Évocations

Ali EL – HAMMAMI « LE GRAND PATRIOTE » / Abdelatif SIFAOUI

ali el hammamy« Le cercueil déposé devant nous, ne renferme pas le corps d’un homme, mais plutôt un lambeau de la patrie algérienne qui en a été détaché pour y être rattaché, un morceau de la patrie algérienne que la justice des hommes a contraint à l’exil, mais que la justice de Dieu a rapatrié ». C’est en ces termes émouvants, qu’entamera Cheikh El Ibrahimi, son éloge funèbre à Ali EL- Hammami et il le poursuivra  en livrant son témoignage sincère pour l’histoire et la mémoire des générations futures, en clamant tout haut « Ce corps inerte étalé devant  vous est celui d’un vaillant militant de la liberté ». Contraint à l’exil de son vivant, sa dépouille mortuaire est accompagnée, le dimanche 1er janvier 1950  au cimetière de Sidi Mhamed à Belcourt, par une foule impressionnante, «El A-Baçair»  l’organe des Oulémas algériens, écrira à ce propos et  à juste titre  «on aurait dit que toute l’Algérie était venue à l’enterrement… ».  En fait, il ne manquait que les représentants du parti communiste algérien, qui probablement n’avaient pas pardonnés à EL – Hammami l’affront qu’il fera subir à l’un de leurs symboles, Michel Thorez, le chef historique du parti communiste français en lançant sur lui un encrier rempli d’encre, salissant du coup affreusement  son costume, exprimant ainsi son exaspération  à l’encontre de ce parti qui s’efforçait  tant bien que mal, à exercer sa tutelle politique sur le Mouvement national algérien naissant. Omar Racim, le militant et célèbre miniaturiste algérien, rendra hommage à sa manière à EL-Hammami, en se chargeant personnellement  de graver sur le marbre tombal, un texte du non moins célèbre Cheikh Ahmed Sahnoun, dans lequel notre  poète  vénérable  aura ces mots justes et beaux: «Ci-git le trésor d’une créature parfaite, Ci-git la flamme d’une intelligence sublime. Ci-git un exemple de ce qui reste eternel, Qui défit l’adversité et le temps, Ici un glaive a été planté. Ici s’est arrêtée  la palpitation d’un cœur. Consumé par l’amour de l’Algérie et passionné pour les actions généreuses. Il voua sa vie à la lutte et mourut en martyr de la patrie ». Ainsi, le peuple algérien honorera comme il se doit, la mémoire de celui qui fut le grand défenseur de la cause de l’Algérie libre et indépendante, et qui fut l’ami des  plus prestigieux résistants nationalistes sur la scène internationale, à l’instar d’Abdelkrim El Khattabi le marocain, Hồ Chí Minh le vietna- mien, L’émir Chekib Arslan, le Li- banais  et l’Emir khaled, l’Algérien. Déjà, et n’ayant pas encore atteint ses vingt ans, il combat arme à la main au coté d’El khatabi, dans ce que fut la mémorable guerre du rif, puis il se distinguera par ses articles de presse écrits dans plu- sieurs langues et dans plusieurs journaux, sans oublier  son « puissant » ouvrage Idriss écrit en 1941 et édité en 1948en Egypte. Cheikh Ben Badis et Malek Bennabi seront subjugués par l’auteur et ses articles. Le premier, le félici- tera en 1938 pour la qualité de ses articles, l’invitera à collaborer dans la presse de  l’Association des Ou- lémas Algériens et lui enverra les deux tomes de l’ouvrage de Cheikh El Mili sur l’histoire de L’Algérie. Quant à Bennabi, il écrira  en parlant des articles d’EL- Hammami :
« ces articles me bouleversèrent par une forme à peu prés impeccable, mais surtout par un contenu qui ne cadrait pas du tout avec les soucis ordinaires de nos intellectuels». Sa vie consacrée toute entière à sa patrie, maniant admirablement «l’épée et la plume»  selon la pertinente  formule employée par Abdelaziz Khaldi, prendra fin, ce jour du 12 décembre 1949, dans un crash d’avion à Karachi, à son retour des premières assises économiques islamiques de Karachi où il participera en tant que représentant de l’Algérie. Ainsi s’achève le parcours de l’enfant prodige de Tiaret,  à l’âge de quarante sept ans, toute une vie consacrée  à la Cause algérienne, il écrira à ce propos « je ne vivais guère pour ma personne un seul instant …certes j’ai vécu pour ma patrie, pour mes citoyens, pour ma doctrine, mon opinion, à l’idéal élevé que j’adore… ».   EL-Hammami consacrera une longue et très intéressante étude à Cheikh Ben Badis, et dont nous avons choisi certains pas- sages qui sont publiés dans ce numéro 6 du Jeune Musulman. Enfin, nous tenons à féliciter et remercier, le chercheur Amar Belkhodja1 pour  ses recherches diffi- ciles mais fructueuses sur la vie et l’œuvre d’EL- Hammami, en nous gratifiant de trois ouvrages sur cette personnalité fabuleuse, à savoir : 1.Ali E l – Hammami 1902-1949 Toute une vie pour l’Algérie- Ed.Dahleb 1991 2. Ali El – Hammami 1902-1949 du Rif à Karachi, l’épée et la plume-Ed. Anep 2007. 3.Ali El – Hammami et la montée du nationalisme algérien-Ed. Dahleb 1991. A.S. 1Amar Belkhodja- Ali El-Hammami 1902-1949. Edition Anep 2007, page 18- traduction des vers.