usthb.dz).