Dossier

Zahir IHADDADEN, une vie au service de la Nation – Par : Samir Eddine IHADDADEN

Evoquer عمي Zahir juste quelques semaines après son décès n’est pas sans éprouver mon affectif ; cependant, ma consolation est dans l’enchantement à replonger dans ses livres et de se remémorer ses agréables et enrichissantes discussions.
« اضن », « انا نشوف», «يدهر لي », «اعتقد », « je pense », «Je crois » : c’est avec ces mots magiques et le sourire que Zahir IHADDADEN mettait à l’aise ses interlocuteurs. Quelle manière subtile, courtoise et bien pédagogue qui l’inscrit dans l’humilité des grands!
Le militant Zahir IHADDADEN a hautement honoré et accompli son serment de servir la Cause nationale, tenu en 1947, main sur le Coran, lors de son recrutement au PPA. « Timide et réservé », il évitait les postes de responsabilité préférant l’action sur le terrain. Toutefois, Il convient dans ses mémoires de ce manquement ; aurait-il empêché certaines décisions non productives, voire nuisibles, semblait-il dire?!
Après l’indépendance, il prend conscience des défis et des enjeux.
Il participe pleinement à l’édification du pays. Ses actes et apports académiques lui confèrent la distinction de « père du journalisme algérien » que lui attribuent toutes les générations d’étudiants de l’Information et de la communication. Lui qui pensait ne pas être de vocation journalistique !
Parallèlement, son engagement pour un Projet de Société s’inspirant des trois dimensions de l’Identité algérienne : l’Islam, la langue arabe et l’amazighité, ne s’est jamais interrompu. Il n’a jamais manqué d’intervenir devant une crise idéologique, une confusion historique ou un phénomène sociétal/social étrange et étranger aux valeurs algériennes.
Son appel à décoloniser l’Histoire est un regard « épistémologique» sur l’Histoire de l’Algérie et de tout le Nord-Africain par lequel il récuse l’approche qui ne nous fait exister qu’à travers l’autre, l’intrus. En somme, il réfute la thèse de la succession des Civilisations qu’il qualifie de colonisations et, par conséquence, dénonce l’occultation de 45 siècles d’existence Amazigh. A ce sujet, il reprend le concept ‘Asabiya, d’après Ibn Khaldoun et non au sens péjoratif, pour remonter aux origines du nationalisme algérien bien lointain dans le temps.
Je me permets, ici, une petite extrapolation en rappelant la thèse de l’homme Ibéromaurusien, soutenue depuis le début du 20ième siècle par les préhistoriens et les archéologues français ; celle-ci rattache l’homme de l’Afrique du Nord à celui d’Espagne. Les récents travaux démontrent son non fondement, ainsi l’entité civilisation Maurusienne se suffit à elle-même.
Parmi les supercheries historiques, héritées de la période coloniale aussi, celle qui corrobore que l’islamisation de l’Algérie s’est faite dans le sang. La mémoire collective des Algériens semble ne retenir que ce qu’on lui a ressassé, c’est-à-dire la Kahina et ses batailles, et la fin de Kousayla.
Le professeur Zahir IHADDADEN revient sur cette période et élucide les faits.
L’expansion de l’Islam, nous dit-il, s’est faite dans le consentement des Amazighs. Les AMRAOUA, alors à la tête d’un trône occupant le Centre et tout l’Ouest de l’Algérie, ont accueilli les Musulmans et embrassé la nouvelle religion qui concordait parfaitement avec leurs anciennes croyances. Ils étaient chrétiens d’obédience Ariane, c’est-à-dire de doctrine unitariste rejetant la Trinité et la consubstantialité divine.
Quant à Kahina, chef de la tribu Djraoua à l’Est, c’est à titre de son alliance avec les Byzantins, installés en Tunisie et à la Lybie, qu’elle livre batailles.
Après une tentative d’action politique, c’est dans le cadre de l’Association AL-QUIYEM, dont il fut l’initiateur, que le Professeur Si Zahir crie au désarroi que provoque l’infiltration des idéologies communistes et bâathiste, démontre leurs inaptitude et donne l’alternative.
C’est aussi au lendemain de l’indépendance que son observation intellectuelle avise des prémisses de problèmes politico-religieux. Il constate « Les clivages accentué et diversifié que la colonisation avait instaurés pour nier notre unité, notre civilisation originale et notre existence même en tant que Nation libre et souveraine». Il exhorte alors à « Vaincre la haine : l’ignorance de l’autre qui ne nous ressemble pas». Sourds à ses alertes, l’Algérie verse, trois décennies plus tard, un lourd tribut.
Il s’est particulièrement consacré à la Pensée islamique. Rappelant à chaque fois la vitalité de l’Islam, il prône une approche faite de réflexion et de la raison plutôt que de formalisme et d’imitation. Son diagnostic sur certains «Mouvements qui portent en eux les germes de l’auto destruction » se confirme par de sinistres expériences. Parallèlement, à ceux qui incriminent l’lslam, il explique que «le fanatisme et l’intolérance ne sont dans l’Islam qu’un accident ».
Dans ce sens, il examine le Salafisme et recommande la variante qui « ne doit pas être uniquement un retour aux sources, il doit être aussi effort permanent d’adaptation et d’ouverture sur l’avenir ».
Pour le volet économique, il enregistre une incompatibilité des pratiques monétaires avec la vision des théologiens ; cette incohérence provoque la réticence des acteurs économiques et même du simple citoyen. Si Zahir développe son analyse en soumettant les uns et les autres à l’esprit des préceptes islamiques et, établit les preuves que la pratique monétaire islamique, dont la Zakat, «est une théorie de développement et non d’appauvrissement ».
La responsabilité intellectuelle l’engage dans la riposte à l’agitation d’une tendance de nos lettrés qui s’attaquaient au dogme de l’Islam et ses pratiques fondamentales. Dans un style hautement savant s’appuyant sur des vérités historiques incontestables, et dans l’objectif de faire réfléchir l’ ‘’autre’’ et non pas de l’acculer davantage dans ses errements, il décèle l’ignorance et l’absurdité des allégations tentant une «liaison entre l’Islam et les vicissitudes du moment ». Il réduit, par la même, à néant l’argumentaire de ceux, singeant l’Occident, qui considéraient barbare l’ablation de la main du voleur.
Un minimum d’honnêteté spirituelle vous guide droit à sa conclusion : « la religion ne peut pas être l’opium des peuples ; c’est plutôt la conscience de l’Humanité».
Toute culture et civilisation portent des valeurs, il définit certaines des nôtres : « les valeurs qui ont permis aux Algériens de vaincre les plus dures adversités pendant la Guerre de Libération ; ce sont elles qui leur ont permis de sortir victorieux des tortures ; de réduire à néant l’effet du quadrillage ; de s’affirmer comme entité différente de tout ce qui n’est pas eux. Nous ne manquerons pas de dire que ces qualités, les Algériens les ont acquises grâce à leur Foi et au respect qu’ils ont des préceptes coraniques ».
A ce titre, et devant un phénomène de tiraillement de la femme algérienne par des courants aventuriers et extrêmes, qui l’assiégeaient presque, il insiste sur la différence et la complémentarité des aptitudes de l’homme et la femme. Il met en garde sur l’amalgame entre émancipation et imitation car « dans l’imitation on a tendance à prendre l’aspect extérieur et à ignorer l’essentiel ».
« La philosophie de la vie », les idées du Penseur Zahir IHADDADEN, dont nous venons de rappeler quelques unes, sont indéniablement toujours d’actualité, et constituent par conséquent des sujets de recherche aussi importants que variés. Dans la quête des vérités historiques, elles nous permettront d’échapper aux sentiers battus hérités. Mises en œuvre, l’Algérien se réconciliera avec son passé pour un meilleur Avenir !
S.E.I.