Opinion

Bennabi et l’Association des Oulémas : analyse d’une critique -Par Sifaoui Abdelatif

L’approche consistant à faire opposer Malek Bennabi à l’Association des Oulémas, est une démarche non seulement qui dénote d’une lecture littéraliste et biaisée de l’œuvre de l’écrivain, mais c’est surtout une manière d’empêcher de saisir les véritables messages et enseignements que comporte le legs Bennabien.
Affirmer que Bennabi fut critique à l’égard de l’Association n’est ni un secret, ni une révélation, et le débat ne se situe pas à ce niveau.
Le plus important est d’analyser la nature et le sens de ses reproches, en se posant cette question primordiale : Bennabi a-t-il émis des réserves sur la philosophie et les fondements sur lesquels se fondit le Mouvement réformiste ou bien il a affiché et exprimé sa désapprobation à l’égard de certaines de ses positions politiques et certaines pratiques de ses dirigeants ?
Toute confusion ou erreur dans l’identification de la nature de la critique de Bennabi, ne peut aboutir qu’à des conclusions erronées et trompeuses, qui contribuent à brouiller et falsifier la pensée de Bennabi.
En revenant, à titre d’exemple, à l’épisode du Congrès musulman de 1936, qui fut l’Evénement déclencheur de la plus sévère critique de Bennabi à l’égard de l’Association des Oulémas, force est de constater que les lectures qui en sont faites, ont souvent été simplistes.
Il est fréquent, dans la présentation de cet événement, de rappeler la position de Messali el Hadj et de focaliser le débat sur l’une des revendications de la Plate-forme du Congrès musulman, à savoir : le rattachement de l’Algérie à la France.
Cependant il est regrettable de constater, cette malhonnêteté intellectuelle consistant à expliquer la position de Bennabi concernant le Congrès musulman, en se basant sur des considérations qu’il n’a pas évoquées, et qui lui sont étrangères et faisant partie de l’argumentaire d’autrui.
De même , se focaliser sur un texte de Bennabi , en passant sous silence d’autres textes , n’est pas de nature à faire jaillir la vérité , sur sa position réelle concernant l’Association des Oulémas, qui certes n’est pas dénuée d’une certaine complexité , mais peut être assurément appréhendée et synthétisée sous forme d’une position nuancée et élaborée.
Cette synthèse entre les différents écrits de Bennabi sur les Oulémas est aujourd’hui plus que nécessaire , afin non seulement mieux le comprendre, mais surtout, afin que le Mouvement réformiste actuel en Algérie et dans tout le Monde musulman, tire profit de la réflexion et la vision, d’un grand penseur qui a consacré toute sa vie à réfléchir sur les problèmes du Monde musulman.
I. Critique acerbe de Bennabi
L’ouvrage « Les conditions de la Renaissance » à été édité pour la première fois en 1949 et écrit durant les années 47-48.
Bennabi, selon une grille de lecture structurée autour d’un certain nombre d’idées forces, analyse l’action des principaux acteurs agissant sur la scène nationale Algérienne.
L’Association des Oulémas en tant que composante essentielle du Mouvement national algérien, est au centre des préoccupations de Bennabi.
La doctrine de l’Association, son parcours et ses positions, sont analysés sans complaisance par Bennabi à la lumière cette grille de lecture que constitue « cette technique de renaissance » qu’il développe dans son livre « Les conditions de la Renaissance ».
De cette lecture élaborée, s’en suit une série d’affirmations, de reproches et de conseils, que nous essayerons de comprendre et d’analyser.
A. La clef du problème algérien
Pour Bennabi la clef du problème algérien est dans son âme et la source du miracle est à rechercher où l’indique le Coran précisément dans l’âme elle-même.
Ce qui exige de « profondes transformations de notre être: chacun devant être réadapté, peu à peu, à ses fonctions sociales et à sa dignité spirituelle » et seule une religion le permet en « insufflant à chacun  »la volonté » d’une civilisation …» .
Rappelant cette loi immuable « On ne cesse d’être colonisé qu’en cessant d’être colonisable ».
Le plus conséquent et plus profond pour Bennabi est que « l’islahisme formule clairement le principe doctrinal: ‘‘Dieu ne change rien à l’état d’un peuple que celui-ci n’ait d’abord changé son état d’âme » et que ce miracle perpétuel des renaissances jaillissait de la parole de Ben Badis, le fondateur de l’Association des Oulémas Algériens.
Il explique que Le problème du peuple Algérien et de tous les peuples musulmans est « essentiellement celui de sa civilisation. Le peuple algérien ne pourra ni comprendre ni encore moins résoudre son ????????????? tant qu’il n’aura pas pénétré le mystère qui enfante et engloutit les civilisations présentes… » , Précisant que la civilisation est un phénomène social qui s’enfante à partir de conditions toujours identiques » .
De ce fait l’islah selon Bennabi, « tient entre ses mains le sort de la Renaissance algérienne, en mettant à son service les ressources de l’âme musulmane tirée de sa torpeur » , précisant que les Oulémas ont vu plus juste que les politiciens en « prêchant l’islahisme, c’est-à-dire le nouveau baptême de l’âme musulmane à la source de la Foi » ,qu’en 1936, il y avait dix ans que les Oulémas opéraient, en effet, la transformation de l’âme, condition essentielle de toute transformation sociale » ,et « ont été les infatigables pionniers de la véritable renaissance musulmane et sa force vive » .
De l’action des Oulémas essentiellement se manifesta chez le peuple Algérien une grande transformation traduite par l’amorce d’une « volonté de bouger, de changer, de quitter la zaouïa pour l’école, le bistrot pour quelque chose de plus pieux ou de plus utile et le leitmotiv et la devise de toute l’école islahiste issue de Badis fut et les Congrès des Oulémas indiqueront les bases de ce renouvellement nécessaire à la Renaissance: Il faut se renouveler .
Et tant que l’idée de l’Islah visait essentiellement à régénérer l’homme elle demeurait sublime , et l’essor splendide de la conscience populaire avant 1936, n’est pas autre chose que l’épopée de l’idée islahiste.
Durant tout cet âge d’or qui va de 1925 jusqu’à la « mort » du Congrès, on avait l’impression de renaître, on renaissait: c’est la Renaissance! » .
Pour Bennabi l’idée islahiste ébranla le vieux panthéon « le maraboutisme » et tant que la ligne de l’islahisme demeurait conforme à sa doctrine fondamentale, « aucun néo-maraboutisme n’était à craindre en Algérie .
Cette action des Oulémas selon Bennabi se solda par le Triomphe de l’idée sur l’idole, et a connu son apothéose dans le Congrès musulman en 1936 » mais il y’eut cette faute fatale…
B. La Faute
Pour Bennabi, l’Islah, a gagné une bataille contre  »l’hydre maraboutique », cependant un néo-maraboutisme était encore possible, » non plus avec des Saints et des amulettes mais des  »idoles politiques et des bulletins de vote ».
Selon lui l’Association a fait en 1936 un faux pas et « tout était à craindre » , ayant pour conséquence première la réapparition de l’idolâtrie sous un forme nouvelle» .
Malgré le souci évident de Bennabi de tempérer formellement son jugement, le plus possible, par l’utilisation d’adjectifs-atténuateurs, ( les Oulémas se sont eux-mêmes écartés un instant , malgré certaines carences, malgré un certain empirisme dans la pensée, un déclin momentané de la renaissance algérienne), et en affirmant textuellement « Sans doute, de toutes les fautes commises depuis 1925, celles des Oulémas est-elle la plus déplorable, tout en étant d’ailleurs la plus honorable, car leur souci de bien faire et leur désintéressement ne sont jamais démentis » , il n’en demeure pas moins que son jugement sur le fond est sans équivoque :c’est la plus grande faute de l’Association et la plus déplorable .
Cette faute sera qualifiée de « écarts, inconséquences, faux pas, opportunisme politique, empirisme politique, carences, sillage fatal, déclin, réflexe malheureux, procession, nouvelle évasion) autant de mots lourds de sens, qui ne laissent aucun doute sur la gravité de la « faute » et ses conséquences préjudiciables sur le processus de renaissance prometteur enclenché par l’Association.
Pour Bennabi, les Oulémas se sont eux-mêmes écartés de la bonne voie pour suivre les hommes politiques, la sagesse céda le pas à l’opportunisme politique.
Cet opportunisme politique, qui s’incarna notamment par la présence de l’Association dans la Délégation du Congrès musulman, dépêchée à Paris, pour présenter un ensemble de revendications politiques et sociales, aux officiels Français, Bennabi , l’explique par au moins six facteurs :
1-Carences et empirisme dans la pensée , qui peut devenir de l’opportunisme dangereux, et dénote de l’absence de voies doctrinales tracées.
2-Un complexe d’infériorité des Oulémas vis-à-vis des politiciens qualifiés d’intellectomanes , et il eût fallu que I’lslah demeurât au-dessus du bourbier politique et de la mêlée électorale .
En 1936, La présence des Oulémas dans la Délégation qui se dirigea à Paris est qualifiée de « procession derrière les hommes politiques » .
3- Le travail de sape de l’Administration coloniale, qui a réussi à tuer le Congrès, diviser les Oulémas et saper sa base doctrinale .
4-Un contexte politique alléchant et tentant : « D’ailleurs, c’est l’étreinte administrative qui est la cause de leur pas funeste vers le miracle politique promis, alors, par le Front Populaire ».
5- L’Algérien était peut-être pas assez immunisé et pas encore parfaitement guéri des maux qu’il traine depuis l’époque de la décadence : « Cela signifie que notre âme n’avait pas encore rompu le cercle magique qui l’enferme depuis la décadence musulmane » .
6- Le dirigeant de l’Islah, n’avait pas atteint la maturité nécessaire pour faire face aux défis de l’époque n’étant « capable que d’un demi-effort, que d’une demi-réflexion, que d’une demi-étape » .
Pour Bennabi, l’Association a payé à prix fort cette maladresse, la mort du Congrès et de toutes les espérances qu’il a suscitées, et une scission en son sein, par le retrait de Tayeb El Okbi suite à une longue et tumultueuse embrouille qui a commencé par l’inculpation de ce dernier dans l’assassinat du Muphti Kahoul, puis son arrestation, se terminant par le retrait du Cheikh El Okbi.
Bennabi, estime que l’Association ne devait pas donner sa caution morale à des politiciens intellectomanes, qui se désolidariseront d’elle dans les moments difficiles comme le fera Bendjelloul, le Président du Congrès musulman.
A ce sujet Bennabi écrira « La presse annonça l’assassinat du muphti et l’imputa à l’Association des Oulémas.il était clair que c’était le Congrès musulman qui était visé.les événements allaient rapidement le confirmer. Bendjelloul reprit en effet aussitôt le bateau, ou l’avion pour la France à Marseille où la presse l’attendait, on lui posa une question sur la responsabilité des Oulémas dans le meurtre du muphti. Je n’ai aucun rapport avec les gens qui ont les mains maculées de sang » .

Pourtant, Bennabi, explique que dès Aoùt 1934, le pays glissait de l’Islah à la démagogie des politiciens en pensant notamment à Bendjelloul mais ils étaient trop faibles pour s’y opposer et peu avertis des procédés machiavéliques pour se rendre compte de ce glissement et de sa signification .

C. Analyse d’une critique

1. le message Bennabien
Affirmer « C’est en de pareils moments que Bennabi perd complètement foi en l’Islah, et ces moments seront nombreux ; c’est en ces occasions qu’il a pour les Oulémas les jugements les moins amènes » est à notre sens une instrumentalisation politique et tendancieuse, par une lecture simpliste et fragmentaire de l’œuvre de Bennabi.
Au passage qu’exhibe, Mr Boukrouh, pour conforter son affirmation peuvent lui être opposés d’autres passages qui témoignent du contraire.
Le débat n’est pas là, et une étude qui n’ambitionne qu’arriver à de telles conclusions, est une étude malheureuse, inutile, et surtout dénote d’une méconnaissance totale de l’homme qu’était Bennabi et une dénaturation abjecte de son œuvre.
L’analyse des différents extraits retenus, montrent ce qui suit :
-Sur le plan doctrinal, le fondement essentiel sur lequel se basa la philosophie et l’action des Oulémas, est selon Bennabi, juste, conforme aux lois immuables du changement, et le plus adapté à la situation dans laquelle se trouvait le peuple Algérien.
-Sur le plan historique, Bennabi pense que la dynamique qu’a connue l’Algérie, depuis les débuts des années vingt, jusqu’à la fin des années trente, est principalement l’œuvre de l’Association des Oulémas.
-Il ne demande pas aux Oulémas de reconsidérer sa doctrine en ce qui est l’essentiel, mais bien au contraire il les appelle à y revenir, et de déployer un effort dans le sens d’une meilleure appréhension des voies doctrinales qui doivent être conformes au fondement principal.
Il apparait donc clairement, que Bennabi était foncièrement un Islahiste, croyant en la mission de l’Islah.
L’Association des Oulémas était la composante du Mouvement national avec laquelle il était plus en phase, se considérant faisant partie de cette grande famille sans pour autant en être un adhérent sur le plan organique.
Pour Bennabi l’avènement du Congrès musulman a causé un éloignement de l’Association de sa mission principale et fait plus grave s’est trouvée dans une posture non conforme à sa raison d’être.
Il semble bien que Bennabi, n’était pas contre l’idée du Congrès musulman en tant que tel.
Dans les extraits cités plus haut, il considère que la « mort » du Congrès musulman fut un assassinat perpétré par l’administration coloniale.
Dans son livre « La lutte idéologique dans les pays colonisés, il est plus explicite sur la question, il écrit « le Congrès symbolisait la phase cruciale de la naissance de la conscience politique du peuple algérien après la Première Guerre mondiale. » .
Les affirmations de Bennabi dans ses Mémoires vont dans le même sens :
« Le Congrès eut lieu. Nous étions d’accord que le Congrès musulman algérien représentait la plus grande victoire du peuple algérien sur lui-même et sur toutes les forces qui cherchaient à le maintenir dans l’ornière » , considérant même qu’il était « l’élément le plus efficace pour orienter la vie politique en Algérie ».
De même il apparait nettement aussi que Bennabi, ne reproche pas à l’Association d’avoir appelé à ce Congrès, par un appel lancé par son Président Cheikh Ibn Badis, dans le Journal « la Défense » de Lamine Lamoudi et par conséquent ne pouvait désapprouver leur participation.
Donc se pose la question : qu’a-t-il reproché aux Oulémas ?
Les faits qui l’ont fait réagir peuvent être ramenés à deux points :
La caution morale donnée à des politiciens peu soucieux de l’intérêt du peuple, promus à la tête du Congrès musulman, et dont la Présidence fut confiée à Bendjelloul.
Le fait de croire que le destin de l’Algérie se joue à Paris, participant à une Délégation se rendant à la capitale française, descendant dans un hôtel « chic », s’inscrivant ainsi en faux avec ce qu’incarnaient les Cheikhs de l’Association comme valeurs et symboles, il écrira dans ses Mémoires « Surtout, je me demande, vénérables cheikhs, comment avez-vous accepté de descendre dans cet hôtel, où comme vous le voyez, il ne descend ni un rabbin, ni un prêtre catholique ? » .
Mais en fait, à travers ces deux faits qui l’ont particulièrement interpelé et outré, Bennabi prit conscience que la scène nationale était dans une phase de gestation, dans laquelle, un changement structurel s’opérait graduellement, avec l’apparition et la montée fulgurante d’une nouvelle force politique(PPA), et la relégation de la principale force des années 1925-1936 (Oulémas), condamnée à jouer les seconds rôles .
Il écrira dans ces Mémoires qu’en France« l’air patriotique commençait à se jouer sur un luth nouveau, celui du nationalisme et Messali montrait qu’il savait en jouer. L’Etoile Nord Africaine devenait effectivement entre ses mains un instrument capable de capter l’audience des foules…nos travailleurs …de nos étudiants .
Il poursuivra en abordant la situation politique en Algérie : « D’ailleurs , une autre version du nationalisme prenait forme , Bendjelloul et Ferhat Abbas inauguraient à Constantine la « Fédération des élus »…le nationalisme algérien prenait ainsi sa préfiguration historique avec une aile ouvrière prête à s’embourgeoiser à Paris et s’accoquiner avec une partie de la Gauche française, et une aile bourgeoise prête à s’encanailler avec le colonialisme .L’islah essayait de frayer son chemin entre les deux sans se douter qu’il devra remettre un jour sa démission morale à l’aile bourgeoise et qu’il sera finalement pulvérisé par l’aile ouvrière » .
En n’assumant pas sa responsabilité politique directement la confiant aux dirigeants de la Fédération des élus, selon Bennabi, il y eut démission morale de l’Association des Oulémas, permettant ainsi au courant Messaliste de s’affirmer progressivement comme étant le principal acteur du Mouvement national.
Pourtant Cheikh Ibn Badis, était l’initiateur de l’idée du Congrès, et avait bien senti, que le moment était propice pour une action politique qui a pour finalité de rassembler les forces algériennes autour d’une Plate-forme consensuelle et impliquer le peuple dans les actions qui le concerne.
Bennabi relevait ce fait important, la naissance d’une conscience politique et l’entrée en lice du peuple dans l’arène politique en 1936, mais pour les raisons citées plus haut, cette expérience fut un ratage malheureux.
La « mort » du Congrès, créa une « atmosphère lubrique où se préparait la grande escroquerie, le PPA commençait à installer ses cellules à Alger » et se fut la montée progressive du courant Messaliste.
Lorsque Bennabi publie son livre « Les conditions de la Renaissance » une dizaine d’années après l’événement du Congrès musulman, il continue à exhorter l’Association à se « ressaisir », il écrit « Il était temps qu’ils y reviennent avec la certitude qu’il n’y a aucune voie pour le salut. Il faut recommencer le baptême interrompu en 1936 et préparer la génération qui vient à porter une civilisation dans ses entrailles et à savoir l’enfanter » .
E n prenant en considération les reproches faits par Bennabi à l’Association, ce « recommencement » devait se faire en respectant notamment les conditions suivantes :
-Assumer directement et pleinement les responsabilités qui sont les siennes.
– Ne pas dévier de sa doctrine principale, tout en élaborant d’une manière réfléchie et anticipée les voies doctrinales subsidiaires.
-Se débarrasser des complexes d’infériorité vis-à-vis des politiques, tout en inscrivant son action au dessus des Partis politiques.
-Ne pas succomber aux tentations politiques qui favorisent l’électoralisme et l’opportunisme politique.
-Privilégier le contact direct avec le peuple et l’amener à assumer ses responsabilités et se prendre en charge.
-Œuvrer à sauvegarder les acquis chèrement obtenus .
Il semble bien, que Bennabi, n’a pas reconsidéré son jugement et son analyse concernant l’action des Oulémas dans ses écrits avant et après l’indépendance.
Il ne s’agit donc pas, concernant Bennabi, d’une critique légère et passagère, mais une analyse profonde murement méditée, qui exige de notre part une attention particulière.

2. Contextualisation d’une critique
Sur le plan historique, Bennabi, décrit bien l’évolution qu’a connue la scène politique Algérienne, depuis les années vingt du siècle passé, jusqu’à la fin des années quarante.
Une lecture critique de l’analyse de Bennabi, n’est pas une tâche aisée, car il est difficile de refaire l’histoire en se basant sur des hypothèses , bien quelles semblent être fondées pour notre cas précis, sur une parfaite connaissance de l’Histoire et des lois sociales.
Bennabi, semble défendre l’idée, que l’Association des Oulémas, en observant certaines conditions, aurait pu demeurer la première et la plus agissante force morale et politique du pays.
Dans ce cas d’hypothèse, l’Association s’attaquant méthodiquement aux causes de la « colonisabilité » du peuple Algérien, aurait mis fin au « colonialisme » inéluctablement.
Bennabi n’explicite pas comment et en combien de temps, cette loi produira ses effets sur le cas Algérien, mais pour lui, c’est non seulement la seule voie à suivre pour se débarrasser du colonialisme, mais de surplus elle seule peut créer les conditions d’une authentique Renaissance.
Si sur le plan théorique, la thèse de Bennabi semble « imparable », cependant sur le plan pratique, elle se heurte à des réalités sociales et politiques complexes et en perpétuelle mutation, et c’est ce qui distingue en fin de compte la loi sociale de la loi physique.
L’Association des Oulémas a toujours été confrontée à un dilemme doctrinal inextricable à savoir, comment agir à travers la légalité coloniale pour combattre le colonialisme tout en essayant ne pas compromettre les acquis et ne pas offrir à l’Administration coloniale les prétextes lui permettant d’empêcher légalement son action.
D’ailleurs, l’action de l’ensemble des acteurs politiques Algériens, s’inscrivait dans le cadre de la légalité coloniale, qu’il s’agisse du PPA, de l’UDMA ou des Oulémas, mais cette dernière se distinguait par le fait de ne pas être un Parti politique, et que sa mission principale était l’Enseignement.
La préservation des acquis en rapport à son action dans le domaine de l’Enseignement, l’obligeait à une certaine retenue dans le domaine politique, l’amenant à se confiner dans une posture de prudence, ce qui n’était pas le cas du PPA, qui à opté pour un choix différent.
Concernant l’aile « Bourgeoise », celle de Bendjelloul notamment, il semble bien que Bennabi a vu juste, mais concernant Ferhat Abbas, il est difficile d’accepter sans réserve son jugement.
A partir du débarquement américain en Algérie, et l’élaboration du Manifeste du peuple algérien, Ferhat Abbas et son Parti ont montré qu’ils étaient prêts à opérer une rupture quasi radicale avec les conceptions et pratiques d’avant-guerre, et il n’est pas fortuit que Ferhat Abbas soit plus tard désigné premier Président du GPRA.
La Révolution Algérienne sera proclamée par une poignée de militants issus certes du PPA-MTLD, mais se réclamant d’une nouvelle structure politique le FLN, de nature révolutionnaire, agissant en dehors de la légalité coloniale, prônant l’action armée comme moyen pour recouvrir l’Indépendance du pays.
Le PPA-MTLD le courant de Ferhat Abbas « l’UDMA » et les Oulémas, rejoindront les rangs du FLN naissant, qui dans des conditions psychologiques, sociales et politiques qui se sont avérées cette fois-ci propices pour une action d’une telle ampleur et d’une telle gravité.
Ces conditions politiques, sociales et psychologiques sont le résultat d’un long combat de l’ensemble des forces Algériennes, avec un travail de fond, déterminant fait par l’Association des Oulémas surtout dans les années trente, un sursaut salutaire et conséquent du courant de Ferhat Abbas au début des années quarante, et enfin une grande détermination et un courage exemplaire du Mouvement Messaliste après la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
Conclusion
En conclusion de cette réflexion, il nous semble que l’enseignement le plus précieux que nous offre Bennabi à travers sa critique à l’endroit de l’Association des Oulémas, est substantiellement de nature positive et constructive.
C’est un véritable plaidoyer pour une action historique qui vise à opérer de « profondes transformations de notre-être: chacun devant être réadapté, peu à peu, à ses fonctions sociales et à sa dignité spirituelle » , et seul un mouvement social avec des voies doctrinales bien définies , ayant intégré dans son ordre doctrinal l’idée religieuse en tant que facteur déterminant pour le changement , et ayant pour but la transformation des âmes, réalisera la transformation sociale aspirée : la Renaissance.

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Voir l’excellente étude du Dr Youssef Girad « Le cheikh Abd el-Hamid Ben Badis vu par Malek Bennabi ».
https://oumma.com/le-cheikh-abd-el-hamid-ben-badis-vu-par-malek-bennabi-/21/06/2017 et 28 /06/2017
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, édition ANEP, 2005, P 5
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, p29
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, P 33
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, p64
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, P 22
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, p28
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance 32
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, P 33
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, p 28 et 29
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance 28
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance P35
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance P 35
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance 31
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance P34
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance P 34
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance P 11 et 12
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance P 33
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, p28 et 29
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, p32
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, p29
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, P 32
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, P39
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, P 38
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, p 83
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance, p29
Malek Bennabi, Mémoires d’un Témoin du siècle, Samar, 2006, p 212
Malek Bennabi, Mémoires d’un Témoin du siècle 186
Malek Bennabi, Mémoires d’un Témoin du siècle 186
Nour-eddine Boukrouh, Pensée de Malek Bennabi : Les Oulémas algériens, Le Soir d’Algérie, Jeudi 14 janvier 2016
Malek Bennabi, la lutte idéologique dans les pays colinisés, ed el borhane, 2004,P 75
Malek Bennabi, Mémoires d’un Témoin du siècle, p210
Malek Bennabi, Mémoires d’un Témoin du siècle, p211
Malek Bennabi, Mémoires d’un Témoin du siècle, p 165
Malek Bennabi, Mémoires d’un Témoin du siècle p 165
Malek Bennabi, Mémoires d’un Témoin du siècle p 219
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance p 64
Malek Bennabi, Mémoires d’un Témoin du siècle p 210
Le comment sur le plan pratique (programmes)…sur le plan théorique voir son livre « les conditions de la renaissance »
(Hormis Messali et ses fidèles)
Malek Bennabi, les conditions de la renaissance ,P 33