Opinion

L’Homme providentiel – Par Dr Mohammed DJABALLAH

Ainsi dois-je qualifier le frère Abdelwahab Hamouda-Rahimahou Allah- parce que je le crois. Il était à mon sens l’Homme qu’il fallait à l’époque et au poste qu’il fallait.
Dans la 2eme moitié des années soixante alors que le monde environnant «  respirait gauche«  et avec lui presque toute l’intelligentsia algérienne, rien ne présageait de la naissance d’une mouvance islamique qui de part son intelligence et sa modération pourrait rivaliser et défier même la mode intellectuelle dominante, le Gauchisme, a l’Université d’abord puis s’étendre et se développer verticalement et horizontalement dans la société. Les germes de ce qu’on appellera « Assahoua» (l’éveil) étaient semés depuis 1963 avec le retour du maitre Penseur Malek Bennabi -Rahimahou ALLAH- ainsi que par la création de l’Association « Alkyam Alislamya » et les quelques Oulamas Indépendants restés fidèles à l’esprit de «  Jamyat al oulama Almouslimine«  et celui du 1er Novembre. Mais l’enceinte de l’Université et les étudiants restaient le monopole de l’idée dominante de l’époque : «  le Socialisme« .
Le « Cercle Bennabi » regroupait un nombre restreint de participants fidèles , vingt environ ,et ses idées bien que diffusées par ses articles de presse et ses Conférences restaient limitées à une certaine catégorie d’intellectuels ; alors que l’Association « Al-kyam » qui avait une certaine audience populaire , mais qui bien que limitée a la Capitale a été gelée en 1966 et interdite en 1970 à la suite de sa requête auprès des autorités égyptiennes en faveur du Chahid Sayed Kotb .
C’est dans ce climat politique hostile et intellectuellement peu fécond en idées originelles qu’ est née l’idée de l’ouverture d’ une Mosquée a l’ Université dont l’Artisan Principal depuis la demande d’audience avec le ministre de l’Éducation Nationale jusqu’à l’aménagement des lieux et la direction de la prière du 1er vendredi était si Abdelwahab . L’ouverture de cette mosquée était vraiment un pavé dans la marre des idées inadaptées à l’époque, mortes actuellement, qui enivraient presque tout le monde et dont beaucoup se réveillèrent et redécouvrirent leur identité. Ce fut aussi le lien qui manquait pour amarrer l’Université de naissance franco-occidentale à son nouveau milieu linguistique et culturel algérien.
Principal Artisan donc de ce nouveau « Phare » érigé dans les ténèbres idéologiques du moment il lui fallait aussi le protéger et l’aider à grandir. Il s’en est acquitté aisément de cette tàche par sa personnalité au dessus de tout soupçon grâce à sa rectitude exemplaire et sa grande morale qui forçait le respect de tous ceux qui le fréquentaient. Il était, certes, épaulé dans cette phase de frères bien au fait de la lutte idéologique et de ses implications pour ne pas répondre aux provocations des opposants , depuis l’inondation par l’ouverture des robinets la nuit , a la provocation immorale par des gestes et manières incorrectes , lors de la prière du Vendredi , devant les fideles a l’extérieur de la mosquée qui est rapidement devenue exigüe pour contenir tout le monde , jusqu’ a l’acte le plus ignoble quand quelqu’un a mis le feu a une pile de plusieurs exemplaires du coran a l’intérieur même de la mosquée et qui aurait pu être incendiée complètement si ce n’était la vigilance des gardiens de nuit .(Je garde pour mémoire un morceau de coran brulé ).
L’apport de Si Abdelwahab dans la prédication de l’Islam dans toute sa pureté originelle respectant le rite malékite, facteur d’union indéniable des algériens, sans fanatisme, avec un esprit de tolérance et de dialogue reste inégalable. Toute son œuvre –Rahimahouallah– a été menée avec lucidité, constance et transparence avec les moyens intellectuels et matériels légaux que lui procuraient sa fonction et en conformité avec ses obligations, en plus de ses moyens propres. Il est important de remarquer, aussi, que quelque soit le poste qu’il avait occupé au ministère des affaires religieuses il a pu par sa compétence, son abnégation et sa morale exemplaire gagner l’estime et la confiance et l’amitié des différents ministres qui s y sont succédés depuis 1969 jusqu’ sa retraite.
Avec la présence du frère Abdelwahab , la Mosquée des étudiants a pu apporter une contribution positive a l’action culturelle du Ministère des A.R. surtout par la participation active a l’organisation et au déroulement , des premiers séminaires de la pensée islamique ; comme elle a su profiter de ses moyens pour aider a la diffusion parmi la jeunesse universitaire de l’ Idée islamique qui était auparavant pratiquement absente dans ce milieu. Depuis que j’ai connu le frère Abdelwahab en 1965, je peux attester, qu’il n’a pas dévie d’un iota de la tache qu’il s’était assignée : servir l’islam et partant son peuple et sa Nation avec dévouement et en toute modestie. Nationaliste sincère sans chauvinisme ni régionalisme, intellectuel ouvert de rite malékite il haïssait les excès et respectait l’avis des autres. Peu prolixe il savait écouter. Il ne s’exprime toujours qu’après mure réflexion alors que son éloquence ne peut rivaliser qu’avec sa constante élégance.
Pour résumer je dirais que Si Abdelwahab a pu emprunter du dévouement et de l’ascétisme de Ben Badis, de l’authenticité et de l’efficacité de Bennabi, et de l’originalité et du dynamisme de Mouloud Kacem.
Que DIEU le Tout Puissant puisse les accueillir ensemble dans son vaste paradis.
Dr Mohammed DJABALLAH
El-Oued le 15/11/2017