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Al-Quds Quand mettrons-nous fin au bal des hypocrites ? Par : Youcef girard

La décision de Donald Trump de déplacer l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à al-Quds a provoqué l’indignation d’une grande partie de la planète. Le Président étasunien compromettrait le « Processus de paix » ! Il porterait l’orage dans un ciel que l’on aimerait nous présenter comme bleu !
Mais de quoi parle-t-on exactement ? Depuis quand les États-Unis sont-ils « neutres » dans la lutte de Libération nationale palestinienne et arabe contre la colonisation sioniste ?

Les États-Unis sont depuis plusieurs décennies le principal soutien de l’entité sioniste. Rappelons simplement quelques faits récents faisant suite à la signature des Accords d’Oslo (1993) qui devaient conduire à la « paix » entre Palestiniens et « Israéliens » :
– Sous l’administration du démocrate Bill Clinton l’aide étasunienne en faveur de l’entité sioniste fut portée à 2,4 milliards de dollars par an.
– En 2007, sous le présidence du républicain Georges W. Bush, les États-Unis accrurent de 25% leur aide militaire la portant à 3 milliards de dollars chaque année, soit 30 milliards de dollars sur la période 2009-2018.
– Jugeant ce soutien insuffisant, en 2016, le Président démocrate Barack Obama s’est engagé à accorder à son allié sioniste une aide militaire de 38 milliards de dollars entre 2019 et 2028.

Ce petit rappel historique permet de comprendre que les États-Unis ne sont nullement « neutres » dans ce conflit. Ils font en réalité pleinement partie du processus de colonisation de la Palestine et de la Nation arabe. Alors que change réellement la décision de Donald Trump par rapport à la position de ses prédécesseurs ?

En prenant cette décision, le Président étasunien ne fait qu’appliquer une loi votée par le Congrès étasunien en octobre 1995 à une écrasante majorité des élus démocrates et républicains : 93 voix contre 5 au Sénat et 374 contre 37 à la Chambre des représentants. Cette décision reconnaît la légitimé de l’annexion de Jérusalem-Est et fait de la troisième Ville Sainte de l’Islam la capitale « indivisible » de l’entité sioniste aux yeux de la première puissance mondiale. La décision étasunienne viole ainsi les droits du peuple palestinien, de la Nation arabe et de la Communauté musulmane sur al-Quds.

Cette décision est donc une avancée supplémentaire dans le processus de colonisation sioniste de la Palestine mais certainement pas une rupture avec la politique historique des États-Unis. La décision de Donald Trump s’inscrit en fait pleinement dans la continuité de la politique pro-sioniste de ses prédécesseurs.

Le Président étasunien se permet simplement aujourd’hui de pousser plus avant le processus de colonisation en raison de la faiblesse et de la division des Palestiniens, des Arabes et des Musulmans. Ce contexte favorable aux États-Unis et à son allié sioniste permet à Donald Trump d’ignorer les enjeux internationaux de sa décision pour donner la priorité à l’enjeu national que représente Jérusalem en politique intérieure étasunienne.

Pour Donald Trump, la décision de transférer l’ambassade des États-Unis est avant tout une manière de satisfaire les Églises évangéliques. Principal pilier du sionisme chrétien, les Églises évangéliques perçoivent la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale de l’entité sioniste comme un impératif biblique devant permettre la seconde venue du Christ. Comptant plusieurs dizaines de millions de fidèles aux États-Unis, le soutien de ces Églises est un enjeu électoral majeur dans la vie politique étasunienne car elles peuvent faire et défaire les majorités.

Si la décision de Donald Trump s’inscrit dans la continuité de la politique de ses prédécesseurs, elle a au moins le mérite paradoxal de déchirer le voile de l’hypocrisie consistant à présenter les États-Unis comme un acteur neutre ayant pour but de favoriser un soi-disant « processus de paix ».

Alors « ne perdons pas de temps en stériles litanies » sur la paix et la coexistence entre colons et colonisés, arrêtons d’accepter le jeu de dupe consistant à vendre la légende d’un hypothétique « processus de paix ». Car entre le colon et le colonisé « il n’y pas de conciliation possible, l’un des termes est de trop ». Les États-Unis restent l’ennemi principal de la Nation arabe et de la Communauté musulmane. L’État sioniste est « un danger pour la Nation musulmane qu’il souhaite dominer » et « la » canne » sur laquelle s’appuie l’Occident ».

Partant de cette réalité objective, il est nécessaire de prendre la mesure du conflit dans lequel la Nation arabe et la Communauté musulmane sont engagées. Dans un communiqué faisant suite à la décision de Donald Trump, le Mouvement du Jihad Islamique en Palestine (MJIP) a appelé les Arabes et les Musulmans à « cesser de prendre les États-Unis pour alliés ou amis » car ils ont décidé de s’allier « entièrement avec l’entité sioniste, dans ses agressions et son terrorisme contre le peuple palestinien et la Nation islamique, en déclarant que al-Quds serait la capitale d’« Israël » ». Au niveau palestinien, le MJIP a demandé de renoncer à toute forme d’accommodement avec l’ennemi, notamment en repoussant les Accords d’Oslo de 1993 et les engagements en découlant comme la « coordination sécuritaire » entre l’Autorité palestinienne, l’entité sioniste et les États-Unis. Diplomatiquement, le MJIP a demandé « la rupture des relations déclarées ou non avec l’entité sioniste, et de cesser toute normalisation avec lui, de fermer ses ambassades et ses représentations présentes dans les capitales arabes ». Au niveau populaire, le MJIP a appelé tous les Arabes et tous les Musulmans à « agir pour renforcer la résilience du peuple palestinien » et à « soutenir la résistance à l’occupation sioniste », notamment en menant des campagnes de boycott de l’entité sioniste.

Au delà de ces actions concrètes, la décision du Président étasunien nous rappelle que la résistance est la seule voie permettant réellement la Libération des peuples vivant sous le joug de l’Occident car l’impérialisme ne se privera jamais de piétiner ceux qui cherchent une quelconque forme d’accommodement avec lui. Comme l’écrivait Patrice Lumumba avant de mourir, « sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres ».

Y.
1 Frantz Fanon, Les damnés de la terre, Paris, Ed. Gallimard, 1991
2 Ibid.
3 Mounir Chafik, L’Islam et les défis du monde contemporain, Beyrouth, Albouraq, 1995, page 251
4 « Communiqué du Mouvement du Jihad Islamique en Palestine en réponse à la décision américaine », 7 décembre 2017, URL : http://www.ism-france.org/analyses/Communique-du-Mouvement-du-Jihad-Islamique-en-Palestine-En-reponse-a-la-decision-americaine-article-20462
5 Patrice Lumumba, « Dernière lettre à sa femme », novembre 1960