Le mot du président

JE CROIS, DONC JE SUIS

guessoum-abderrazak-ml-220x280Tout tend à évoluer dans la vie, l’homme, la pensée et même les concepts, cette évolution est dictée par le temps lui-même. Les sociétés humaines subissent elles aussi la loi de l’évolution grâce à la philosophie culturelle et au degré scientifique atteint par ces sociétés. A titre d’ ‘exemple, jadis le cogito cartésien ergo sum: «Je pense donc je suis, ou je doute donc je suis » était considéré à l’époque comme une révolution déclenchée par la raison en vue de prouver l’existence de l’homme rendu à son humanité. Descartes, qui est le père de la philosophie moderne avait réalisé cet exploit rationnel dans le cadre d’une révolution, lancée contre les méthodes traditionalistes de l’Eglise, en vue de restituer à l’homme sa liberté usurpée et à la raison son autonomie confisquée. Ces termes, l’homme, la raison qui véhiculaient les considérations les plus positives, viennent de réaliser aujourd’hui et par les Musulmans d’Europe un prolongement de ces considérations, qui tend à modifier profondément les concepts du cogito pour en faire une argumentation de l’existence d’une identité ainsi libellée  «je crois, donc je suis»; Ce n’est plus par le doute qu’on arrive à prouver son existence, mais plutôt par la foi que l’homme croyant arrive à le faire.L’ Islam, a le mérite de placer l’homme, au dessus de l’animalité et sa raison croyante au dessus du doute. Aussi, l’idéologie de la modernité a cédé sa place à celle de la religiosité. Si la modernité prétend que c’est l’homme ou la société qui fixent les normes et les valeurs humaines, par contre, l’islam affirme que c’est la Révélation divine qui régularise et conditionne toute norme ou valeur humaine. A considérer l’effet de l’existence humaine sous cet angle, le jeune musulman trouve en la foi un moyen par lequel il affirme son identité, la raison en est que l’Occident fief de la modernité traverse aujourd’hui une crise que l’on peut qualifier de crise de l’identité et du ressourcement. C’est pourquoi nous relevons chez le Musulman immigré cette affirmation: «Le fait d’être musulman nous donne une dimension et même une grande dimension de sécurité intérieure qui nous permet d’affronter en étant mieux armés les agressions extérieures». C’est acquérir alors une sorte d’immunité qui rend le musulman impénétrable. Voilà pourquoi il est permis d’inverser le cogito de Descartes et d’affirmer par le Musulman que «Je crois, donc je suis».

Dr.Abderrazak.Guessoum * Président de l’Association des Oulémas musulmans algériens.