Actualité nationale

COMMENT UNIFIER L’ENSEIGNEMENT DE LA LANGUE AMAZIGHE ? Par : Nadir LARDJOUNE

Après l’officialisation de tamazight comme langue nationale et la consécration de « Yanner » comme étant une fête nationale (journée chômée et payée) comme l’avait annoncé le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika le mercredi 27 décembre 2017, lors de la réunion du Conseil des ministres, mais la question que se posent à présent beaucoup d’Algériens est comment arriver à un consensus permettant l’unification des langues chaouie, kabyle, mosabite et celle des Touaregs qui composent la langue amazighe ?
« Yanner » est le premier jour de l’An amazighe. Le calendrier berbère (ou le nouvel An) coïncide avec la fondation de la XXIIème dynastie en 950 av. J-C par le pharaon numidien Shesfinong.
C’est le militant de la cause amazighe de Merouana (Batna) Amar Negadi (1943-2008) qui a eu l’initiative de proposer en 1980, une date pour le calendrier berbère à partir de 2968, correspondant au 12 janvier de chaque année.
L’EQUATION DES CARACTERES
L’Enseignement amazighe est devenu officiel dans le Système éducatif national et a commencé dès 1995, son introduction aux examens nationaux remonte à une décennie pour le BEM et neuf années pour l’examen du Baccalauréat.
Selon certaines sources, actuellement, 343 725 élèves bénéficient de l’enseignement de tamazight pour l’année 2017-2018. Le nombre de wilayas dispensant tamazight s’élève à 38 wilayas.
Concernant les caractères à adopter, les avis de spécialistes en linguistique diffèrent d’un Chercheur à un autre. Les initiés aux Recherches linguistiques soulignent que les Touaregs par exemple sont hostiles aux caractères latins et préfèrent le Tifinagh.

En revanche, Les Kabyles sont liés culturellement avec le latin ( il s’agit des spécialistes et non de la population kabyle). Les Chaouias et les Mozabites sont favorables aux caractères arabes.
Toutefois, la majorité des Spécialistes estime qu’excepté une petite minorité de chercheurs partisans de l’idéologie laïque, tous les acteurs de la Recherche linguistique sont favorables aux caractères arabes pour des raisons religieuses et spirituelles, sachant que la langue arabe est la clef de la compréhension de l’Islam.
Par ailleurs, selon certaines sources (Associations, société civil, Imams…), la grande majorité des Algériens souhaite l’adoption des caractères arabes pour consolider la cohésion sociale, raffermir l’Unité nationale et par la même occasion, éliminer aussi les gerbes culturelles imposées jadis par les autorités coloniales et qui sont antinomiques (les gerbes en question) avec l’Idéal islamique auquel aspire l’écrasante majorité des Algériens, d’autant plus que tout le monde sait que le latin véhicule une culture judéo-chrétienne.
Le Maroc par exemple a opté en 2003 pour la graphie en néo-tifinagh (Institut royal de la culture amazigh).
COMMENT UNIFIER LES VARIETES DE TAMAZIGHT ?
Selon le Directeur du Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight (CNPLET), Monsieur Abderrazak Dourari :
« Il faut crier une Académie qui doit être dotée de la personnalité morale et scientifique. Elle permettra de faire avancer une normalisation et un aménagement linguistique des variétés régionales d’une manière réfléchie et bien définie », en précisant que ce qui a été fait jusque-là est une normalisation à base de kabyle. Donc, précise-t-il, ce qu’on appelle aujourd’hui le tamazight ce n’est pas la langue kabyle, ni celle des Chaouias, ni celle des Mozabites, elle n’est pas non plus la langue des Touaregs, des Chleuhs, des Zennatas ou des Chanouis.

C’est une variété qui n’est pas naturelle. Elle est faite au laboratoire à partir du kabyle et cela pose problème dans d’autres régions berbérophones. Les gens ne se retrouvent pas dans cet Enseignement.
D’autre part, certains chercheurs estiment que pour résoudre l’équation des caractères, il faut normaliser chaque variété à part, et chacune de ces variétés doit être libre de choisir la graphie qu’elle veut du fait d’un attachement culturel à une graphie.
LES DIVERGENCES ENTRE LES SPECIALISTES
En revanche, le Chercheur Abderrahman Benamara remet entièrement en cause la méthode ou la manière par laquelle le calendrier (jour de l’An) amazighe a été choisi, selon lui par « les farceurs de la pseudo Académie berbère créée à Paris en 1966 qui, se fondant sur le son du mot « Yanner », ont décidé de se l’accaparer en le décrétant berbère ». Le même interlocuteur affirme que les initiateurs de l’An amazighe (Yanner) ont fait tout bonnement un véritable hold-up sur le calendrier romain et création ex-nihilo d’une ère débutant à partir de la prise du pouvoir d’un lointain pharaon égyptien.
Et d’ajouter : « Dans leur crasse ignorance (les créateurs de l’ère amazighe), ils ont cru que le début d’une ère pouvait être fixé arbitrairement. Or, le début d’une ère doit avoir une forte résonance dans le psychisme d’un peuple », conclut-il.

Comme on peut le constater à travers les fortes divergences qui existent entre les différents Chercheurs de la langue amazighe, et par voie de conséquence, l’absence de consensus à ce sujet inspire à beaucoup d’Algériens des appréhensions quant à l’unification de toutes les variétés de la culture amazighe susnommées.

La future Académie dont parlent certains milieux, pourra-t-elle aplanir ces divergences et trouver une solution consensuelle dans l’espoir d’éviter une autre éventuelle discorde nationale ?
L’Avenir nous le dira, néanmoins, il nous semble que la solution de ce projet national pourrait être largement facilitée, si tous les acteurs concernés par la recherche de cette solution mettront réellement et sincèrement l’intérêt suprême de l’Algérie au dessus de toutes les autres considérations qu’elles soient personnelles, culturelles, politiques ou idéologiques. Nous souhaitons que la solution à définir doive jouer le rôle de ciment pour soutenir indéfiniment tous les éléments de l’édifice arrosé par le noble Sang de tous nos Honorables Martyrs.
L’édifice en question ? C’est l’ALGERIE.
N. L.