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Palestine occupée : Protestations populaires et enlisement officiel/Raghida Ousseiran

PALESTINEDepuis plusieurs semaines, les protestations populaires palestiniennes s’élargissent et s’accentuent, au point que les services de renseignements de l’entité sioniste craignent le déclenchement d’une nouvelle « intifada ». Que ce soit pour la défense de la mosquée al-Aqsa, visée par la judaïsation, ou la ville d’al-Qods, encerclée par les barrages et le mur de l’annexion et visée par un plan de nettoyage ethnico-religieux, la population maqdisie n’a pas baissé les bras. Dans les bourgs de Selwan, Bayt Safafa, Bayt Hanina et ‘Issawiya, comme dans la ville intro-muros ou la mosquée al-Aqsa même, les Palestiniens affrontent policiers et colons, ripostant aux arrestations, aux démolitions des maisons ou aux incursions répétées dans la mosquée.

Dans la Cisjordanie visée par la colonisation rampante, les Palestiniens ont inauguré une nouvelle forme de lutte, consistant à installer des tentes sur les terres menacées d’expropriation et à les ériger en « villages », tout en poursuivant les manifestations hebdomadaires contre l’occupation. Dans la région d’al-Naqab, occupée en 1948, les Palestiniens protestent contre la destruction de leurs villages, non-reconnus par l’occupation. Ils refusent le plan Prawer approuvé récemment par le gouvernement sioniste qui vise à expulser 30.000 Palestiniens bédouins de leurs terres et villages, afin d’y construire des colonies juives et d’établir des zones militaires et industrielles.

Dans la bande de Gaza, toute proche, les résistants se préparent à riposter à la prochaine offensive sioniste, en s’armant et en s’entraînant, pendant que la population, meurtrie par un blocus meurtrier, essaie de soigner ses blessures et de résister, en essayant de reprendre une vie « normale ».

La lutte des prisonniers palestiniens détenus dans les geôles de l’occupation reste le dénominateur commun à tout le peuple palestinien, dans la situation de morcellement géographique et politique imposée depuis l’occupation de la Palestine, en 1948 puis en 1967 puis par les accords d’Oslo signés en 1993. Que ce soit à Gaza, dans les territoires occupés en 48, dans al-Qods ou dans l’ensemble de la Cisjordanie, et même dans l’exil, la solidarité s’affirme progressivement avec les prisonniers qui ont décidé de mener une grève de la faim, protestant contre la « détention administrative », c’est-à-dire l’arrestation arbitraire de toute personne que les services de renseignements de l’occupation juge « dangereuse ». La « bataille pour la dignité » inaugurée par Sheikh Khodr Adnane il y a un an, en refusant son arrestation puis sa détention, et qui s’est soldée par sa libération au bout de 66 jours de lutte, gagne du terrain au sein des prisonniers. Aujourd’hui, Ayman Sharawneh, Samer Issawi (plus de 200 jours de grève), Tareq Qaadane et Jaafar Izzidine (plus de 80 jours) sont devenus les symboles de la résistance des prisonniers à l’occupation et ses pratiques humiliantes.

Le morcellement géographique et politique de la Palestine pèse de tout son poids sur la résistance du peuple palestinien. La récente rencontre de la direction politique au Caire pour discuter de la réconciliation et de la reconstruction de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) s’est soldée par un nouvel échec, semble-t-il, puisqu’une telle réconciliation dépend toujours des acteurs régionaux et surtout internationaux, Etats-Unis en tête. Deux voies s’opposent au sein de la direction palestinienne : celle de l’Autorité Palestinienne siégant à Ramallah qui envisage toujours des négociations avec l’ennemi sous l’égide américaine, malgré 20 ans de vaines négociations, et celle qui propose l’adoption d’un programme de résistance multiforme à l’occupation, devenue de plus en plus arrogante sur le terrain. La voie de la réunification politique est donc loin d’être acquise, puisque des pressions internationales et régionales sont exercées pour empêcher toute réconciliation inter-palestinienne, dans l’attente d’une stabilisation de la situation dans la région.

Raghida Ousseiran