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LES SAVANTS MUSULMANS «L’ASTRE IDEAL» : «wa el 3akibatou li el moutakine»/ Par : Liesse Si Chaib

Né pendant la période coloniale, Bennabi a ouvert les yeux et grandit aux milieux des injustices et des misères (misère matérielle et misère intellectuelle) que le colonialisme faisait subir à son peuple.
Bouleversé et révolté par cette situation , c’est comme s’il n’était obsédé que par une seule question : « Que dois-je faire pour mon peuple ?».
Je pense que c’est à partir de là qu’est né chez lui cette vocation de penseur réformiste qui se sent comme investi d’une mission divine ( comme le dit Abderrahmane Benamara), celle d’aider à faire sortir ces concitoyens de leur état de colonisabilité puis de colonisés .
Et c’est probablement à partir de là qu’est né chez lui cet intérêt et ce souci de la recherche du chemin vers la civilisation et son étude assidue et approfondie des questions civilisationnelles.
Très perspicace et fin observateur de la société , à partir d’une anodine anecdote ou d’un simple fait divers qui pouvait nous sembler tout à fait banal , Bennabi pouvait en tirer beaucoup d’ enseignements et développer des réflexions très profondes sur l’état de la Nation et de la Oumma.
Malek Bennabi était peut être dur et cru dans le propos, mais c’était la gravité de la situation qui exigeait de lui cette intransigeance et cette sévérité dans le diagnostic et dans le constat . Il disait à cet effet : « Ne soyons ni pessimistes ni optimistes, mais simplement objectifs pour faire le bilan » . Cette objectivité était pour lui une question de vie ou de mort.
Pour le bien de son pays , et quand il s’agissait de dénoncer certaines pratiques, bousculer certaines mentalités et éveiller les consciences, ses appréciations et ses réflexions étaient sans concession et sans complaisance.
Ses propos mettaient mal à l’aise . Il dérangeait. Il dérangeait ceux qui continuaient à rêvasser à un passé glorieux sans rien préparer pour l’avenir, il dérangeait ceux qui avaient vu en lui un danger pour leurs privilèges et leurs biens (mal) acquis.
Et il continue de déranger même à titre posthume.
Il était aussi connu pour son sens de l’humour à la Bernard Shaw qu’il utilisait avec finesse pour fustiger et brocarder les adeptes de l’idée morte et ceux de l’idée mortelle, il n’a épargné ni les communistes, ni les boulitiques ,ni les intellectomanes ,ni les ALPHAbètes, ni les zaimaillons… , tout le monde y passait , car Bennabi exécrait la médiocrité et les médiocres quels qu’ils soient .
C’est vrai qu’il était dure et sans concession dans son « réquisitoire » mais il n’était ni médisant ni, mauvaise langue , ni encore moins pessimiste .
Malek Bennabi restait foncièrement optimiste , malgré toutes les tuiles qui lui tombaient sur la tête et malgré les nombreux croches pieds qu’on lui faisait du temps de Monsieur X et bien après . Il tenait cet optimisme dans sa foi et dans sa profonde confiance en la Miséricorde et le soutien d’Allah pour les croyants.
Abdelwahab Hamouda (rahimahou Allah) qui a rapporté cette anecdote disait qu’à la fin des cours qu’il dispensait chez lui et en saluant ses « élèves » sur le seuil de sa porte quand ils repartaient , Bennabi avait l’habitude de leur dire : « wa el 3akibatou li el moutakine » (en arabe) .
Très au courant des obstacles et des embuches qui jonchent et qui entravent le dur et long chemin de la Nahda et connaissant parfaitement les pratiques malveillantes de ceux qui voulaient nous maintenir dans cet état de sous développement , Bennabi à écrit un sublime texte intitulé « l’astre idéal » , texte plein de promesses et d’optimisme que je vous invite à lire et que je reprends ici pour terminer cette modeste contribution :

« Compagnons ! Voici l’heure où le pale reflet de l’aurore glisse entre les étoiles de l’Orient.
Tout ce qui va se réveiller s’agite déjà et frissonne dans l’engourdissement et les oripeaux du sommeil.
Tout à l’heure, l’Astre idéal se lèvera sur ton labeur, déjà commencé, dans la plaine où repose encore la cité endormie la veille.
Les premiers rayons du jour nouveau porteront très loin , plus loin que tes pas, l’ombre de ton geste divin, dans la plaine où tu sèmes.
Et la brise qui passe maintenant portera plus loin que ton étape , dans le sillon qui va loin.
Quelques voix appellent déjà ; les voix que ton pas a réveillés dans la cité lorsque tu partais à ton labeur matinal.
Ceux qui, à leur tour se sont réveillés vont te rejoindre tout à l’heure.
Chantes ! Mon frère le semeur, pour guider, de la voix les pas qui viennent dans l’obscurité de l’aurore, vers le sillon qui vient de loin.
Que ton chant joyeux retentisse comme celui des Prophètes, jadis, quand ils chantaient d’autres aurores aux heures propices qui enfantent des civilisations.
Que ton chant retentisse plus fort que le chœur vociférant qui s’est levé là-bas…
Car voila , on installe maintenant à la porte de la cité qui se réveille, la foire et ses amusements pour distraire et retenir ceux qui viennent sur tes pas.
On a dressé tréteaux et tribunes pour bouffons et saltimbanques afin que le vacarme couvre les accents de ta voix.
On a allumé des lampes mensongères pour masquer le jour qui vient et pour obscurcir ta silhouette dans la plaine où tu vas.
On a paré l’idole pour humilier l’idée.
MAIS L’ASTRE IDEAL POURSUIT SON COURS , INFLEXIBLE. IL ECLAIRERA BIENTOT LE TRIOMPHE DE L’IDEE ET LE DECLIN DES IDOLES COMME JADIS… A LA KAABA ».

L.S.CH.