Opinion

MEA-CULPA ET AUTOCRITIQUE -Par : Liesse Si CHAIB

Que faut-il encore de plus ou de pire pour que les élites « musulmanes » de ce pays comprennent   la gravité de la situation , prennent  conscience de leur « devoir » envers la Nation  et se décident enfin à prendre leur responsabilité pour être une  force de proposition d’idées et un puissant levier  de l’initiative et de l’action  qui mettront  en branle le moteur de la Nahda dans ce pays ?.

Pourquoi je parle « d’élite musulmane » et non pas d’élite algérienne ?

Et bien tout simplement parce que dans l’Algérie d’aujourd’hui il se trouve des  « algériens »  qui revendiquent fièrement  et  sans la moindre gêne ni honte , leur « qualité »  d’ « élite française » !!!  autrement dit  un véritable cheval de Troie  au cœur de la Cité musulmane où ils se battent pour  imposer leurs  fumeuses   « valeurs universelles »  et ce contre les valeurs de leur peuple . Ainsi , le cinquième « tabour » ,  avec ses journaux , ses chaines tv , ses bataillons d’ « intellectuels » et  ses postes avancés dans les cercles décisionnels,  a maintenant carrément pignon sur rue et agit au grand jour avec insolence et provocation.

Si  ce « tas » laissé par la France ,  devenu  entre temps « un tout  organisé » ,  sévit à sa guise et travaille très bien ensemble  dans sa mission d’aliénation de la société algérienne , c’est  parce , entre autres, en face  les efforts sont dispersés et presque inaudibles.

 

Nous connaissons tous le verset  Coranique  « إِنَّ اللَّهَ لا يُغَيِّرُ مَا بِقَوْمٍ حَتَّى يُغَيِّرُوا مَا بِأَنفُسِهِمْ »  mais il semblerait que  chacun croit qu’il  s’adresse  uniquement aux autres, ce qui fait   que nous ne faisons qu’attendre que LES AUTRES changent .

C’est là  la  première  grave méprise , car tant que nous ne sentions pas que ce verset s’adresse individuellement et  directement  à chacun d’entre nous , depuis le modeste marchand de fruits et légumes jusqu’à l’universitaire le plus bardé de diplômes , alors le « taghyir » n’est pas pour demain .

Or   les premiers qui doivent  penser  le changement  en se remettant en cause  , c’est  justement  cette « élite musulmane » dont je parle , et à qui incombe en premier  la responsabilité de provoquer ce changement, car tant  que cette « élite » ne  sent pas le poids de la  responsabilité qui est la sienne  dans le processus de « Taghyir » , tant qu’elle n’éprouvera pas ce sentiment de culpabilité qui doit l’amener à AGIR et à PESER de tout son poids dans les débats publics  et sur la production intellectuelle du pays , les choses resteront inchangées.

C’est une question de vie ou de mort : nous avons impérativement  besoin d’un véritable électrochoc  pour nous sortir de notre état comateux , mais pour cela il faut faire  NOTRE mea-culpa ,   celui dont nous  parle Malek  Bennabi quand il dit : « Si le monde arabe faisait un bilan moral, s’il fouillait tous les recoins de sa demeure, s’il faisait sans indulgence son examen de conscience, il surgirait de son mea-culpa un miracle qui étonnera le monde et l’étonnera lui-même ». (1)

Le miracle n’aura donc lieu qu’après  ce mea-culpa  libérateur et salvateur , qui doit être fait d’abord individuellement  puis collectivement  pour avoir tout son sens et porter ses fruits .

L’autre étape primordiale  à passer est celle de l’autocritique , cette autocritique  qui provoque le  « repentir »  puis l’amélioration de chacun  comme l’explique toujours   Bennabi dans ce passage : « Si notre autocritique nous révèle des fautes qui nous engagent au repentir, eh bien, tant pis : nous nous repentirons. Se repentir, ce n’est pas cesser la lutte, c’est la poursuivre avec un sens aigu de sa responsabilité, avec une vision plus nette des faiblesses et des fautes qui ont produit le fléchissement de l’étape précédente. En ce sens donc, se repentir c’est s’améliorer ». (2)

 

Bien sur que nous assumons  TOUS ,chacun en ce qui le concerne , notre responsabilité dans le fiasco général mais la responsabilité  de l’élite , ceux que le docteur Baba Ammi appelle « arbab el moustawa » , est autrement plus grande et plus déterminante dans le processus de Nahda d’une Nation .

Comme le dit  Bonald « De l’Evangile, au Contrat Social, ce sont les livres (les idées) qui ont fait les révolutions » , et la production d’idées est justement de la responsabilité des élites , soit ce « qawm » dont nous parle justement cette Aya .

Sans négliger ou minimiser l’importance de la prise de conscience individuelle de tout un chacun ,  mais s’agissant ici  du déclenchement du déclic qui mettra en branle la machine de la Nahda chez nous et s’agissant  d’un problème d’édification d’un Etat  moderne dont  il serait aberrant d’imaginer  l’épanouissement , l’existence meme , en dehors de son humus civilisationnel et culturel , comme veulent nous l’imposer  les « élites françaises » ,   le mea culpa  et l’autocritique dont il s’agit  ici  doivent être COLLECTIFS  et  exclusivement de la responsabilité des « élites musulmanes » qui par leur formation ,  leurs aptitudes intellectuelles , leur prise de conscience et leur engagement COLLECTIFS, doivent prendre en charge  cette noble mission  et ce DEVOIR NATIONAL .

 

Je crois que la toute première démarche à faire par cette « élite » dont les membres partagent entre eux le souci de la Nation et  de la Oumma  , c’est de penser à se rapprocher les uns des autres par la création de « réseaux » et de « connections  intellectuelles »   afin de  travailler en parfaite fraternité pour la réalisation d’objectifs communs et supérieurs où les EGO , les susceptibilités et les menus différents s’effacent  pour l’intérêt suprême.

Cette élite « musulmane » -en fait tout simplement NATIONALISTE- doit ensuite investir en force le terrain médiatique pour porter son message et influer efficacement sur les débats publics ainsi que sur la production intellectuelle du pays et ce par la création de journaux , de journaux électroniques, de chaines TV et Youtube , de sites web et autres blogs .

La réussite de cet objectif passe nécessairement par le sacrifice et par le don de soi et de son argent .

A ce propos , il me vient à l’esprit ce que disait Chakib Arsalan dans son livre «Pourquoi les Musulmans ont-ils pris du retard et pourquoi les autres ont-ils pris de l’avance »    et qui considérait que l’une des causes de notre « takhalouf » c’est cette  radinerie et cet égoïsme qui faisait que les musulmans rechignent à participer financièrement dans la défense et le triomphe de leurs causes.

Cette élite doit absolument passer à l’offensive pour contrecarrer les plans de la minorité idéologique qui a pris en otage toute la société et ce en  déconstruisant  son discours de l’aliènation , ce discours  inauthentique et racoleur qui peut tromper beaucoup d’algériens et  qui fait déjà malheureusement beaucoup de victimes.

Elle doit aussi arrêter un peu  de se parler entre elle  et de penser à parler AUX  Algériens et  AVEC les Algériens , ces Algériens  qui sont constamment, régulièrement  agressés et provoqués par cette  minorité d’aliénés très  présents dans les mass médias et qui bénéficient de grandes largesses et de  certaines entrées dans les hautes sphères du pouvoir en Algérie.

Enfin , il  est important de préciser que le travail de réflexion et d’action de cette élite doit avoir une portée et un  objectif NATIONAUX ,  et qu’il doit  s’adresser à TOUS LES ALGERIENS , même  ceux qui ne partagent pas leurs convictions idéologiques ou philosophiques. Il s’agit de proposer   son  projet de société   NATIONAL , et de prouver son efficience et sa validité . Il faut surtout penser à impliquer   TOUS LES ALGERIENS dans sa réalisation , sans aucune exclusion ni mise à l’écart de quelques compétences que ce soit, contrairement à ce que propose la minorité tyrannique  qui veut éliminer tout un peuple (il parait  qu’il ne sait pas voter) dans la prise de décision dans les grands choix politique et économique du pays.

 

 

  • , (2) extraits du livre « Pour changer l’Algérie » regroupant des articles de presse parus sur Révolution Africaine , ici celui du 2 Juillet 67.