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FACE CACHEE DE L’INVASION FRANÇAISE AU MALI/ Mahi TABET AOUL

MALIAu-delà de l’invasion française au Mali, c’est l’existence, aujourd’hui, de deux mondes inégaux, mais adossés l’un à l’autre pour des intérêts différents : d’un côté, un Occident animé d’une stratégie de domination, basée sur des intérêts stratégiques purement économiques et de calculs émanant « d’Apprentis sorciers ». On feint d’ignorer les conséquences et les dégâts collatéraux et futurs de cette invasion, et de l’autre côté, un monde africain, gouverné par des oligarchies avides de pouvoir et corrompues dont le seul souci est leur maintien au pouvoir, quitte à renier les principes et les valeurs ancestrales de leurs peuples..

 

1- RAPPEL HISTORIQUE

 

Pendant des millénaires, l’Afrique a vécu sa propre histoire, bien loin du Nord et seules les routes du Sud constituaient les vrais relais d’échanges et de communication entre les diverses contrées d’Afrique. Ces routes avaient permis le brassage des peuples par le commerce et la transmission pacifique des bienfaits de la civilisation. Jusqu’à l’arrivée de la colonisation française, presque jamais les invasions de l’Afrique ne se sont développées à partir du Nord. L’invasion, par le Nord du continent africain et jusqu’au 19ième siècle, n’avait pu toucher que la zone côtière mais jamais l’intérieur des terres, sous l’emprise, tour à tour, des Phéniciens (comptoir de Carthage) au Ier millénaire avant notre ère, ensuite par les Romains et plus tard par les Musulmans. Si la civilisation islamique a apporté à l’Espagne les fondements de la civilisation à l’origine de la renaissance de l’Occident et de ses lumières, la colonisation de l’Afrique par l’Occident au 19ième siècle n’a engendré que l’oppression, l’exploitation des richesses naturelles de l’Afrique et la dégradation pour longtemps de l’homme africain.

 

2- FACE CACHEE DE L’INVASION AU MALI

 

Pour analyser structurellement l’invasion du Mali, il faut procéder par trois étapes : 1- avant l’invasion, 2- au cours de l’invasion et 3- après l’invasion.

2.1 Avant l’invasion

 

On peut reconstituer le fil des évènements qui ont précédé l’invasion. Dès les premières heures de la déconfiture du pouvoir au Mali, la France a tenté, à maintes reprises, d’obtenir l’aval de ses alliés Européens et Américains pour obtenir une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant une intervention militaire au Mali, en se servant de l’éternel slogan et leitmotiv de la lutte contre le terrorisme, drapé de l’étiquette islamique devenue une obsession permanente et un refrain habituel, chantonné par l’Occident. L’appel de gens raisonnables, qui recommandaient la voie pacifique de la réconciliation comme la meilleure voie pour résoudre la crise malienne et respecter l’intégrité territoriale du Mali, a tant soit peu retardé le désir manifesté au départ par la France. Les négociations, amorcées par « Ansar Eddine » et le MNLA sous l’égide du Burkina Faso, n’ont pas reçu l’appui nécessaire de la France et des autres pays occidentaux pour leur donner une chance de succès. La France a tout fait pour faire capoter ces négociations. Pour des raisons évidentes, la France avait décidé au départ d’écarter toute solution négociée qui ne coïnciderait avec le maintien et la garantie de ses intérêts en Afrique. Elle ne pouvait accepter une négociation entre Africains qui risquerait de remettre en cause son rôle de gendarme en Afrique et ce, au nom du partage hégémonique et géographique entre grandes puissances.

2.2 Au cours de l’invasion

 

Le mouvement des groupes armés vers Bamako a fourni un alibi aux interventionnistes pour mettre en œuvre leur dessein longtemps concocté dans les coulisses des officines occidentales, au lendemain du coup d’Etat d’Aout 2012. C’est toujours, fort de sa supériorité aérienne, que l’Occident sort chaque fois vainqueur militairement de la guerre, mais de plus en plus vaincu moralement au travers des affres subis par les populations des pays envahis. Les frappes de l’aviation n’épargnent personne et tuent sans distinction : djihadistes, islamistes, citoyens neutres….. Maintenant, chaque Africain sait pourquoi la France et l’occident déploient leurs forces : une fois, c’est le pétrole, une autre fois, c’est l’or et l’uranium, une nouvelle fois, c’est barrer la route aux investisseurs des pays émergents (Chine, Inde). De plus en plus, on note que l’alibi du terrorisme engendre et fait plus de mal aux citoyens envahis. Ce mal est sans aucune mesure avec celui subi par les citoyens des pays envahisseurs. A titre d’exemple, il suffit de compter le nombre de morts irakiens, Afghans, Libyens et le nombre de morts parmi les envahisseurs ou leurs concitoyens civils. Le rapport serait de l’ordre de 1/100 ou moins. Posons-nous la question suivante : tous ces morts étaient-ils des terroristes, des pro-Saddam, des pro-Talibans, des pro-Kadhafi. Ce qui témoigne de l’absurdité et du machiavélisme des médias occidentaux, c’est d’une part leur encouragement à l’intervention militaire au Mali et d’autre part, les larmes de crocodile qu’ils feignent de verser devant les images qu’ils osent montrer sur les ratonnades infligées aux arabes maliens et la chasse aux sorcières organisée sous l’œil bienveillant de l’armée française, dans les villes maliennes conquises. Ce qui donne libre cours à la vengeance d’origine ethnique (voir les témoignages d’Amnesty International). Ainsi un des objectifs majeurs de l’intervention a été ainsi atteint : à savoir opposer entre elles les différentes ethnies maliennes pour rendre le désordre permanent, à travers les séquelles et les stigmates de la guerre, et ce pour maintenir l’Afrique, dans une instabilité durable permettant aux occidentaux d’œuvrer facilement en appuyant, à tour de rôle, un groupe contre un autre. Cette politique, malheureusement, avantage les gouvernants fantoches africains qui se servent aussi de ce désordre pour asseoir leur pouvoir sur les masses populaires. Chaque fois qu’un pays africain est déstabilisé, ce sont les pays voisins qui subissent les retombées dramatiques à travers le flot des réfugiés qui constituent une charge insupportable pour ces pays sous l’œil hypocrite des organisations internationales.Il faut rappeler que ces organisations servent plus de couverture au déploiement des agents de services spéciaux occidentaux qui sont chargées de missions occultes en tous genres (la preuve a été donnée, à postériori, dans le cas de la Somalie).

Un autre objectif de l’intervention est de déstabiliser les pays qui résistent au Diktat occidental. En effet, tout le monde sait les dégâts collatéraux d’une telle intervention sur les pays voisins du Mali. On peut citer le déplacement des populations vers ces pays et la vengeance des groupes armés contre les pays qui, indirectement ou directement fournissent un appui aux troupes françaises (cas de l’Algérie qui a permis, pour la première fois depuis son indépendance, le survol de son territoire par les avions de combat français).

Cette fois.ci, après la prise de Kidal, c’est la France qui cherche maintenant à imposer les conditions de négociation pour la réconciliation au Mali en fixant un délai au président par intérim du Mali. C’est en position de force que la France veut ainsi imposer sa vision de la réconciliation selon ses propres intérêts

2.3 Après l’invasion

 

L’après invasion, contrairement à ce que pensent certains, est totalement connu de tous et de façon précise par les envahisseurs eux-mêmes. Pour preuve, on peut citer chronologiquement les exemples de l’Irak, l’Afghanistan et la Libye. En Irak, près le départ des GIs, c’est la pagaille et l’instabilité permanentes. La confrontation armée entre groupes ennemis n’a pas cessé et s’étend même au sommet de l’Etat. La corruption bat son plein et touche les principaux dirigeants. En Afghanistan et devant l’enlisement des armées de l’Otan, l’un après l’autre, les pays, membres de l’Otan, se retirent sous un faux prétexte en arguant, comme en Irak, que l’armée Afghane forte de 30.000 hommes serait à même de pacifier le pays et de contenir la menace des Talibans. Revenons maintenant au Mali et à l’après invasion. Hier et juste un mois après l’invasion, la ville de Gao a été le théâtre de vrais et premiers violents combats entre l’armée Malienne et les groupes armées. La première réaction et première mission prioritaire de l’armée française, à Gao hier, était de sécuriser en lieu sûr les 50 journalistes français chargés de couvrir l’expédition française. Ainsi, la guérilla et avec elle, l’instabilité continueront de régner et de déstabiliser la région avec le flux et le reflux habituels. La France, a déjà affirmé, par la voix de son président, que ses troupes quitteront bientôt le Mali après le passage des pions au contingent africain qui sera chargé d’assurer la mission de paix au Mali. Naturellement, tout cela se fera légalement avec même une décision du Conseil de Sécurité de l’ONU instituant une force internationale africaine de paix au Mali pour servir de chair à canons et de rempart pour les dessins de l’Occident .