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LETTRE OUVERTE AU M. ALI YAHIA ABDENNOUR Par : Mohamed DJABALLA

C’est toujours avec respect que j’évoque le nom de l’Algérien qui incarne le défenseur irréductible des droits de l’Homme. L’Homme Libre comme l’a bien dénommé le Dr Abbas Aroua. Il s’agit du grand Maître ALI YAHIA ABDENNOUR que Dieu lui prodigue santé et longue vie.
J’ai souvent lu avec attention et intérêt vos écrits et surtout votre livre –La Dignité Humaine- ou on découvre un défenseur dévoué et infatigable des droits humains surtout en regard de certains « prétendus démocrates » qui se sont faufilés un certain moment sous votre manteau et que vous êtes finalement arrivés à débusquer.
Aussi lors des deux visites que j’ai eu l’occasion de vous rendre en compagnie de nos amis communs, j’étais persuadé de connaitre un patriote de la première heure forgé à l’école du nationalisme et de la Révolution Nationale et auprès duquel j’avais appris des vérités historiques et des prises de position qui pouvaient éloigner tout soupçon de régionalisme ou quelconque particularisme culturel sectaire. Sans pour autant cautionner l’insistance avec laquelle vous voulez faire croire dans tous vos écrits que l’Amazighité est étouffée dans notre pays, alors que, nous la majorité des Algériens, attestons que beaucoup de nos frères, nos amis, nos parents, parlent entre eux nos multiples dialectes, au marché, à la mosquée et ailleurs et dans n’importe quelle région sans que cela ne provoque la moindre animosité des Algériens qui ne les parlent pas, et cela depuis la nuit des temps. Excusez-moi d’avoir remarqué aussi, dans votre discours l’absence de toute référence à une dimension majeure de la culture de notre pays, chez la personnalité historique que vous êtes pour beaucoup d’Algériens : la dimension culturelle Arabo-islamique enracinée depuis 14 siècles dans ce pays et qui a façonné ce peuple. Car comme l’écrit si justement le philosophe allemand O.Spengler « Les Peuples ne sont pas des Unités linguistiques , politiques ou zoologiques , mais Une Unité psychique. Le peuple est une Unité de l’âme. Tous les grands événements de l’histoire n’ont pas été proprement l’œuvre des peuples, mais ils ont d’abord produit les peuples. Ni l’unité de langue ni celle de la descendance physique ne sont décisives. Ce qui distingue un peuple d’une population, c’est l’avènement intérieur d’un NOUS. Plus ce sentiment est profond, plus vigoureuse est la force vitale de l’association ».
Notre âme donc est l’Islam, la force vitale de notre cohésion qui a fait de Nous Un Peuple ordonné et hiérarchisé car avant « l’apparition de l’Islam, les habitants de ces contrées, vivaient sans ordre et sans hiérarchie » (Idriss –Ali El Hammami)
Peut-être avais-je pensé, que cette dimension pouvait ne pas se percevoir tant que vous vous consacrez à la défense sans exclusive des droits de l’Homme avec les normes du moment et dans un pays où on a le plus besoin. Mais dernièrement, dans votre Testament, excusez-moi de constater que vous vous êtes enfoncé dans le faut débat ethnico-linguistique, que certains attisent entre Algériens et qui crée de toute pièce par la colonisation dès que les premiers pas de leurs hordes guerrières ont sali la Terre propre de notre pays. Je vous rappelle, ce que certainement vous devez savoir déjà que « La Berberologie est une science presque exclusivement française » comme le reconnait l’orientaliste G. H.Bousquet qui ne fait que confirmer la politique de « diviser pour régner » adoptée à l’époque .
Libre à chacun de penser ce qu’il veut , même de renier ce que ses pères ont édifié , mais moi qui avais cru en vous une référence unificatrice à opposer un jour à certains séparatistes de service, j’étais choqué de lire dans votre article à EL-Watan que vous me déniez tout bonnement mon appartenance à l’Algérie , Moi qui me considère Algérien et Arabe, sentiment commun à la majorité du peuple algérien ,et que tente de parasiter vainement, une minorité bruyante , comme il vous est loisible de vous considérer comme Algérien et Berbère .Et c’est dans notre appartenance commune à ce pays, comme Algériens que nous nous retrouvons . Nous avons la certitude donc moi l’Algérien Arabe autant que vous l’Algérien Berbère d’être sujets de plein droit et ne pas avoir d’autre pays moi et mes aïeux autant que vous le défenseur des droits de l’homme que je vous considérais comme le défenseur de mes droits aussi et dont le premier est celui d’avoir ma place dans mon pays. Je rappelle cela, car vous décrétez dans vos écrits que les habitants de ce pays sont des Amazighs ce qui est en partie vrai. Mais pour vous répondre sur ce même registre ethnique, auquel pourtant je n’adhère pas, vous omettez de dire, ainsi qu’une large frange de sa population que d’aucuns disent la plus nombreuse est Arabe et ne connait pas d’autre pays. Qu’en faites-vous?
Dans votre livre « MON TESTAMENT pour les libertés » plein d’enseignements et tout à votre honneur de sacrifices et de peines endurés au bénéfice des droits humains et de la Liberté et au service de tous et dont on vous remercie infiniment , l’on déplore que vous le Musulman pratiquant comme vous l’avez écrit à la page 17 , vous écrivez : « Nos ancêtres les Amazighs ont découvert le judaïsme , le christianisme et l’Islam à travers les occupations étrangères » sans définir la relation finale de chacune des trois religions avec nos ancêtres . Penser ainsi n’est-ce pas participer à l’entreprise de falsification de 14 siècles d’histoire commune des habitants du Maghreb menée par leurs ennemis pour les diviser et bien les dominer. C’est s’attaquer d’abord à l’âme fondatrice de ce peuple, et ensuite à l’éternel Rampart qui a préservé et qui préserve encore notre Unité : l’ISLAM. Mais l’histoire nous a prouvé que la Foi islamique des habitants de ce pays est inébranlable. La meilleure preuve en est l’échec lamentable des théoriciens de la colonisation, pseudo- intellectuels du 19ème siècle qui voulaient faire croire que « le peuple kabyle était censé descendre des Gaulois! !, des Romains, des Berbères chrétiens de l’époque romaine, voire des Vandales! Certains ne désespèrent pas de lui rendre « sa foi chrétienne« , et c’est ce qui explique les tentatives de conversion de Mgr Lavigerie. Elles échouèrent totalement ». (Histoire de l’Algérie contemporaine : C.R. Ageron). Certaines thèses rêvaient d’inculquer l’idée que les « berbères montraient les plus heureuses dispositions pour un retour complet au christianisme ».
Ce qui est faux car le christianisme était cantonné à l’Est du pays et ses adeptes autochtones persécutés longtemps par les Romains car farouchement opposés à leur occupation.
Quant à l’Islam son cas est tout à fait différent. La meilleure perception de son rapport avec les berbères a été si justement rapportée , par l’érudit algérien, Feu, Mohammed TAZROUT Rahimahou-Allah en décrivant ainsi l’histoire de l’Afrique du Nord : « Cette histoire nous apparaitra comme une suite de révolutions a peine ininterrompues qui furent plus ou moins longues et violentes et qui avaient pour but uniforme de dégager la personnalité spécifique des berbères , en la libérant progressivement de la tutelle coloniale de l’étranger qui l’opprimait . Un seul peuple étranger, les Arabes de l’Islam, a pu l’assimiler en s’assimilant lui-même à lui de 640 à 1830 » (Hist.Pol.de l’Afrique du Nord).
Quant au judaïsme, aucune source historique sérieuse ne parle de dynastie juive ou judaïsation totale d’une quelconque parcelle de cette terre. Chassés d’Espagne au 15ème siècle, ils y ont trouvé refuge comme vous le mentionnez dans votre livre. Des juifs donc ont certes habité ce pays et en symbiose parfaite avec le reste de ses habitants. Mais, en majorité ils l’ont quitté de leur propre gré avant l’indépendance pour grossir le lot des colons sionistes en Palestine. Ce qui prouve bien qu’ils ne s’y sont jamais considérés comme citoyens et cela déjà depuis le 19eme siècle quand ils avaient choisi la citoyenneté française que leur octroyait le décret Crémieux de 1870.
Vous avez consacré des paragraphes sympathiques aux juifs et pas un seul à vos coreligionnaires et concitoyens arabes, ni à l’Algérie Musulmane de tous les Algériens, alors que vous avez nommé le chapitre XIII « l’Algérie Berbère ». Vous convenez avec moi que l’arabo-islamité de l’Algérie ainsi que sa berbérité sont des réalités incontournables aussi bien dans leurs composantes humaines que culturelles. Par ces temps de faillite des systèmes politiques qui confisquent la volonté des peuples et de l’hégémonie des plus forts de ce Monde avilissant les plus faibles , la raison dicte à nos élites sincères de rechercher ensemble et dans les tréfonds de notre histoire et notre capital Idée, les facteurs de cohésion et de solidarité qui ont jalonné notre histoire commune et qui nous ont permis surtout de résister en tant que peuple et Nation à plus d’un siècle de colonie de peuplement qui n’a lésiné sur aucun moyen pour faire de notre pays une terre française et dont « L’extermination est le procédé le plus élémentaire de la colonisation » comme le notait sans honte ni réserve le Maitre des requêtes au Conseil d’Etat français de l’époque A.de Gasparin . Sans oublier aussi l’histoire lugubre et raciste de C. Jeannel professeur de philosophie, destinée comme le notait son éditeur en 1884 aux écoliers de la République, autorisée par le « puissant Conseil Supérieur de l’instruction publique et honorée d’une souscription ministérielle » (coloniser, exterminer Casbah. Éd. p.36.). Dans cette histoire donc un jeune garçon Petit-Jean parlant des indigènes s’écrit : « Quelle honte ! Comment ne faisait-on pas la guerre pour exterminer cet abominable peuple ».
Il est regrettable de constater que beaucoup de nos intellectuels sont toujours prisonniers du « legs historique empoisonné » que leur avait laissé l’occupant d’hier. S’y référer, c’est accepter sa vision raciste et discriminatoire entre les hommes. De Montesquieu à Tocqueville, souvent cité, on ne peut trouver que des contradictions et des errances philosophiques sources des malheurs dont souffrent l’Humanité et en souffrira tant qui dominera la civilisation qui s’y réfère. A titre d’exemple voici comment nous considère A.de Tocqueville: « Ne dirait-on pas, à voir ce qui se passe dans le monde, que l’Européen est aux hommes des autres races ce que l’Homme lui-même est aux animaux? Il les fait servir à son usage et, quand il ne peut les plier, il les détruit.» (De la démocratie en Amérique p 427. ). Propos anciens mais combien comparables à des déclarations de dirigeants superpuissants actuels. Comment peut-on rester prisonnier de la culture de l’occupant en se référant a Tocqueville par exemple et ignorer les vaillants fils de ce pays qui l’ont toujours défendu par l’Épée : l’Emir Abdelkader , Ahmed Bey, Cheikh El-haddad, Cherif Boubaghla Lalla Fatma Nsoumer , Cheikh Bouziane , Benboulaid , Benmhidi , Zigoud, Amirouche ,Krim….et par la plume : Ali Elhammami , Ibn –Badis ,Al-Ibrahimi , Bennabi ,Al-Ouarthilani, , Mohammed Tazrout , Zouhir Ihaddadene et tant d’autres….
On pourrait comprendre les cicatrices indélébiles et les errances de certains, qu’auraient laissées la politique coloniale de falsification et de dénaturation de notre histoire et surtout chez ceux qui ont été privés de par leur formation étrangère d’avoir accès à ses sources originales écrites en langue arabe. On ne peut trouver d’excuses, cependant, à ceux qui sont censés être les éclaireurs dans cette phase de pénombre postcoloniale et de dictature politique qui hypothèque nos pays et les privent de jouir pleinement de tout leur potentiel matériel et humain.
Voilà soixante-cinq ans que le colon est parti me dirait-on..!.. Avons –nous vraiment repris en main notre destin. ?… Pas tout à fait. ! Et c’est à cela qu’on doit tous s’atteler…! Et une fois notre souveraineté pleinement récupérée nous répondrons, si besoin est, ensemble, et en toute démocratie aux préoccupations et particularismes de chacun d’entre nous…!… Notre culture commune qui a son âme –l’Islam- est diversifiée et nous a toujours permis de vivre ensemble des siècles durant dans une parfaite harmonie et dont témoigne la généalogie qui retrouve les mêmes noms des familles, dispersés sur tout le territoire national et tout le Maghreb, dans des tribus apparemment différentes, ce qui prouvent qu’il y eut un vrai brassage des habitants de ce pays au point de croire qu’il s’est formé durant des siècles une race maghrébine propre. Notre devoir en premier est celui de préserver avant tout notre unité dans la diversité enrichissante des us et coutumes qui la composent. .
Il y a lieu de rappeler aussi la Réalité que certains feignent d’ignorer et qu’on ne peut en aucune façon éluder. Nous appartenons bel et bien à un espace civilisationnel et culturel autre que celui qu’une minorité sans âme s’obstine à vouloir nous rattacher. Qu’elle sache bien que quel que soit le soutien qu’elle puisse avoir en ce moment, son œuvre est vouée à l’échec. Notre peuple a embrassé l’Islam et le pratique depuis 14 siècles. D’illustres figures de ses enfants en en pris le flambeau pour le propager en Europe et en Afrique. D’autres non moins illustres ont participé au développement de sa Civilisation, de sa langue et de sa culture. A titre d’exemple, on peut se contenter de ne citer que la participation de Bejaia et ses savants innombrables rapportée par un de ses fils l’Algérien né a Azazga Abou-Alabbas-Al-ghobrini (644.H -714 H ) dans son livre référence : « Addiraya fi man urifa mina al-ulama fi al-miata assabiaa bi Bijaia » (Connaissance réelle des savants réputés au 7eme siècle à Bejaia ) .
Discours sentimental, diraient certains. En effet, je m’adresse à un grand frère, à un père presque avec le respect qu’on doit avoir à quelqu’un qui a fait de la liberté Sa Cause et des droits de l’Homme son cheval de bataille, et surtout à quelqu’un qui vous reconnait en privé la place qu’occupe l’Islam dans notre pays en disant : « en cas d’élections libres ce seront les islamistes qui auront la majorité » en ajoutant « mais il ne faut pas qu’ils pensent pouvoir gouverner seuls ». En l’approchant j’ai su que l’Algérie était dans son cœur. Franc et honnête, il vous livre ce qu’il connait sans dénigrement ni médisance. Des hommes politiques, il vous parle de leur prise de position et non de leur personne. A titre d’exemple il nous a parlé de sa réprobation de certaines décisions dictées par autrui à des personnalités politiques censées partager ses idées et qui dénotent de leur vassalité à l’étranger. Les faire connaitre aiderait certainement à clarifier certaines positions. J’espère qu’il garde la surprise de tout livrer dans ses mémoires.
Ainsi, je le voyais, l’Algérien Rassembleur, en ces temps où nombreux sont ceux qui souhaitent notre déchirement, je souhaite en garder cette image.
M.DJ.