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Les débuts d’EL QUIYEM – Par Zahir Ihaddadene

Pendant l’été 1962, juste après la crise qui a secoué notre pays, un pouvoir politique s’y est installé et tous les citoyens et surtout les militants se sont résignés à reprendre une vie normale, désertant pour la plus part l’activité politique.
Peu à peu un vide idéologique a englobé le pays et des idéologies étrangères à notre société, profitant du vide ont commencé à s’infiltrer au sein de nos masses.
Il fallait réagir. Pour moi, sur le plan politique, il ne doit pas y avoir de l’agitation.
Le pays a besoin de stabilité et les militants n’avaient plus envie de se jeter dans des aventures néfastes pour le pays.
Un pouvoir politique s’est installé, laissons le faire pour le moment. Nous avons besoin de consolider notre indépendance. Mais sur le plan idéologique, il serait impardonnable de ne rien faire.
Pendant la révolution et bien avant, avec le mouvement national, notre idéologie reposait sur deux piliers: le nationalisme et l’islam.
Le nationalisme, notre peuple l’a largement prouvé, le prix qu’il a consenti à verser pour son indépendance, manifeste bien son attachement à cet idéal.
Concernant l’islam, l’attachement de notre peuple y est également manifeste, mais cet attachement est superficiel.
La connaissance de l’islam repose uniquement sur la foi, une foi inébranlable, certes, mais pas suffisante pour s’opposer aux nouvelles idéologies.
Le colonialisme avec son action de dépersonnalisation avait empêché les musulmans d’accéder à une bonne connaissance de l’islam.
C’est donc sur ce plan qu’il fallait agir.
Pour agir, il faut créer un mouvement qui lui, a besoin d’hommes, non seulement convaincus de cette nécessité, mais aussi ayant une bonne connaissance de l’islam et de la civilisation occidentale, des hommes capables de réfléchir sur les problèmes qui se posent à notre société et de trouver des solutions, inspirées de l’islam.
Pour résumer ma démarche, je me suis dit que je pouvais proposer comme crédo, le Hadith qui dit: “Agis dans ce monde comme si tu devais vivre éternellement et agis pour l’au delà, comme si tu devais mourir demain”.
Par ce hadith, je mets en évidence l’action dans le cadre de la foi, éloignant de nous le fatalisme qui nous paralyse.
Notre action doit s’éloigner de la politique: elle doit nécessairement reposer sur des conférences, faites dans les mosquées ou dans des salles publiques et sur l’édition d’une revue qui doit diffuser le résultat de notre réflexion collective.
J’ai pensé prendre contact tout d’abord avec mon ami si El Hachemi Tidjani, camarade de promotion et militant de longue date.
Je lui ai fait part de mes préoccupations et de mon projet. Il y a adhéré sans hésitation. Je lui ai demandé de proposer des noms avec qui on peut prendre contact et je lui ai proposé pour ma part un autre camarade de promotion; Chérif dit Aissa Kessar pour lequel il était d’accord. Ayant pris contact, avec ce dernier, l’accord fut également spontané.
Kessar me proposa une de ses connaissances, Baali.
Nous étions donc déjà quatre. Il me semble qu’il y a un cinquième, mais je ne me rappelle plus de son nom.
Nous étions, il me semble au mois d’octobre 1962.
Ce groupe s’est réuni, plusieurs fois dans un café situé dans la rue Belouizdad plusieurs fois dans un autre café, près de l’université, dans la rue Didouche Mourad, l’automatic, je crois. Nous avons mis au point notre stratégie; s’intéresser surtout aux problèmes économiques et sociaux; réfléchir, à partir de la Riba, de la Zakat,des grands principes du droit musulman, comme l’intérêt général, le moindre mal, ainsi que sur le développement du Fikh, concernant les transactions, pour aboutir à une politique économique capable de rivaliser avec le capitalisme et le marxisme.
Par ailleurs, réfléchir sur le problème de la femme et de la jeunesse, sur l’éducation et les loisirs, conformément aux enseignements de l’islam. Enfin, nous avons constitué un bureau composé ainsi: Président: Tidjani; Vice Président: Ihaddaden; secrétaire général: Kessar; Trésorier; Baali; il y avait un Assesseur! Tidjani a été chargé de déposer le dossier d’agrément; c’était vers le mois de février 1963.

Pour commencer notre activité et faire connaitre notre mouvement si El Hachemi nous a proposé de prendre contact avec le propriétaire du célèbre local Ataraqqui. C’est ainsi que ce propriétaire devint membre de notre mouvement.
Nous fûmes rejoints par la suite, par Ridha El Fkih et le frère Anniba.
Notre première conférence fut donc tenue au Nadi Ataraqqui et fut donnée par Tidjani.
La salle était pleine; ce fut donc un succès; Le Nadi devint notre siège.
Nous n’avions aucun financement personnel et le geste du propriétaire nous donna une sorte d’identité et un moyen efficace pour notre activité.
Mais peu à peu, Si El Hachemi commença à agir seul, sans informer les membres du bureau; c’est ainsi que nous vîmes venir à nous des gens qui n’avait rien à voir avec la philosophie de notre mouvement.
D’un laboratoire de réflexion et de propositions, Al Quiyyam est devenue une association d’el waed wa al irchad.
J’ai attiré l’attention de Si El Hachemi sur cette déviation qui finira par nous mettre dans les entrailles de la politique. Mais en vain.
J’ai décidé alors de quitter le bureau tout en restant dans le mouvement.