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LA LUTTE DE L’ALGERIE /Seyed KOTB

assoc2M.SEYED  KOTB est l’un des Champions de l’Unité islamique et de la Libération du Monde musulman. Il n’a cessé par ses écrits d’appeler les peuples musulmans à s’inspirer dans leur lutte des Principes d’Union et de Solidarité, s’ils veulent parvenir surement à la Libération et réaliser leurs aspirations nationales. Le Journal « Al Bassair » a publié un article de Seyed Kotb sous le titre « La lutte de l’Algérie », et nous sommes heureux de pouvoir en offrir la traduction à nos lecteurs du Jeune Musulman numéro 16 (27 février 1955).

           LE COLONIALISME SERA DEFAIT EN ALGERIE

Le contenu de l’article traduit :

La lutte de l’Algérie pour l’existence c’est en même temps sa lutte pour qu’elle demeure arabe et musulmane. Cette lutte prend pour moi une signification exceptionnelle, que je ne puis tirer de la lutte d’aucun autre des pays musulmans.

On a voulu faire de l’Algérie une seconde Andalousie. On a voulu qu’elle se détache du patrimoine musulman, et qu’elle soit incorporée par la croisade européenne nouvelle. Et depuis plus d’un siècle les tentatives terribles se poursuivent sans faiblir un instant et sans s’arrêter. Et tous les moyens ont été employés, et l’humanité n’en a pas vu de plus durs ni de plus perfides, ni de plus cruels…

Mais l’Algérie, loin de succomber, s’est redressée vive, et loin de s’effondrer, s’est reprise et regroupée; elle a fait savoir qu’elle existe, et loin d’avoir été la proie de la croisade, elle demeure pour celle-ci comme l’épine qui s’accroche à la gorge.

Et nul autre pays d’Orient ou d’occident n’a subi autant que l’Algérie les manœuvres de la croisade. Et même l’Andalousie, même la Palestine connurent de semblables manœuvres. Car celle-ci tendaient à effriter l’unité ethnique et familiale, à brouiller les origines et briser les mœurs, à effacer le caractère arabe et le caractère islamique. Et tout cela s’est opéré durant le siècle passé, à l’insu du monde musulman et des peuples arabes. Et l’Algérie se trouvait seule sur le calvaire, et personne n’était à ses cotés, comme c’est le cas aujourd’hui.

C’est pour cela que j’ai pu tirer de la lutte de l’Algérie une conclusion d’aucun autre pays. Une conclusion que je n’aurais pu tirer de la lutte sereine, qui incite à la confiance et à l’optimisme…Ce monde musulman ne périra pas et ne disparaitra pas. Il eut péri s’il devait périr ; et s’il était écrit qu’il disparaisse, il eut déjà disparu. Car l’épreuve qu’il a endurée en Algérie il n’en subira jamais de semblable actuellement. Parce que le colonialisme n’en est plus capable aujourd’hui ni demain, et parce que les méthodes qu’il a appliquées en Algérie n’ont pas de pareilles dans le monde.

Il y a dans la partie islamique une vitalité latente que rien ne vaincra. Telle est l’idée qui ne quitte pas mon esprit chaque fois que je pense à l’Algérie et chaque fois que je me réfère à l’histoire algérienne. Le monde musulman ne sait presque rien de cette lutte, dont l’histoire n’a pas encore été écrite en détail, par des plumes sûres, et connaissant le fond des choses.

          LA COMMUNICATION COMME ARME DE LUTTE

Personnellement, je suggère à l’Association des Oulémas d’Algérie de porter l’histoire de cette lutte à la connaissance générale, en arabe et en toutes les langues. Cette histoire aura un retentissement considérable, car elle montrera aux désabusés, aux hésitants, aux faibles de tout le monde musulman que rien ne tuera la vitalité qui remplit le corps de la patrie islamique, et que ce corps porte en lui la semence de la vie qui ne meurt jamais. Cette histoire apportera à tous ceux qui luttent dans le monde entier un souffle puissant d’espérance ardente dans la libération. Et nous avons besoin de ce souffle énergique dans mes combats décisifs qui s’étendent un jour à toutes les parties du monde musulman.

L’horizon, celui de l’avenir, laisse entrevoir peu à peu les rassemblements pour la dernière bataille, car en chaque territoire il y a une révolte ou bien sourde ou bien ouverte.

Le colonialisme est hors saison; il vit au-delà de son âge normal; et contre la nature des choses. Il ne peut plus échapper à l’opposition de la vie et celle des peuples, et ne peut éviter un combat décisif où il affrontera le Temps, la Vie et les Hommes. Or, il n’ y a pas d’institution qui puisse tenir quand elle heurte le Temps, la Vie et les Hommes.

Et cependant malgré ma grande confiance dans l’avenir, je n’aime pas que nous nous abandonnions à une espérance enivrante et douce, et à des rêves éclatants, parce que la victoire exige un prix : telle est la volonté de la providence, que personne ne peut changer.

                                    LE SECOURS DE DIEU

« Espérez-vous entrer au Paradis sans connaître les épreuves de vos prédécesseurs, que les privations et les maladies n’épargnèrent point. Ils furent ébranlés au point que le Prophète (QSSSL) et ses Compagnons s’écrièrent:

         Quand donc viendra le Secours de dieu ?

« Courage, le Secours de Dieu est proche »(11,210).

Dieu était pourtant en mesure de garantir le Prophète et les croyants contre le découragement, les peines, les fléaux. Mais la victoire facile à peu de prix; aucun s’en glorifie, aucun ne s’y attache, et personne ne veut en prendre la défense. Au contraire, les hommes défendent, une cause qui leur a couté et se glorifient des résultats qu’ils ont payés cher.

Et la conviction molle et inconstante qui n’a pas heurté les obstacles ni parcouru les chemins épineux pour parvenir au triomphe, est une conviction qui ne pourrait vivre. C’est ainsi que Dieu laisse le Prophète(QSSSL) et les Croyants, accablés de peines et de maux, prodiguant les plus durs efforts et assumant les luttes les plus amères; et c’est alors seulement qu’ils méritent le secours divin : « certes le secours de Dieu est proche ».

Pour toutes ces raisons, j’estime que l’histoire de l’Algérie doit être exposée à l’humanité entière; que les souffrances de l’Algérie soient portées à la connaissance des combattants qui subissent actuellement des souffrances, afin que tout le monde sache que les souffrances de toute la terre ne sauraient tuer une nation qui veut vivre, ni arrêter un peuple qui lutte pour sa libération.

Mais aussi afin que tous ceux qui luttent dans le monde musulman connaissent le véritable principe qui les protège de l’effondrement et les sauvegarde de la dislocation et de l’émiettement; et ce principe ils le trouveront apparent dans la lutte de l’Algérie: c’est la croyance et la langue par laquelle cette croyance a été révélée.

Le colonialisme a orienté tous ses soucis pour dissoudre cette croyance et cette langue, et par cette voie, il faillit arriver à ses fins. Mais lorsque l’Algérie s’est redressée vive, la croyance fut pour elle un flambeau qui éclaire le chemin, et la langue fut la corde à laquelle se cramponnent les multitudes dispersées dans la nuit.

Certes l’Association des Oulémas a su comment renforcer cette corde et comment relever ce flambeau. Elle a su créer cette résurrection après laquelle l’Algérie ne tombera jamais, ne s’avilira jamais et ne s’aliénera jamais, tandis que le monde entier se relève de sa profonde torpeur.

                                                                                 Seyed  KOTB

Source : Le « Jeune Musulman » numéro 16 du 27/02/1953