Actualité nationale

Abdelwahab Hamouda : le fidèle compagnon de Bennabi Par Sifaoui Abdelatif

Bennabi, retourne en Algérie, le 18 août 1963, il rencontre en septembre de cette année le Président Ahmed Ben Bella, deux fois de suite : le Président cite Alexis Carrel qui conseille l’homme qui exerce le pouvoir de s’entourer d’un collège d’intellectuels, même de théologiens .
Une semaine après avoir remis au Président Ben Bella son exposé sur la situation du pays, Bennabi lui propose par écrit la création d’un « Centre d’orientation culturelle » qui devrait être « un véritable laboratoire où s’élaborera la formule d’une culture nationale » .
Dans ce cadre, il visite un appartement sensé servir comme siège de ce Centre dans lequel devait figurer aussi Mostafa Lacheraf et Mohamed chérif Sahli.
Mais Bennabi, reste assez sceptique, il constate que toutes les portes que Ben Bella voulait ouvrir devant lui sont fermées au fur et à mesure par une sorte de gouvernement parallèle .
Ce gouvernement parallèle est selon lui constitué par une coalition de faux intellectuels algériens représentant deux courants et deux malhonnêtetés : les communistes et les colonialistes .
En février 1964, Bourbonne vient d’être nommé commissaire à la culture, il est question d’une commission nationale de la culture et ni Sahli ni Lacheraf n’ont été sollicités .
En fin de compte, c’est un autre appartement à Alger, mis à sa disposition par la Présidence de la République au 50 Avenue Roosevelt qui sera son propre logement et servira de Siège à ses Séminaires pour des étudiants.
En effet», en dépit de la non-parution du décret qui devait autoriser le « Centre d’orientation », il prend l’initiative à partir de l’année 1964, d’organiser des conférences destinées essentiellement aux étudiants, le samedi de chaque semaine.
Dans un article intitulé « Défense du capital-idées » (Révolution africaine du 24 avril 1968) Bennabi affirme concernant cette initiative « Je l’ai constitué effectivement dans le petit coin où je suis. Il fonctionne depuis quatre ans. Son programme figure dans le dossier de présentation du décret portant création qui n’a pas encore paru au Journal Officiel… » .
Cherif Belkacem Ministre de l’Orientation nationale (septembre 196 -juin 1965), sous la présidence Ben Bella incluant l’Education nationale, l’Information et la Culture, propose à Bennabi la direction de l’Enseignement Supérieur.
Septembre 1964, Bennabi, est effectivement nommé Directeur de l’Enseignement Supérieur, et s’installe sans ses nouvelles fonctions au rectorat de l’Université d’Alger.
Après l’éviction de Ben Bella, Taleb Ahmed al-Ibrahimi est nommé par Boumediene à la tête du ministère de l’Education nationale.
Début 1966, Taleb Ahmed lui parle de l’enlever de la Direction de l’Enseignement Supérieur et de le nommer Conseiller technique.
A partir de cette période, Bennabi n’exercera aucune fonction administrative et conservera son statut de Conseiller technique .
Il représentera l’Algérie, dans plusieurs manifestations internationales, continuera à animer ses Séminaires pour étudiants, donnera des conférences en Algérie et à l’étranger, écrira des articles pour la Revue « Révolution Africaine », et s’attèlera à la publication et à la traduction de ses livres nouveaux et anciens.
Cependant, Bennabi vivait intérieurement un douloureux dilemme : Sa conscience de penseur tourmentée par la situation dramatique dans laquelle se trouvent le monde musulman et son pays, ne lui permettait pas d’envisager pour lui-même, un rôle passif, se résignant d’accepter d’être et demeurer « un simple écrivain », il écrira à ce sujet :
« Je sais que la solution que je propose à ce problème(le drame musulman) depuis un quart de siècle est rigoureusement exacte : il faut une civilisation pour résoudre le problème musulman…je me rends compte des difficultés de ma solution qui la rendent impossible dans l’application, du moins dans l’état actuel des choses.
Un problème se pose à ma conscience en une alternative douloureuse : dois-je considérer le problème en simple écrivain, qui dit ce qu’il croit juste et laisse comme machiavel, aux autres de réaliser la solution ? Ou bien , comme un messager qui se croit non seulement chargé de transmettre un message, mais aussi de faire entrer dans les tètes et les cœurs, dussé-je en perdre le sommeil, le boire, et même le sang ? » .
C’est dans ce contexte historique et psychologique, qu’Abdelwahab Hamouda rencontre Bennabi.
Pour Bennabi, ce rapport direct avec de jeunes étudiants algériens à travers ses Séminaires, était une opportunité qui s’offrait à lui, désirant sans doute renouveler en Algérie l’heureuse expérience de son long séjour en Egypte de 1956 à 1963.
En effet, Bennabi, une fois installé au Caire, a pu tisser des liens solides avec un certain nombre d’étudiants de divers pays arabes, à l’instar notamment de Omar Meskawi le libanais, Mohamed Fnieche le Libyen, Abdeslam El Harass le Marocain et quelques Algériens, qui se réunissaient chaque semaine autour de Bennabi, qui les initiait à ses idées.
Abdelwahab Hamouda, fut certainement subjugué par Bennabi et son approche dans l’étude des problèmes du monde musulman, comme le fut auparavant les étudiants de la capitale égyptienne.
En 1964, Hamouda, entamait sa dernière année en tant qu’étudiant à l’université d’Alger, préparant sa licence de langue et lettres arabes.
En 1965, il reste au contact avec Bennabi , assistant à son séminaire, et commence une carrière dans l’enseignement secondaire, avant de réintégrer l’université d’Alger en tant qu’enseignant et chargé d’études plus tard.
Mais Hamouda, à la différence d’autres étudiants qui ont fréquenté le séminaire hebdomadaire de Bennabi, restera très proche du penseur Algérien, ne le quittant pas jusqu’à son décès en 1973, et il n’est guère fortuit que dans la dernière note écrite par Bennabi dans ses carnets, il est question de Abdelwahah, qui l’accompagna dans sa dernière tournée de conférences en Algérie, à Batna et Laghouat .
De plus, dans les moments pénibles qu’a connus Bennabi, on retrouve toujours Hamouda près de lui.
Ce fut lui qui l’informa par télégramme de la mort de son ami intime Abdelaziz Khaldi , lui demandant de raccourcir son voyage à l’étranger pour pouvoir assister à l’enterrement.
C’est lui aussi qu’on retrouve aussi, dans ce moment pénible pour Bennabi, à qui, au milieu de son séminaire on lui annonça le décès de sa première épouse Khadîdja , et Hamouda en fin organisateur se chargera de préparer le cérémonial de la prière du disparu à la mosquée des étudiants de la faculté d’Alger.
Selon le témoignage des personnes qui ont connu Abdelwahab Hamouda, celui-ci c’est investi corps et âme dans la mission qu’il s’est fixé pour lui même, à savoir , faire connaitre la pensée de Bennabi, en incitant les étudiants à assister à ses séminaires et conférences, en distribuant ses livres et articles et en essayant de réaliser et matérialiser les projets chers à Bennabi .
Ainsi, Hamouda, sera parmi les quatre personnes signataires de la demande d’ouverture d’une salle de prière à l’université d’Alger, qui était un souhait de Bennabi, estimant, qu’une salle de prière d’un mètre carré au sein d’une université est préférable à une très grande mosquée érigée ailleurs.
Il sera pendant plus de vingt –ans, l’organisateur et le cerveau, des séminaires de la pensée islamique, ce projet grandiose, que Bennabi cautionnera et encouragera dès son lancement en 1968.
En outre, Bennabi, révélera dans ses carnets, que Abdelwahab Hamouda, était derrière la « Victoire musulmane à l’université » , qui exprimait en fait pour lui, deux victoires importantes sur le front idéologique, à savoir :
-La parution du premier numéro du bulletin « que sais-je de l’Islam » avec le nom de Bennabi au bas de son article de fond,
-le lancement attaque contre le « comité de section » de l’université d’Alger d’obédience communiste, en affichant contre lui les plus graves accusations de collusion avec Tel-Aviv, à la porte même de l’université.
Cette action fut attribué aux gens d’ « Al –QIYAM » , El Hachemi Tidjani fut arrêté puis relâché quelques jours plus tard, alors qu’elle était l’œuvre d’étudiants proches de Hamouda.
Il ressort de ce qui précède que Abdelwahab Hamouda, était réellement, l’homme de confiance de Bennabi, un frère et surtout un homme de terrain d’une grande efficacité pour qui l’histoire témoignera sans doute de son rôle capital et déterminant dans la propagation de la pensée de Bennabi au sein de l’élite Algérienne en général et dans les milieux universitaires en particulier.
Rahima Allah Abdelawahab Hamouda.