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BENYOUCEF BEN KHADDA INTELLECTUEL AUTHENTIQUE ET ENGAGE Par : Mahi TABET AOUL

« La renommée d’une personne se mesure au regard intérieur de sa famille, de ses amis et de sasociété mais surtout au regard extérieur porté sur lui par ceux qui cherchent à le connaître ou par ses ennemis.
Pour percevoir la crédibilité et l’influence de B.Y Benkhedda, durant la Guerre de Libération, on peut se référer, du point de vue historique, à deux repères précis qui suffisent par eux-mêmes.
Le premier date de mars 1955 où en prison, et avant même qu’il n’adhéra au FLN, il a reçu l’émissaire français qui le sollicita au sujet des voies et moyens pour nouer le dialogue avec le FLN.
Le second date de 1961 où il fut désigné, par ses pairs, Président du GPRA et superviseur des négociations ayant abouti à l’indépendance de l’Algérie. Ainsi l’itinéraire de B.Y Benkhedda, durant la Guerre de Libération, s’acheva par où il avait commencé».

RESUME
B.Y.Ben Khedda figure parmi les rares intellectuels algériens qui ont eu le courage de s’engager dans le long et dur combat pour la Libération de la Nation, que ce soit sous la colonisation, le long de la Guerre de Libération ou la période qu’il a vécue après l’indépendance et ce, de façon continue et pacifique. Il eut le courage de lutter, parfois tout seul, contre les dérives des tenants du pouvoir qui tentèrent de lui imposer, par la force, la loi du silence. L’objet de notre intervention est d’analyser l’authenticité et l’engagement de lucidité, de rationalité et de flexibilité sans pareilles. B.Y.Ben Khedda est digne des grands hommes qui ont fait l’Histoire de leur Nation.

AUTHENTICITE DE BENYOUCEF BENKHEDDA

L’authenticité signifie, chez une personne, l’existence de valeurs solidement ancrées et le choix du moyen pratique pour les réaliser
B.Y Benkhedda avait une Foi islamique profonde et était un pratiquant assidu. Il considérait que le respect de l’Islam et de la langue arabe était une obligation pour tous les Algériens, à l’instar d’Ibn Badis. Même s’il a été formé à l’école et à l’université française, Il a toujours défendu la Déclaration du 1er Novembre 1954 : « La restauration de l’Etat algérien souverain démocratique et social dans le cadre des Principes islamiques ».
Pour situer l’authenticité de B.Y Benkhedda, Il faut le comparer avec deux grands personnages de son époque : Abdelhamid Ben Badis et Malek Bennabi. Ils étaient tous des croyants convaincus et pratiquants. Ils ne se distinguaient que par le choix du moyen d’action. C’est aussi l’occasion de relativiser notre jugement sur ces trois personnages pour la simple raison qu’ils ont tous contribué à la prise de conscience du peuple algérien et à la préparation du combat libérateur de la Nation.

B.Y Benkhedda avait une vocation politique et militait au sein du Parti PPA-MTLD. A. Ben Badis avait une vocation éducative à travers l’Islahisme et M.Bennabi avait une vocation sociale. Nous allons éviter volontairement de parler de la valeur intrinsèque du moyen d’action de chacun de ces personnages, ni des critiques qui ont été portées par l’un contre l’autre ou par d’autres. Il arrivait parfois que l’un d’eux rendait hommage à l’autre. Ces personnages croyaient fermement au bien fondé de la voie qu’ils avaient choisie. Face à un colonialisme féroce et destructeur, la tâche était immense et gigantesque. Chacun de ces personnages avait choisi son propre chemin en fonction de sa propre perception du contexte colonial et de sa stratégie pour atteindre le but qu’il avait visé. Aucun d’eux n’avait la capacité de lutter tout seul sur tous les fronts.
De notre point de vue, la culture, la politique et le social sont trois dimensions qui caractérisent et différencient une Nation par rapport à une autre. Si des différences peuvent exister au niveau des individus, elles peuvent converger, du point collectif et de façon bénéfique, grâce à leur complémentarité et leur synergie. Si un même personnage avait chapeauté ces trois dimensions, il aurait été plus facile pour le colonialisme de le neutraliser facilement et de mettre fin, d’un seul coup, au développement de ces trois dimensions. On cite souvent le proverbe qui dit « Qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». Comme preuve de mes propos, l’échec de l’Algérie indépendante ne peut s’expliquer que par le fait du pouvoir militaire qui s’est attelé, dés les premiers jours de l’indépendance, à éliminer, au nom d’un pseudo alibi d’un soi-disant intérêt social, toutes les organisations politiques, culturelles et associatives qui existaient avant l’indépendance pour s’approprier ces trois dimensions. A cet effet, Il avait réussi à soudoyer les pseudos élites de l’époque pour lui servir d’esclaves dociles, d’instruments pour asseoir son régime et de l’aider à régner en maître absolu sur le pays. A Ben-Badis étant déjà mort, B.Y Benkhedda comme Malek Bennabi n’avaient jamais accepté de cautionner le pouvoir usurpateur. Ils durent subir les affres de la répression et la descente aux enfers.
La vocation politique de B.Y Benkhedda portait sur la recherche de l’Unité nationale, l’indépendance du pays, l’organisation des masses populaires, le choix de la lutte armée, la motivation populaire et le développement de l’esprit de sacrifice. Même, s’il privilégiait la voie politique, B.Y Benkhedda avait une conscience profonde de la dimension culturelle et des tares sociales provoquées, en grande partie, par la stratégie coloniale de déculturation de l’Algérien. Ainsi, il disait «les Algériens n’avaient qu’un seul objet : chasser l’occupant et récupérer leur Identité culturelle ». Il militait pour un Islam pratique. Il affirmait : « L’Islam ne manquera pas …d’être un puissant facteur de rassemblement, cimentant la volonté des Algériens et unifiant leur élan dans le combat contre le colonialisme ».
Sur la raison de la création de son Parti à base religieuse « EL-OUMMA », après les émeutes d’octobre 1988, il répondit « La révolution culturelle a été inspirée de modèles étrangers importés de l’Est et de l’Ouest, au détriment de notre patrimoine national et de nos valeurs civilisationnelles islamiques. Celles-ci ont été quasiment absentes de notre systèmes socio-éducatif ».
B.Y Benkhedda a toujours privilégié la recherche de la vérité et l’autocritique. Il n’hésitait pas à se poser la question de la portée et de la validité de ses propres actes. Sur sa décision d’écrire l’Histoire, il affirmait : «Si j’écris, je ne doute pas que je commettrais probablement des erreurs. Mais si je n’écris pas, je commettrai une faute plus grande encore : je permettrais, par mon silence et ma passivité, la perpétuation de fables et de légendes sur ce que je sais et que je peux rapporter avec le maximum d’exactitude dont je suis encore capable……..la meilleure manière de faire le lit du mensonge, c’est encore de se taire ».
Pour preuve et historiquement parlant, B.Y Benkhedda a été la première personnalité algérienne reconnue par la France coloniale, compte tenu de son militantisme pour la cause nationale et de sa grande renommée au sein du peuple algérien. Ainsi, i le 1er mars 1955, avant même qu’il eut adhéré au FLN, il reçut, en prison, l’émissaire français (commandant Monteil) qui lui demanda quelles pouvaient être les mesures susceptibles de nouer le dialogue avec le FLN. Il fit savoir à son visiteur que les seules personnes qualifiées pour discuter avec les autorités françaises du Statut futur de l’Algérie étaient les dirigeants du FLN. Néanmoins, Il avait suggéré à l’émissaire français que si la France était réellement désireuse de négocier, elle devrait, en gage de bonne volonté, libérer la totalité des Algériens arrêtés ou assignés à résidence depuis le 1er Novembre 1954. Il fit trois propositions : l’application du Statut de 1947 par l’organisation d’élections libres, la libération des principaux leaders nationalistes et l’introduction de nouveaux rapports entre l’administration et les Algériens. On voit ainsi que B.Y Benkhedda ne manquait pas de courage ; ce qui ne pouvait émaner que de convictions profondes qui se traduisaient par une vision claire et sans faille du but à atteindre. Ces trois propositions, même si elles peuvent paraitre insuffisantes, remettaient en cause tout l’édifice colonial basé sur la discrimination raciale et l’imposition d’un Statut d’infériorité aux Algériens.
B.Y Benkhedda était humble et modeste. Son passé de Secrétaire Général du PPA-MTLD, entre 1951 et 1954, ne l’a nullement empêché de se mettre, en toute simplicité et en toute humilité, sous les ordres d’Abane, son ex-subordonné, à sa sortie de prison en mai 1955. A une question d’un journaliste qui lui posait une question sur les « couleurs de l’enfance d’un chef », il répondit « Vous parlez de «chef». Je me considère comme militant de la Cause nationale, c’est tout ».

ENGAGEMENT DE BENYOUCEF BENKHEDDA

L’engagement est la conformité des actes avec les convictions en tout temps et en tout lieu.
L’œuvre de B.Y Benkhedda a consisté à défendre les valeurs islamiques et la langue arabe, l’unité des forces vives de la Nation avant et après l’indépendance, la vérité historique et la démocratie, à s’opposer au culte du chef (Zaimisme) qu’il considérait comme l’ennemi de la démocratie et faire respecter l’honneur de ses compagnons de combat. Il alla jusqu’à porter plainte et intenter un procès contre Ali Kafi pour diffamation de son ami et chahid Abane Ramdane. C’était aussi un responsable éclairé, stratège, réaliste, consensuel et visionnaire. En octobre 1990, lors de l’ouverture politique et l’avènement du multipartisme, il disait que « La démocratie est une denrée précieuse qu’il faut manier avec soin au risque de la perdre ». Il faisait passer l’intérêt national avant son intérêt personnel. Aux premiers jours de l’indépendance et même s’il jouissait de la légitimité révolutionnaire, il a préféré plutôt céder son pouvoir que de faire couler le sang des Algériens et éviter, comme il le disait lui-même, la congolisation de l’Algérie.
B.Y Benkhedda n’a jamais eu peur ou hésité à prendre position, lors d’évènements majeurs qui risquaient d’hypothéquer le combat pour la libération du pays ou son devenir après l’indépendance. Ce qui explique ses prises de décision, lors de nombreuses crises qui ont secoué le PPA avant 1954, le GPRA entre 1954 et 1962 et son opposition pacifique au dirigisme et diktat imposé par le pouvoir après l’indépendance. Il osa, tout seul et parfois avec ses anciens et fidèles amis de combat, affronter la mainmise des tenants militaires sur le FLN avant et après l’indépendance.

ENGAGEMENT AVANT 1954

B.Y Benkhedda adhéra au PPA en 1942. Son premier engagement contre le colonialisme date de 1943 où avec dix de ses amis lycéens encore adolescents. Il mena campagne contre la conscription forcée des Algériens. Il avait refusé d’être incorporé dans l’armée française qui combattait pour une cause qui n’était pas la sienne. Cet évènement est connu sous le nom des « 10 Insoumis de Blida ». Ainsi, Il découvrit avec ses camarades l’emprisonnement et la torture pour avoir refusé d’être enrôlé. Fin 1947 il accédait à la Direction du PPA-MTLD. Il assista au Congrès du Parti tenu les 15 et 16 février 1947 qui décida la création de l’OS (Organisation spéciale),
Toujours convaincu de l’importance de l’unité de combat, il encouragea le renforcement de la solidarité maghrébine à travers l’adoption du Pacte Nord-Africain le 3 février 1952 afin de renforcer l’union et la concertation dans l’action afin de libérer le Maghreb du joug colonial et d’instaurer des Etats souverains et démocratiques conformément à la Charte des Nations Unies.
En 1954 et en tant que Secrétaire Général du Parti PPA-MTLD, il déploya de grands efforts pour circonscrire le différent entre Messali Hadj et le Comité Central du Parti afin de sauvegarder l’unité du Parti. Il s’opposa à la décision du CRUA (Comité Rrévolutionnaire pour l’Unité et l’Action), né à la suite de la scission du Parti entre Messalistes et Centralistes, au sujet de la date du déclanchement de la lutte armée de Libération. Le CRUA était connu sous le nom du « Groupe des 22 » formé par les anciens de l’OS. B.Y Benkhedda refusait une action engagée dans la hâte et la précipitation. D’autre part, il était partisan d’une stratégie unitaire et regrettait que l’aile activiste du PPA-MTLD, ne veuille compter que sur elle-même en court-circuitant délibérément les autres forces populaires capables d’apporter une adhésion décisive à l’insurrection. Ayant analysé l’échec des divers soulèvements, dans le passé, Il voulut mettre sur pied un appareil de combat minimum, en désignant une Direction et en élaborant une Plate-forme d’union. Il disait souvent « Jusqu’au début XXIème siècle, les soulèvements des populations en vue de se libérer contre le colonialisme ont toujours été matés par l’occupant à cause notamment du manque d’Unité nationale entre Algériens ».

ENGAGEMENT AU SEIN DE LA REVOLUTION 1954 ET 1962

A sa sortie de prison en mai 1955, B.Y Benkhedda constitua avec Abane et Ben Mhidi la principale Direction politico-militaire de la Zone Autonome d’Alger engagée dans une héroïque Résistance révolutionnaire. Au cours de la Bataille d’Alger, il n’hésitait pas à prendre des risques énormes pour servir d’exemple à ses compagnons de combat même si parfois c’était au péril de sa vie. En cas de besoin, il agissait avait courage et un sang froid sans pareil pour franchir le réseau maillé de l’armée française. Il faisait partir de ces rares intellectuels qui se sont débarrassés du complexe de supériorité pour être de simples soldats au service de la Révolution.
B.Y Benkhedda dénonça la «dérive», à partir de la mort d’Abane Ramdane, de certains dirigeants de la Révolution qui n’ont jamais pardonné à Abane son fameux principe de la primauté du politique sur le militaire. B.Y Benkhedda disait au sujet de l’assassinat de Abane « Son exécution, au mépris de la légalité révolutionnaire, constitue un camouflet innommable aux principes et valeurs de Novembre. En fait, elle représente le premier coup d’Etat qu’a enregistré notre Révolution. Ce sont, en effet, les chefs militaires, membres du CCE élargi en Août 1957, qui, après s’être sommairement débarrassé d’Abane, se sont adjugé l’intégralité du pouvoir du FLN. Abane n’eut pas droit à un procès équitable. Aucune instruction ou procédure à son encontre, aucun tribunal formé de ses pairs pour le juger. Depuis, la réalité de ce pouvoir n’a plus échappé aux militaires. Et c’est là le tournant tragique de la Révolution. C’est là la déviation. Désormais, le pouvoir est entre les mains des militaires qui le garderont pour de bon, et la déviation se poursuivra par la permanence des coups d’Etat. En 1959, c’est un deuxième coup d’Etat qu’ils opèrent en forçant le GPRA à remettre ses pouvoirs à l’Assemblée des 10 colonels réunis à Tunis (août-décembre 1959) ».
Membre du GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) depuis 1958, il est désigné en 1961 par ses pairs à la tête du GPRA, il hérite de la crise profonde entre le GPRA et l’EMG (Etat Major Général). Malgré la persistance de l’opposition de l’EMG qui continua d’accuser le GPRA de connivence avec le gouvernement français, B.Y Benkhedda continua à piloter les Négociations jusqu’aux Accords d’Évian en 1962 qui mirent fin à la Guerre d’Algérie. C’est à lui que revint le privilège de conduire l’Algérie à l’indépendance et l’honneur de prononcer le discours du Cessez-le-feu avec l’ennemi.

ENGAGEMENT APRES 1962

La crise de 1962 est une crise provoquée par les militaires de l’ALN qui voulaient s’approprier le pouvoir. Voilà comment B.Y Benkhedda expliquait les causes de cette crise : « Certains officiers qui ont vécu à l’extérieur n’ont pas connu la guerre révolutionnaire comme leurs frères du maquis, guerre basée essentiellement sur le peuple et dont l’ALN n’a été que le fer de lance… Ces officiers, qui sont restés pendant la durée de la guerre aux frontières tunisienne et marocaine ont souvent eu tendance à ne compter que sur la force des armes. Cette conception dangereuse conduit à sous-estimer le rôle du peuple, voire à le mépriser et créer le danger de voir naitre une féodalité ou une caste militariste ». En sa qualité de Président du GPRA, Benkhedda a vécu la crise comme un drame personnel. Il en témoignera en ces termes : « Au lendemain de notre entrée à Alger, j’étais personnellement disposé à affronter l’EMG. ……………Entre temps, les choses avaient rapidement évolué dans un sens néfaste. Je mesurais les effets dévastateurs d’une pareille option. La guerre froide qui battait son plein se serait installée en Afrique du Nord. …… Le spectre de la désintégration brutale d’un État mort-né, sitôt admis au sein de la Communauté internationale, nous tourmentait singulièrement. Ceux de Tlemcen ne paraissaient nullement conscients du péril d’une [possible] congolisation, obnubilés par le pouvoir qu’ils fussent. C’est dans ces conditions que fut inauguré le régime du Parti unique, tendant à exclure de la gestion du pays toute opposition ou contestation là où il voyait une entrave à sa marche vers le pouvoir hégémonique qui va se poursuivre pendant trois décennies. ». Pour ma part, je peux confirmer, à travers ce que j’ai vécu personnellement, la crainte et l’appréhension de B.Y Benkhedda lors de son affrontement avec l’EMG. Pour preuve, Je peux relater à cette époque l’empressement de l’Occident d’intervenir militairement contre Boumediene mais par Algériens interposés, compte tenu du contexte géostratégique qui prévalait alors. Pendant l’été 1962, la Fédération de France du FLN avait sollicité une cinquantaine de cadres à un regroupement qui a duré presque une semaine et où on devait décider s’il fallait intervenir militairement ou non contre les militaires qui se sont emparés du pouvoir. Ce regroupement portait le nom de « Conclave de Compiègne » auquel j’ai personnellement assisté. Faute de majorité pour prendre une décision, ce conclave s’est séparé sans prendre de décision. Même si au fond, beaucoup d’entre nous désiraient combattre les militaires, ils hésitaient à passer à l’action à cause du sentiment de lassitude du peuple algérien après plus de sept ans de lutte acharnée et de lourdes pertes humaines qu’il avait subies. Aux premières confrontations armées du mois de juillet 1962, le peuple est sorti pour manifester au cri de « Sept années suffisent » ou  » «سبع سنين بركات». Le peuple, sorti esseulé de la guerre, ne pouvait cette fois-ci accepter une nouvelle guerre entre ses propres fils.
B.Y Benkhedda a aussi dénoncé le choix du 5 juillet comme jour de l’indépendance, pour la simple raison qu’elle a été officiellement reconnue par la France le 3 juillet 1962. Les militaires, par démagogie, ont voulu imposer leur choix pour tromper le peuple en faisant croire que le mérite de l’indépendance revient à eux seuls et non pas au GPRA qui l’a fêtée le 3 juillet.
En 1976, B.Y Benkhedda a signé une déclaration conjointement avec les vétérans Ferhat Abbès, Lahouel et Kheireddine lors du Projet de la Charte Nationale et du conflit du Sahara occidental. Dans cette déclaration, il était précisé que la discussion et l’adoption de la Charte n’étaient pas du ressort du Président mais d’une Assemblée Nationale Constituante et souveraine élue au suffrage universel. Il était également question de la crainte de voir le conflit du Sahara occidental dégénérer en guerre qui plongerait le Maghreb dans une situation analogue à celle de l’Angola où les USA et l’URSS se battaient par Angolais interposés. Les conséquences de cette déclaration ont entrainé la mise en résidence surveillée de ses signataires pour trois ans ainsi que la nationalisation des pharmacies de B.Y Benkhedda et de Ferhat Abbès, de l’usine de plastique de Kheireddine et la suspension du salaire de Lahouel directeur de SONITEX.
En 1986, lors de la deuxième mouture de la Charte nationale, B.Y Benkhedda fit une déclaration que les quotidiens de l’époque avaient refusé de publier. Cependant, seul « Jeune Afrique » l’avait publiée à l’étranger. Il préconisait dans cette déclaration «Le dialogue entre le pouvoir et les principales sensibilités du pays afin d’amorcer des réformes». Encore une fois, son appel n’a pas été entendu
B.Y Benkhedda définissait ainsi son engagement « Le devoir de se solidariser avec le peuple nous oblige, malgré l’âge à reprendre le collier et à tenter de servir encore la Nation, dans la mesure de nos moyens »
Lors de l’avènement du multipartisme et à la tête de son Parti « EL OUMMA », il appelait « A l’union de toutes les forces qui constituent ce courant islamique, sous la forme de regroupement. Nous avons préféré ce terme à celui d’alliance parce qu’il s’applique aux membres d’une même famille »

CONCLUSIONS

Il n’y a pas mieux que de terminer en citant l’approche préconisée par B.Y Benkhedda « Nous vivons une époque où les problèmes s’interpénètrent. Comme on dit le monde est devenu un grand village. La civilisation occidentale que nous continuons à subir, a tenté d’imposer à toute la planète sa vision matérialiste du monde. C’est une civilisation sans âme. Le rôle de notre jeunesse est de se libérer de l’emprise de cette vision et de revenir aux valeurs qui ont fait la grandeur de la Civilisation musulmane et de notre force au cours de la lutte de Libération. Elle doit apprendre à compter sur elle-même avant l’Etat pour survivre, s’instruire, approfondir sa foi, s’organiser pour défendre ses droits avec l’amour du travail et agir en fonction de l’intérêt de la Communauté »
Les générations présentes et futures sauront mesurer, à sa juste valeur, un homme qui a mis toute sa vie au service de son pays, sans renier ses valeurs et même parfois en prenant le risque de s’exposer à toutes sortes de brimades avec le seul but de défendre sa Nation, sa vérité sur la Révolution ou l’honneur de ses compagnons d’armes.
M.T.A.