Études et analyses

« Algérie Musulmane » et « Algérie Algérienne»… Par Liesse Si Chaib

Dés 1958, De Gaulle avait compris que l’indépendance de l’Algérie était inéluctable et que plus rien ne pouvait l’empêcher , c’était juste une question de temps.
L’Algérie échappant ainsi à « la métropole », il s’agissait pour lui de préparer l’avenir sans tarder.
Son appel de « l’Algérie Algérienne » lors de sa tournée en Algérie du 9 au 12 décembre 1960, avait pour but tout bonnement de remettre « l’Algérie indépendante » aux pieds-noirs qui devaient prendre en main les destinées du pays.
Cela n’a d’ailleurs pas échappé aux responsables du FLN qui ont aussitôt et fermement ordonné aux populations lors des manifestations de décembre 1960 de scander « ALGERIE MUSULMANE ».
Cette genre de fumisterie De Gaullienne n’a pas non plus échappé à la perspicacité de Malek Bennabi qui ne cessait d’avertir « nous serions naïfs de croire qu’en bouclant un jour ses valises dans un pays colonisé, le colonialisme peut simplement laisser derrière lui place nette ».

Si aujourd’hui certains algériens en toute bonne foi, reprennent à leur compte ce vicieux slogan de « l’Algérie algérienne », d’autres par contre le font en toute connaissance de cause et en sus avec zèle et mépris
A voir aujourd’hui le niveau d’aliénation atteint par certains « algériens cools » qui sans honte scandent fièrement que leur « langue presque maternelle est le français ».
A lire certains de leurs représentants les plus médiatisés, on comprend mieux l’avertissement lancé par Malek Bennabi sur la menace qui pèse lourdement sur « l’homogénéité idéologique » de notre pays.
Complètement décomplexés, certains prétendent même représenter « l’élite française » de l’Algérie. !!!!
Tout porte à croire que le «tas » et les « résidus » laissés et entretenus par le colonialisme sont en voie de constituer grâce à une « volonté organisatrice »occulte, un sinistre « tout organisé » (Malek Bennabi).
Par un travail concerté, pernicieux et constant, une certaine presse d’ici et d’ailleurs a largement contribué à ériger ces « squatters » et ces « indus occupants » de l’espace culturel et public, en « intellectuels », alors qu’ils n’ont ni la stature ni la consistance.
Il suffit que l’une de ces pseudo intellectuels écrive sa vie « à contre Coran » , ou qu’un autre parle avec mépris de « leur livre » (NOTRE Coran) et les voilà propulsés au rang d’intellectuel , de libre penseur ou de courageux anticonformiste.
C’est ainsi que beaucoup de vessies se font passer pour des lanternes.

En fait le problème de ce « tas » n’est tout simplement qu’une aversion maladive à l’Algérie musulmane, qui justifie toutes les falsifications, toutes les malhonnêtetés (intellectuelles), toutes les contre vérités et tous les mensonges mises en branle dans leur « croisade ».
Ils veulent réaliser le « formatage » de la société algérienne , effacer les référents civilisationnels de notre nation , ignorer quatorze siècle de son histoire et tout reconstruire dans le respect des « valeurs universelles » c’est-à-dire des valeurs occidentales en général, et celles (des lumières) française en particulier plus franchement .
Les plus directs et les plus extrémistes d’entre eux n’hésitent pas à remettre expressément en cause l’identité arabo islamique , appelant à « assumer la rupture idéologique pour restaurer nos libertés » , faisant fi de nos constantes nationales , socle sur lesquelles repose la Nation , qualifiées de «traditions autobloquantes » quand ce n’est pas carrément « des thawabites abrutissantes » .
Certains osent même prétendre que la cause principale de nos problèmes actuels n’est autre que … la déclaration de Novembre et ses « principes islamiques ». !!!
Les plus subtils d’entre eux connaissant la forte portée émotionnelle de la déclaration de Novembre sur les algériens, préfèrent la récupérer à leur compte mais ce qui était
« La restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques » dans l’appel historique, devient « La restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social. » !!!
C’est plus léger et plus moderne.
Les subterfuges « intellectuels » et les mensonges historiques répétés pour semer le doute sur cette « Algérie » profondément « musulmane » historiquement et culturellement, ne peuvent susciter en nous que dédain et ricanement.
Pour remettre en cause l’attachement à l’Islam de notre peuple , ils mettent en avant le caractère multi confessionnelle , multi culturelle de l’Algérie , affirmant que « l’Algérie est méditerranéenne, africaine » , et a un passé chrétien « heureux »avant l’arrivée de l’Islam .
Découvrant Saint Augustin, l’un d’eux a jubilé en s’écriant « l’Algérie n’a pas toujours été musulmane ».
En fait c’est cela « l’Algérie algérienne » pour laquelle ils s’agitent, et non l’authentique Algérie, ancrée dans ses racines et son identité, c’est une Algérie « plus prés du Nord que de l’Est » et donc un projet de société étranger à nos valeurs qu’ils veulent coute que coute imposer à la majorité des algériens.
La religion est pour eux « une affaire privée » qu’il faut garder chez soi et ne pas imposer aux autres, par contre les effets d’ « Occidentoxication » que nous subissons ne les choquent pas, bien au contraire ils relèvent du domaine des libertés individuelles qu’il faut scrupuleusement respecter. !!!!
Et je passe sur ce qu’ils disent « des massacres de l’invasion arabe » tout en revendiquant, sans gêne aucune, l’excellence de la relation de l’Algérie avec la France et sa culture, alors que le sang de nos chouhadas n’a pas encore séché.

Heureusement il ne s’agit pas d’une menace « démographique », car le peuple algérien dans sa très grande majorité est et restera toujours attaché à ses valeurs et à son identité islamique, mais il ne faut pas minimiser la capacité de nuisance de cette minorité idéologique qui dans un contexte de permissivité de milieux très influents en haut lieu, bénéficie de tribunes d’expression multiples, financées par une large et complaisante manne publicitaire.
C’est pour cela que les élites qui se revendiquent de l’héritage de l’école de Ben Badis (les Oulamas) et de la pensée de Malek Bennabi doivent être à la hauteur de la responsabilité qui est la leur dans l’éveil des consciences
Le rôle de cette élite est vital : éclairer les algériens sur les problèmes de l’heure , expliquer aux jeunes nos réels défis et déconstruire le discours de ceux qui ciblent justement cette jeunesse en semant le doute en elle.
Cette élite doit occuper le terrain et ne pas fuir le terrain de la « lutte idéologique » qui est devenu carrément « une guerre idéologique ».
Elle doit intervenir fréquemment dans le débat public et peser sur les débats, par l’intelligence et la qualité de ses contributions et ce afin d’empêcher le « tas organisé » de sévir à sa guise et de retarder la construction de « l’Algérie musulmane » que nous souhaitons et pour laquelle le sang de nos martyrs a coulé.
L’Algérie Musulmane qui ne peut être, pour tous les Algériens qu’un Etat de droit fort, prospère, résolument tourné vers la modernité, où règne la justice sociale et où le respect des libertés individuelles est garanti.