Études et analyses

LA CHRÉTIENTÉ EN MAL DE SA PAPAUTÉ /Saber EL MALIKI

papeL’offense aux musulmans et à l’Islam, sous couvert d’académisme borgne, lui a valu l’opprobre de ses propres coreligionnaires non européocentristes. L’archevêque de Damas, Mgr Bassilos Mansour, l’exhorte à présenter ses excuses aux musulmans et d’« abandonner toutes les expressions et les concepts durs qui existent dans notre formation culturelle pour se rencontrer avec les musulmans».

L’EFFET SPÉCULAIRE DE L’ISLAM

Le 13 mars 2013, le « 24 heures », Quotidien suisse, publie dans sa rubrique histoire un article intitulé: « Rodrigue et Salomon, deux martyrs de l’Islam ».  L’histoire se serait passée au 9ème  siècle à Cortoba, en Andalousie musulmane. Suite à une querelle familiale, Rodrigue fut incarcéré et Salomon le rejoignit pour prosélytisme. Les deux auraient été invités à se convertir à l’Islam, invitation à laquelle ils opposèrent des propos peu amènes sur l’Islam. Selon l’histoire, ils se donnèrent une fin glorieuse en devenant martyrs après leur décapitation. Depuis, ils sont fêtés parmi les Saints chrétiens chaque 13 mars de l’année. Le 13 mars 2013, c’est aussi le jour où les catholiques découvrent le visage de leur nouveau pape, la plus importante figure de la chrétienté. Hasard de calendriers ou option journalistique délibérée, l’effet médiatique de ces deux images, qui parlent d’elles mêmes, interroge le musulman vivant parmi les Européens sur l’image que véhiculera le nouveau pape dans sa relation avec l’Islam. ARRÊT SUR IMAGE DE LA PAPAUTÉ DU 2ème SIÈCLE La « renonciation » de Benoit XVI effacera-t-elle ses errements durant son pontificat avorté? L’élection du nouveau pape enterra-t- elle les scandales des mœurs non chrétiennes du clergé et de ses affidés? Le siècle de l’image et de la réclame sauvera-t-il la foi chrétienne du déclin qu’elle subit, notamment sur les terres du berceau de l’église, à savoir l’Europe? « L’auto coup d’État » du chef des princes de l’église catholique se veut une leçon universelle. Le pape sortant a brillé par sa réputation de garant du dogme chrétien au sein de l’église catholique, ce qui a fait de lui un des inquisiteurs du 20ème siècle de ses coreligionnaires, notamment ceux qui défendent les opprimés selon la théologie de la libération, très en vogue en Amérique latine. Je ne m’étalerai pas sur les conséquences du dogmatisme catholique défendu par Benoit XVI sur des milliers de vies humaines, africaines notamment. Je rappelle juste que l’église somme ses ouilles de ne pas utiliser de préservatif alors que les maladies sexuellement transmissibles font des centaines de morts et de malades par années parmi les indigents des contrées oubliées d’Afrique. Le fantôme de Jean-Paul II hante encore ces lieux de désolations. Le souverain pontife a probablement un droit de vie ou de mort sur ses ouilles. Cela ne surprend nullement, quand on sait que la quête du martyr, selon la doctrine chrétienne, comme l’a eu fait Rodrigue et Salomon est la voie de la sanctification. LA CROISADE AVORTÉE Docte et fort de ses attributs pontificaux, et non satisfait du rôle de berger absolu, que lui envient les autocrates de la Terre, Benoit XVI s’épanche sur l’Islam dans sa conférence à Ratisbonne. Probablement conforté par l’émotion de retourner dans son fief et d’avoir un public acquis et suspendu à sa « bouche papale infaillible », il a omis que nous sommes à l’ère de la mondialisation. Pour un twitteriste, la sortie était ratée et l’histoire ne lui pardonnera pas. La Croisade avortée de Ratisbonne conforte sa réputation de « Panzekardinal », dont les mauvaises langues l’ont affublé des années auparavant. Bien heureusement, nous sommes loin de l’époque de la « jeunesse hitlérienne » et de l’apogée du nazisme, dont il fut un des serviteurs. L’offense aux musulmans et à l’Islam, sous couvert d’académisme borgne, lui a valu l’opprobre de ses propres coreligionnaires non eurocentristes. L’archevêque de Damas, Mgr Bassilos Mansour, l’exhorte à présenter ses excuses aux musulmans et d’« abandonner toutes les expressions et les concepts durs qui existent dans notre formation culturelle pour se rencontrer avec les musulmans».

Il lui donne une leçon, que seuls les gens du livre imprégnés de la culture musulmane savent utiliser, en lui posant la question suivante : « Pourquoi avez vous pris comme exemple l’empereur byzantin, qui est un homme de guerre, au lieu de tirer l’exemple des habitants chrétiens de Constantinople qui ont défendu la mosquée des musulmans dans la capitale des grecs avant la 4ème Croisade, ou la pensée du Patriarche de Constantinople qui a appelé le Khalifa Abbaside à la coopération entre les deux nations islamique et chrétienne, ou bien la coopération des chrétiens de l’Est avec Salaheddine contre les forces de la Croisade?». Le chef de l’Église copte, Chénouda III, ne va pas d’une main morte en le renvoyant à ses textes: «Toutes les remarques qui offensent l’Islam et les musulmans sont contraires aux enseignements du Christ».
L’AVENIR LE DIRA ! Le pape Benoit XVI est-il le sceau des croisées? Sa «renonciation» à incarner le dogme de «l’infaillibilité papale», dont il est le fer de lance, ne sonne-t-il pas le tocsin de l’église de Pierre l’apôtre? Contrairement à Célestin V, 192ème pape et son précédent en matière de renonciation à cette fonction, l’abandon de Benoît XVI n’est-il pas l’abdication d’un monarque ? Ne sonne-t-elle pas ainsi le glas de la dernière monarchie européenne absolutiste? Habemus papam! C’est la formule consacrée pour annoncer l’élection d’un nouveau pape, mais c’est également le titre d’un film prophétique de Nanni Moretti sortie en 2011. Ce film retrace dans un humour naturel l’élection d’un pape et de ses déboires d’être humain. Le nouveau pape, François, de son vrai nom Jorge Mario Bergoglio est argentin. C’est la « surprise » selon le vocable récurrent entendu dans les commentaires médiatisés du clergé en particulier. Est-ce un «cadeau surprise», comme dans la commémoration de la nativité, appelée communément fête de Noël, et qui n’a pour la majorité qu’une valeur commerciale? Le pape élu a devancé tous les favoris de la curie, ceux qui répondaient aux critères européocentristes. Même les origines italiennes du pape François n’ont pas pu intercédées en sa faveur pour qu’il ne soit pas qualifié «d’étranger» par les paroissiens et les vicaires interrogés à froid par les journalistes (TSR) au décours de cette élection. Un lapsus révélateur du faussé qu’a creusé durant des siècles le primat de l’allégeance aux marchands du temple, que Jésus pourfendait. entre le croyant et Dieu. Mise-t-on dans la curie sur cette masse de chrétiens étrangers que le nouveau pape incarne et saura en galvaniser la ferveur chrétienne et redorer ainsi le blason d’une église en déliquescence en raison des scandales à répétition? Le nouveau pape hérite de dossiers qui égratignent la crédibilité du clergé catholique et son rôle durant la dictature argentine ne lui apportera pas de l’épaisseur. Il a choisi de porter le nom de François, en hommage à Saint François d’Assise. C’est tout un programme, quand on sait que ce saint de la chrétienté a fait preuve d’un renoncement exemplaire durant sa vie en vivant pauvrement et servant les pauvres. Toutes intentions confondues, la «renonciation» à une fonction n’est pas un sacerdoce, c’est une manœuvre tant politique que psychologique et ses conséquences incontrôlables. Le renoncement, comme enseigné dans toutes les religions, et dont Saint François d’Assise fut un modèle, celle, entre autres de respecter et d’aimer toute la créature de Dieu, y compris l’Islam et les musulmans. S.E.M.