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LA BATAILLE DE « BADR » /Nadjib ACHOUR

NADJIB ACHOUR L’évocation de la Bataille de Badr sur les ondes de la Radio « Sawt el Arab » le 10 mai 1955, ne fut nullement fortuite, elle s’adressait directement aux combattants  qui venaient de prendre les armes contre le colonialisme français en Algérie. Fidèle à sa vision du monde, le Cheikh dans cette intervention entendait faire prévaloir une lecture où il n y avait nulle place pour le merveilleux, le métaphysique, son propos n’était qu’apologie de l’action pour en finir avec le fatalisme et le défaitisme qui gangrénaient les consciences. Pour ce faire, il rappela l’histoire des premiers Croyants qu’il relia à l’actualité algérienne.

 Comment ne pas voir à travers ses mots l’action de l’Association des Oulémas et du Mouvement national acculés à la guerre car le système colonial n’a rien voulu entendre de leurs revendications? Les propos du  Cheikh El Ibrahimi étaient explicites, le temps de la discussion était  désormais derrière, et la convocation de ce Symbole qu’était Badr était des plus significatifs, car les Combattants algériens qui venaient de prendre les armes se retrouvaient dans  une situation similaire. Infériorité numérique et militaire des Combattants du FLN, qui face à l’une des plus puissantes armées du Monde n’avaient pour arme que leur conviction et leur Foi en un puissant idéal. Tout comme les Premiers Croyants assurés de la victoire finale sur la puissance des Qoraych, les premiers Combattants de la Révolution étaient fermement convaincus, comme le stipulait l’Appel du 1er Novembre, que la lutte serait longue mais l’issue certaine.

Le Cheikh El Ibrahimi rappela les règles de la guerre qui prévalait dans la religion musulmane. Appartenant à une génération hantée par les massacres qui avaient jalonné l’invasion française, et marqué par l’ampleur de la répression meurtrière qui avait endeuillé le Nord-constantinois, le Cheikh El Ibrahimi savait parfaitement de quoi était possible l’adversaire. C’est pour cela qu’ il enjoignait aux  combattants à s’inspirer du comportement prophétique, à tirer les meilleurs enseignements de cette Bataille fondatrice de Badr pour leur propre bataille qu’ils menaient sur le sol algérien, qui en plus de susciter l’espoir devait être annonciatrice d’une ère nouvelle.

                 L’ENSEIGNEMENT DE LA BATAILLE DE « BADR »

       L’INTERVENTION D’EL BACHIR EL IBRAHIMI                                                (                                  (Radio Swt AL Arab,  le 10 mai 1955-le Caire)                     

                 Au nom de Dieu le Clément le Miséricordieux

Chers auditeurs,

La Bataille de Badr  est en quelque sorte la Bataille modèle de toutes celles que l’Histoire islamique actuelles a connues, car elle fut la première Bataille à laquelle le Prophète (QSSS) a assisté en personne. La Journée de Badr  peut être qualifiée aussi comme celle marquant l’aube de l’Islam car ce fut la journée où la religion triompha en passant de la persuasion par la parole à l’action armée contre ceux qui combattaient la foi. Ce fut aussi la première Bataille au cours de laquelle furent déterminés les principes et la morale islamique de la guerre. L’Islam conçoit la guerre d’une autre manière que la conçoivent les gens. Les principes de la guerre selon la conception islamique sont basés sur la justice et sa morale sur la clémence. Aussi la guerre est-elle une monstruosité à laquelle on ne peut avoir recours qu’en cas de nécessité absolue pour repousser une monstruosité encore plus grande, telles des atteintes portées à la pensée ou un obstacle s’opposant à une juste cause et empêchant les esprits de s’y rallier.

La tribu des Koraïchites à l’époque, par sa sottise et son extravagance s’était rendue coupable de ces monstruosités aussi Dieu voulant faire triompher la cause juste ordonna à son Prophète ( QSSS) de défendre par l’épée cette cause et de faire couler le sang.

Après quinze ans d’efforts en vue de persuader par des arrangements et le raisonnement, il eut été normal devant l’échec de cette méthode faisant appel à ce qu’il y a de plus précieux dans l’être humain, la raison de changer de moyens et d’employer la force de l’épée qui s’adresse à autre chose et tient un langage différent. Plusieurs enseignements ressortent de la Bataille de Badr : principes de la guerre, enseignements et règles immuables de la nature instaurée dans ce Monde et reposant sur le principe de cause à effet. Les Musulmans, malheureusement, au lieu de tirer les enseignements et les leçons, au lieu de deviner les réalités, se sont contentés des apparences croyant que la religion musulmane avait triomphé grâce aux miracles et aux prodigues. Et c’est là une grave erreur, car l’Islam ne base nullement ses Principes, ses Traditions et ses lois sur les miracles mais sur des réalités et le raisonnement. Faute de quoi les êtres humains ne peuvent coexister, surtout si tout échappe à leur volonté.

Si l’Islam avait basé aussi ses lois et ses Principes sur les miracles; la raison, la volonté, et la résolution deviendraient vaines et n’auraient plus leur raison d’exister. Au contraire, la religion islamique compte sur la raison et le bon sens pour être comprise et pratiquée. Dieu s’il avait voulu aurait pu se passer des Prophètes et des prêches en insufflant par miracle la foi à tout le monde. S’il avait voulu aussi, il aurait pu faire triompher son Prophète Mohamed même seul, au moment où il n’avait autour de lui qu’un groupe insignifiant de fidèles. Il aurait pu, s’il avait voulu, protéger son Prophète des souffrances morales et matérielles qu’il éprouvait. Mais depuis que Dieu a créée le monde et jusqu’au jour où il décidera de sa fin, il restera basé sur la raison, les réalités et les règles immuables de la nature.

Celui qui saura les utiliser, les apprécier et les mettre à profit, s’assure la réussite et le triomphe. Oui en effet, la Bataille de Badr est une leçon, un enseignement qui profite à celui qui saura le mettre à profit et saura saisir son sens profond. Pour nous, cette Bataille de Badr nous prouve le triomphe d’une petite armée sur une grande. Ceux qui croient que la victoire remportée ce jour là par les Musulmans est due à un miracle extérieur commettent une bévue colossale. Certes, Dieu peut faire triompher ce qu’il veut, mais il n’accorde jamais cette victoire sans bien en préciser la cause. Les sages disent « Quand Dieu veut faire quelque chose, il facilite aux mortels l’acquisition des moyens de le faire ».

Le triomphe de 300 et quelques Musulmans sur plus de 900 infidèles n’est pas un miracle qui reste inexpliqué. Ceux qui croient de telles choses ignorent les règles divines immuables qui existent dans ce monde. Nous voyons chaque jour de petits groupes en vaincre d’autres numériquement supérieurs et ce, en raison de la supériorité de leurs armes, cela du point de vue matériel. Du point de vue moral, la question demeure la même. Le petit groupe peut triompher du grand grâce à sa tactique, à sa stratégie et à sa ruse. Il ne faut pas oublier que lors de la journée de Badr, les Musulmans triomphèrent grâce à leur foi et à leur volonté de vaincre. Ils n’avaient pas peur de se sacrifier pour le triomphe de la religion car ils étaient convaincus qu’ils combattaient pour une juste cause, une juste religion leur venant de Dieu et que Mohammed était réellement l’Envoyé de Dieu. Ils croyaient au Paradis et considéraient leurs âmes comme une chose en dépôt ou une marchandise. Une chose en dépôt est immanquablement reprise et une marchandise a un prix et une vente assurée.

Ils choisirent pour marché le champ de la guerre sainte, la vente à Dieu et le prix de sa satisfaction sont la vie auprès de lui. Lors de la journée de Badr, le petit nombre de Musulmans en se jetant dans la Bataille, était animé d’une foi inébranlable et d’une volonté inflexible et ces deux choses là sont capables de faire chanceler toutes les forces du monde, car toute personne animée par un tel sentiment est invincible. L’autre groupe par contre, en dépit de sa supériorité numérique, se jeta dans la Bataille pour défendre sa renommée et éviter le qu’en-dira- t’on. En réalité la Bataille de Badr n’a pas opposé deux groupes de nombre différent, mais la réalité et la fiction, la volonté résolue et l’indécision et l’incertitude. Ici la loi du nombre ne joue plus. Combien un morceau de fer pèse-t-il son volume en coton?

Les Compagnons de Mohammed lors de la Bataille de Badr étaient résolus, décidés et prêts à mourir. Les enseignements que vous voyez dans le ciel et sur la terre sont pour les êtres sensés. Pouvons-nous espérer trouver des êtres sensés qui comprennent les enseignements de la nature et les mettent à profit?

 (Cheikh Bachir EL Ibrahimi à la Radio « Sawt Al Arab », le 10 mai 1955-le Caire)