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Les Oulémas Algériens face à la « mihna » coloniale- Par : Nadjib Achour Derradji (2e partie)

Dans cette seconde partie il s’agit surtout de « déconstruire » un cliché dominant concernant la doctrine de l’Association des Oulémas qui jusqu’à aujourd’hui postule que leur combat idéologique contre le colonialisme français et les maraboutiques reposait sur une dévalorisation du traditionalisme religieux, une négation des quatre Ecoles juridiques et un rejet du soufisme. L’historiographie concernant l’Algérie a limité chronologiquement l’affrontement opposant les Oulémas aux Confréries soufies en faisant abstraction de l’antériorité de cette querelle. Pourtant les références religieuses utilisées par les Islahistes indiquaient clairement dans quelle tradition juridique ces derniers s’inscrivaient. Les Oulémas algériens puisèrent essentiellement dans le corpus des juristes malikites : en plus de l’Imam Malik, ils citaient volontiers Abû Bakr IbnʻArabi et Cadi ʻIyyad évoqués précédemment, ainsi que deux des grandes références de l’Ecole malikite Abî Zayd al Qayrwani, et Shatibi.
Cette influence généralement sous-estimée, nous semble être une des clés fondamentales dans la compréhension de l’action de l’Association des Oulémas. Celle-ci ne peut être pleinement saisie si nous omettons le référentiel malikite. Ils puisèrent pour ce qui est de la défense du dogme chez l’Imam Ahmed Ibn Hanbal car le hanbalisme était un système théologique et juridique. Et cela alors que les Hanafites, Malikites et Shafiʻites n’étaient que des systèmes juridiques. Ce fait est à l’origine du recours aux doctrinaires hanbalites. En effet, en raison du contexte dans lequel ils évoluèrent au Xème siècle à Baghdâd, les juristes hanbalites furent amenés à traiter d’épineux problèmes doctrinaux les opposant tant aux Shiʻites, et aux Moutazilites qu’aux Ashʻarites. Ainsi peuvent être comprises les références récurrentes faites notamment à Ibn Taymiyya sur lesquelles insista longuement Merad. Le Cheikh fut l’un des plus fervents détracteurs des pratiques populaires hétérodoxes. Il était aussi d’un précieux concours pour les Ouléms algériens pour leur critique de toute innovation aussi bien religieuse que culturelle.
À l’instar de leurs prédécesseurs, les Oulémas furent loin d’être des opposants au « tasawuf » et à la mystique. L’ouvrage phare d’al Ghazali « Revivification des Sciences religieuses » était d’ailleurs l’une des Références du Cheikh Ben Badis.
N.A.D.

Nadjib Achour Derradji