Évocations

Ne pas transgresser les limites – Par Mostafa Brahmi

Abû Tha’laba al-Khashanî Jarrhûm Ibn Nâshir rapporre que !’Envoyé de Dieu a (QSSSL)  dit:

«Dieu,  le  Très-Haut,  a prescrit  des  obligations,  ne  les  négligez  pas; Il a fixé  des  limites,  ne  les  transgressez  pas;  Il  a prohibé  certaines  choses, ne  les  enfreignez  pas.  Il  S’est  tu sur  certaines  choses,  par  miséricorde  pour vous  et non point par oubli,  ne  demandez pas  après  elles.  »

                                  SENS  GLOBAL …N’APPROCHEZ  PAS  L’INTERDIT !

Dans  ce  hadith, notre Prophète a divisé  les  lois divines en trois grandes catégories :

des obligations sur lesquelles existent  un  texte, des interdictions sur lesquelles existent aussi  un  texte, et des permissions par le fait qu’il n’y a  aucun  texte révélé  en  la matière.

Et  il  a insisté sur  les  interdits en précisant que  Dieu  a placé des limites quel’ être  humain ne devra pas transgresser sous peine de tomber dans l’interdit.

Celui qui aura observé  ces  trois divisions sera parmi  les  gagnants auprès de Dieu.

Le  hadith précise que Dieu a  fixé  des limites à ne pas transgresser.

Il vaut mieux aussi ne pas s’en approcher, car à trop rôder autour de l’interdit,  on  finit par y succomber.

Dieu  dit  expressément de ne pas approcher  les  interdits :

« N’approchez pas les turpitudes apparentes  ou  dissimulées  … » Coran  (Les  Bestiaux  6/  151)

Ensuite vient  un  élément important dans  ce  hadith : «  Et  Dieu  S’est tu sur  certaines  choses,  par  miséricorde  pour  vous  et non point par  oubli, ne  demandez pas  après  elles

Cette partie est confirmée par d’autres hadiths,  dont  le suivant : «  Le  licite  est  ce  que  Dieu a  rendu  licite  dans  Son  Livre,  l’interdit  est que  ce  Dieu a prohibé  dans  Son  Livre,  et  ce  qu’il a  tu  est  à  considérer comme  permis (‘afwun).  »  .

Le  mot  ‘afwun  (p)  veut plutôt dire largesse de la part de Dieu, dans  ce  hadith, et par extension,  il  est compris comme permis, licite.

                                           NE  PROVOQUEZ  PAS  LA  REVELATION !

«Ne  demandez pas  après  elles  [ces  choses]  » : Cette injonction concerne principalement les Compagnons au temps  du  Prophète, car s’ils questionnaient sur  ce  que Dieu a tu, il pouvait y avoir comme conséquence une révélation de Dieu,  ou  une parole prophétique qui aurait eu force de législation (en terme d’interdiction  ou  d’obligation).

Il est donc préférable de ne pas demander trop de détails au Prophète sur  les  choses tues afin qu’elles gardent leur statut licite, par largesse et miséricorde divines.

Il s’agit donc de ne pas provoquer la Révélation et de ne pas chercher la réglementation là  où  elle n’existe pas.

Les  grands Compagnons et  les  plus proches  du  Prophète faisaient très attention de ne pas être la cause de révélations qui restreindraient le vaste champ  du  licite.

Ils  se  contentaient en général des paroles que le Prophète proférait de lui-même.

Cette recommandation  peut  aussi avoir  un  autre sens, celui de ne pas s’aventurer dans des discussions sur les éléments inintelligibles, qui dépassent l’entendement humain et qui  se  rapportent à Dieu,  Ses Anges, Sa création  …

En  effet, nos facultés ne nous permettent pas de  tout  appréhender.

Si  nous comprenons  et  connaissons beaucoup de choses,  bon  nombre d’autres choses échappent à notre connaissance et notre entendement.

Cela peut être  dû  au fait que nos facultés sont encore limitées  ou  alors qu’il existe des domaines et des champs qui n’appartiennent qu’à la science exclusive de Dieu. C’est  ce  qui explique  le  hadith suivant :

«  Les  gens  n’arrêteront pas  de  se  questionner jusqu’à  dire  : ‘Dieu a créé  la  création,  qui donc a  créé  Dieu ? »Lorsque  vous  entendrez  de  telles choses,  dites:  ‘Je  crois  en  Dieu. »»  [Muslim]

                                         COMMENTAIRE …LES  CINQ  RÈGLES  JURIDIQUES

Si  le  hadith, dans  le  sens apparent, n’affirme l’existence que de trois classes de règles juridiques (obligations, permissions, interdictions), un  examen approfondi de la pratique prophétique en distingue en fait  cinq:

l’obligation,  wâjib  ou  fard ;

le recommandé : sunna  ou  mandûb ;

le licite,  halâl,  mubâb ;  le  blâmable,  makrûh ;

l’interdit,  barâm,  ou  mamnû’.

                                                    LES  QUESTIONS  AU  PROPHÈTE  

Les  obligations et  les  interdictions  ont  leur source dans le Coran et la parole prophétique authentifiée. Une partie des éléments licites trouve sa source dans  ces  deux textes aussi. Mais  ce  hadith institue une règle  d’or : par miséricorde divine,  ce  qui n’est pas mentionné comme obligatoire, interdit  ou  permis est licite.

Enfin, sur les questions posées au  P r o p h è t e,  les  compagnons étaient partagés entre deux positions :

Poser trop de questions et risquer de provoquer des révélations qui iraient dans le sens des obligations et des interdictions,  ce  qui restreindrait la marge des croyants; ne pas poser de questions  et  rester dans l’ignorance de choses importantes.

Mais la deuxième position ne veut pas dire que  le  Prophète  ne répondait – et  donc  n’instituait et ne légiférait – que suite aux interventions de  ses  compagnons.  Que  non !  Lorsque l’injonction venait de Dieu, il obéissait  et  transmettait ce qui lui était révélé.

Il faut  donc  distinguer deux choses,  pour  comprendre cette partie du  hadith:

la loi (révélation coranique, parole prophétique) venait parfois d’elle-même sous  les  formes d’obligation, d’interdiction  ou  de permission ;

la loi pouvait aussi venir suite  à  des questions,  à  des demandes extérieures. Elle pouvait alors expliciter  ce  qui apparaissait alors comme  général  et  global,  ou  instituer de nouvelles règles,  ou  particulariser le général.

C’est cet aspect  qui  est visé par  ce  hadith.

L’exemple  donné  est celui de l’ordre divin  donné  aux Fils d’Israël de sacrifier une vache.

Au  lieu de s’exécuter et de sacrifier n’importe quelle vache  qui s’  offrait  à  eux, ils posèrent mille  et  une  questions  pour connaître l’âge de la vache, sa couleur, et autres détails insignifiants.

Dieu  leur révéla alors des détails après chacune de leur demande. Ils trouvèrent enfin la bête  à  sacrifier qu’ils  durent  acheter  à  un  prix très onéreux, alors que s’ils s’étaient suffit de la première injonction, cela aurait été plus simple  pour  eux !

                                                                                                                                            M.B.