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Adieu Si Abdelwahab Hamouda- Par : El Hadi El Hassani

Kaab ibn Zuhair a dit: Chaque enfant d’une femme, même si sa quiétude se prolonge ** un jour il sera porté dans un cercueil, et Allah dit dans son livre: « Toute âme goûtera la mort. »
Et voilà que la mort, au moment voulu par le Tout-Puissant – emporte son serviteur Hamouda de ce monde éphémère vers le monde éternel, ce lundi 10/09/2017, pour être enseveli mardi au cimetière de Ain Benian à l’Ouest d’Alger.
A dit vrai celui qui a qualifié Si Abdelwahab de « communauté », il ordonne le bien et le fait, et nous ne témoignons que sur ce que nous savons avec certitude.
Si Abdelwahab Hamouda, je l’ai connu dans le milieu de l’année 1970, dans une modeste pièce à l’Université d’Alger, cette pièce, qui entrera dans l’histoire sous la désignation de « la Mosquée des étudiants».
M Abdelwahab Hamouda était l’un de ceux qui ont œuvré pour l’ouverture de cette Salle de prière au cours des dernières années soixante, comme le confirme le témoignage le Dr. Ahmed Taleb Ibrahimi dans ses mémoires, « Mémoires d’un Algérien », il était alors ministre de l’Education nationale, il écrit : « un groupe d’étudiants a demandé l’attribution d’une Salle de prière à l’Université d’Alger, une demande légitime qui a rapidement rencontré notre consentement , et le porte-parole de la délégation, fut Abdelwahab Hamouda .. ». (Tome 2, P 97. Dar al-Kasbah).
M. Abdelwahab Hamouda m’a confié que le Dr. Taleb Ibrahimi leur a dit que les moyens du ministère, dactylos, imprimeuses, et papiers étaient mis à leur disposition.
Si le mérite – après Dieu – le Tout-Puissant – dans ma pratique de l’écrit revient à M. Mohamed Farah – la Miséricorde de Dieu soit sur lui -, le mérite de m’asseoir sur les chaires de la prédication religieuse – après Dieu Le Tout-Puissant – revient à Abdelwahab qui m’a désigné, alors qu’il ne me connaissait pas assez, pour préparer quelques mots sur la naissance du Prophète (QSSSL).
J’ai essayé de me dérober de cette tâche, mais il insista en m’encourageant et m’aidant, après m’avoir donné une leçon lorsqu’il m’interrogea sur le contenu de mon intervention.
J’avais répondu, en étant sous l’effet d’un article que j’avais lu récemment : Si le Coran était « créé » et nous était révélé aujourd’hui, quel message nous délivrera-t-il ?
Je voulais dire, que certainement il nous parlera de la dignité humaine, de la justice, de l’égalité, des droits, de la science et du travail…cependant Si Abdelwahab sourit et me dit d’une manière ferme :
« Ce n’est pas ce qui t’est demandé, ce qui est demandé c’est de rappeler les auditeurs présents à la mosquée des étudiants, des vertus pratiques du Prophète, « QSSL », par contre ton sujet provoquera une grande polémique, un débat houleux, et ravivera des querelles anciennes, que nous n’avons guère besoin aujourd’hui.
J’ai appris qu’il ne fallait pas parler de tout ce que nous savons, et surtout si derrière la parole exprimée, aucun intérêt pratique n’est escompté.

Lorsque Mouloud a été nommé ministre de l’Education Originelle et des Affaires religieuses en 1970, il a appelé M. Hamouda pour travailler avec lui, en tant que directeur des Affaires religieuses, mais il ne resta pas longtemps, et réintégrera l’Université.
En 1979, le professeur Boualem Baki est nommé Ministre des Affaires religieuses, il sollicite M. Abdelwahab Hamouda et le nomme Conseiller.
A Si Abdelwahab revient le mérite d’avoir pu persuader M. Baki Boualem d’ouvrir les Mosquées aux enseignants et prédicateurs, non affiliés au ministère des Affaires religieuses.
L’âge d’or du ministère des Affaires religieuses coïncide avec la nomination de Cheikh Abderrahmane Chibane à sa tête en 1980, qui nommera Si Abdelwahab en tant que directeur de la Culture islamique et les Séminaires de la Pensée islamique.
Il est resté à la tête de cette direction jusqu’à l’année 1991, avant d’être proposé par le Dr. Saïd Chibane pour administrer le Secrétariat Général du Ministère des Affaires religieuses.
C’était la bonne nomination pour le bon Secrétaire, et il restera à ce poste jusqu’à son départ du ministère qui avait à sa tète , celui que le Dr. Abderrazak Guessoum disait à son propos :
« Il mange la nourriture et ne se promène pas dans les Marchés « pour se cacher de son action malveillante.
En cette occasion, je tiens à affirmer que Si Abdelwahab Hamouda a été approché pour briguer le poste de ministre des Affaires religieuses, et je fus parmi les personnes qu’il a consultées sur ce sujet.
Je lui ai fait remarquer que la « DAAWA » avait besoin de lui au poste qu’il exerçait , et que pour le poste de ministre ils trouveront certainement quelqu’un d’autre.
Abdelwahab dans l’accomplissement de ses lourdes responsabilités sollicitait l’aide des professeurs n’étant pas des fonctionnaires du ministère des Affaires religieuses.
Je fus honoré d’être l’un d’entre eux, avant qu’il ne me convainque de l’assister au ministère en tant que son Adjoint en charge du Patrimoine, et le succéder plus tard à la tête de la Direction de la Culture et des Séminaires.
Le plus impressionnant en ce qui concerne Abdelwahab, c’est sa capacité de concilier ce qui est en apparence inconciliable.
Il est Soufi, islahiste et moderne en même temps, il ne n’accepte pas qu’une dimension l’emporte sur l’autre. Son cerveau et son cœur peuvent contenir tout le monde.
Parmi les sujets abordés avec lui lors de notre conversation téléphonique du 30/07/2017, il fut question de l’Association des Oulémas.
Il recommanda vivement d’œuvrer pour la sauvegarde de l’Association des Oulémas, parce qu’elle, selon ses propres paroles, représente « l’espoir de l’Algérie », parce que son discours prônant la modération et le juste milieu, loin de toute radicalité ou déviance.
Je témoigne devant Dieu , et Il en Est Témoin , Je n’ai jamais entendu une personne que j’ai rencontrée ou connue dire du mal de lui , sauf une seule personne qui d’ailleurs n’a épargné quiconque par ses critiques .
Il était non seulement respecté, mais il était aimé par les gens, du plus humble, au rang le plus élevé, et ceux qui travaillaient avec lui s’exécutaient promptement, non par peur ou par intérêt mais par amour pour sa personne.
Le mot qui revient le plus dans ses paroles est « la sagesse » dans l’action, en insistant d’éviter la précipitation.
Il avait l’habitude de dire à certain de son entourage : notre mission en tant que « hommes de bien » au sein du ministère ou à l’extérieur est rude, parce que nous devons plaire à Dieu Le Tout-Puissant, satisfaire le gouvernement, et contenter le peuple.
Je témoigne que Si Abdelwahab a réussi à relever ce défi : il a travaillé dur pour plaire à Dieu – le Tout-Puissant – , il a travaillé dur aussi pour satisfaire les gens qui ne prennent pas en compte les circonstances difficiles, et ne savent pas grand-chose de ce qui se passe dans les sphères du pouvoir ,et enfin il a servi l’Etat algérien, sans se servir, se refusant d’ être utilisé dans des actions malsaines, en entravant l’action de ses frères dans le domaine de la « Daawa », parce que leurs noms figuraient dans la liste noire de certains fonctionnaires .
Tous ceux qui ont assisté aux Séminaires de la Pensée islamique témoignent , qu’elles ont honoré le nom et l’image de l’Algérie dans le monde, et tout témoin impartial témoignera que Si Abdelwahab était dans la période faste de ces Séminaires le « dynamo » tel que décrit par le Dr Cheikh Youssef al Qardawi dans ses mémoires , il écrit :  » alors j’ai connu en étant avec le ministre (qui est Cheikh Chibane) le jeune ,fervent et dynamique directeur du Séminaire Abdelwahab Hamouda ,l’organisateur et son moteur dynamo, et avec qui j’ai ressenti dès que je l’ai rencontré et vu son visage, un grand soulagement, et après quand j’ai vu sa façon de travailler , entendu ses paroles mon amour pour lui s’est renforcé , ainsi que ma reconnaissance en considération à ses efforts dans la préparation et l’organisation du Séminaire et à son succès  » (Dr. Youssef Al-Qardawi, l’actualité du 13 octobre 2008, page 25).
J’ai avec Abdelwahab Hamouda beaucoup de souvenirs, et tout ce que je sais de lui, est qu’il est un messager du bien, un bienfaiteur.
Parmi ceux qui ont bénéficié de sa bonté, certains étudiants africains qui étudiaient à l’Institut des Sciences islamiques pour retourner en tant que professeurs et prédicateurs dans leurs pays respectifs.
Parmi les souvenirs qui me reviennent, je peux citer le fait que Si Abdelwahab apportait souvent notre déjeuner de son domicile ou il payait de sa poche les repas que partageaient avec lui le frère Mohamed Beredouane, ministre des Affaires religieuses et moi-même.

Il était un Soufi, mais en même temps, il était élégant, il entretenait son apparence aussi bien que son « intérieur, il était toujours souriant malgré son sérieux, sa voix était douce, il était organisé dans son travail… il marchait vite.

Il avait une grande aptitude pour le dialogue et la persuasion, et je peux à titre d’exemple citer l’anecdote suivante : dans la copie de la conférence du penseur français Raja Garaudy – au Séminaire de Bejaia en 1985 – figurait l’expression « Désaoudisation » de l’Islam, qui signifiait pour le conférencier dissocier l’Islam de la « coloration saoudienne» ou du « charlatanisme».
Notre crainte fut que si Garaudy dans sa conférence prononce cette expression, s’en suivrait inévitablement une altercation entre lui et le Dr. Abdellah Ben Abdel Mohsin Al Turki représentant de l’État saoudien, provoquant ainsi un incident déplorable, surtout que chacun d’entre eux avait ses partisans.
Personne n’était en mesure de convaincre Garaudy de ne pas prononcer cette expression, sauf Si Abdelwahab, et effectivement il réussit.
Que la Bénédiction de Dieu soit accordée à Abdelwahab… Et nous sommes par cette séparation O Abdelwahab, très attristés.
Traduction : Sifaoui Abdelatif