Opinion

L’autochtonisation de l’Islam en Occident Par Saber El Maliki (1ère partie)

Les travers
L’Occident a mal à l’Islam. Il a mal aux Musulmans et ne s’en est jamais caché, ni guéri. Après l’Andalousie, l’autochtonisation de l’Islam en terre occidentale le déboussole de nouveau. L’orientalisme, la sécularisation, le triomphe des libertés, la démocratie et le progrès n’ont pas eu raison de ses phobies face à l’Islam.
Le revers de la domination occidentale
L’Occident est encore en quête de concepts-clés pour saisir les ressorts de sa domination sur le monde actuel au détriment des autres civilisations. Une domination dont il n’a pas le courage d’assumer les conséquences, ni la décence de suivre l’enseignement à tirer de ces dernières.
Notre époque rappelle affreusement celle de Pharaon, l’archétype du dominateur. Allah nous enseigne dans le Saint Coran une des caractéristiques, peut être la plus pernicieuse, du comportement du dominateur. Dans la sourate 7, Al A’araf, verset 131, on apprend que Pharaon s’attribue tous les mérites de l’existence. Par contre, quand cette dernière lui est défavorable, il incrimine l’étranger, le faible que notre Prophète Moussa et ses disciples incarnaient à leur époque. Le rôle d’opprimés qui leur était assigné il y a 3000 ans n’est-il pas similaire à celui qu’endossent l’Islam et les Musulmans au 21ème siècle en Occident ?
L’Islam, l’ennemi désigné !

La visibilité croissante des Musulmans en Occident angoisse. Elle est synonyme de perte de « la suprématie de l’homme blanc », dont le pendant est le « grand remplacement » et son corollaire la « déchristianisation » de l’Occident. Jusque-là, l’obsession de cet Occident « catholique zombie »1 à l’égard d’une religion allogène, jugée rivale et opposée aux valeurs indigènes, pourrait s’entendre. Par contre, comment comprendre l’angoisse de l’Occident à l’égard de l’Islam quand cette même visibilité est également synonyme de « délaïcisation », « d’inimité à la démocratie et à la République » ? L’ennemi est désigné. La menace qui lui est attribuée catalyse les nationalismes, le laïcisme et la bigoterie. Tous hurlent d’une seule voix leur haine de l’Islam. L’anti-islamisme devient l’antidote à la globalisation et aux dérives intrinsèques à l’Occident. La globalisation et le paneuropéanisme néochrétien a eu raison de l’ego des nations qui le composeent par la subordination de leurs souverainetés respectives.
1 Emmanuel Todd. Qui est Charlie ?
La crise migratoire en Europe nous a donné une nouvelle preuve du besoin de cet Occident d’un élan mégalomaniaque pour restaurer son ego.
Cette restauration se fait au détriment du faible, quitte à le créer. Le péril vert à détrôner les périls jaune et rouge qu’étaient la Chine de Mao et l’URSS de Staline au yeux de l’Occident. L’équilibre de terreur qu’entretiennent ces puissances nucléaires ne peut nourrir l’ego de l’Occident. L’altérité ne peut être niée quand la tête d’une balistique pointe sur le nez.
Qui mieux qu’une religion affublée de « rétrograde », de minoritaire, celle du colonisé d’hier et du sous-développé d’aujourd’hui pourrait nourrir l’égo de l’occident ? Le déni d’altérité est de fait, et l’ego de l’Occident ne peut que s’extasier, comme Pharaon ne pouvait s’empêcher de le vivre 3000 ans en arrière quand il demandait à Haman de lui construire une tour qu’il lui permettrait de transpercer les voies du ciel2.
2 Sourate Ghafir, verset 36
L’Islam, une querelle occidentale !
La querelle est interminable entre les spécialistes occidentaux de l’Islam. Qui mieux expliquerait doctement « l’ivresse antimusulmane ». Une ivresse qui n’aurait d’égal que celle qu’animait le « peuple de Loth ». Parmi ces spécialistes, il y a les tenants des lectures sécuritaire3 et identitaire. Il s’agit d’universitaires idéologues, souvent arabisants dans le sillage de L. Massignon et de C. de Foucauld. Pour ces commis du néocolonialisme, l’Islam est une idéologie, sa terre un champ de bataille et ses adeptes des soldats. Ils traitent leurs adversaires de naïfs et d’islamo-gauchistes.
Les tenants de l’autre lecture sur l’autochotonisation de l’Islam en Occident leur répliquent en les traitant d’arrivistes et de populistes. Ce courant défend une lecture anthropo-politico-sociale des problèmes attribués à l’Islam. Ils s’inscrivent dans la suite de la supplique d’Aimé Césaire qui aurait dit : « Si vous ne me permettez pas d’être un citoyen à part entière, il y a de fortes chances que je devienne un citoyen à part ». L’Occident a fait des Musulmans autochtones des personnes à part, à défaut d’avoir été capable de les assimiler.
Selon ce courant d’opinion universitaire, la discrimination et l’exclusion sévissent en Occident contre les minorités, principalement les colonisés d’hier. Cette lecture ne fait pas l’unanimité dans son propre camp. C’est une antienne « tiers-mondiste », jugent-ils sans dénier son bien fondé.
La violence aux couleurs islamiques en Occident trouve son explication au sein de ce courant à partir de deux concepts, celui de « l’islamisation de la radicalité »4 et de « la fabrication de djihadistes »5. La responsabilisation de l’Occident dans le développement de cette forme de violence est au centre des interrogations de ces spécialistes.
3 Gilles Kepel
4 Olivier Roy
5 François Burguat
Ils mettent en exergue les conséquences des ingérences occidentales hors de leur espace et le « permis de tuer » accordé aux roitelets avec ou sans couronnes placés aux commandes des pays arabes et musulmans. Ils dénoncent la « bouc-émissairisation » de l’Islam et des Musulmans. L’instrumentalisation de la « peur de l’Islam » sert des agendas politico-économiques et la disculpation de la responsabilité des dysfonctionnements du « vivre ensemble » au niveau national et à l’échelle mondiale, notamment au Moyen-Orient.
S.E.M.