Études et analyses

L’EDUCATION DES ENFANTS/Abdelaziz KAHIL

EDUL’Education des enfants ne se limite pas seulement à l’aspect moral qui est un élément parmi d’autres dans un processus global tendant à les rendre heureux dans ce bas-monde ainsi que dans l’Au-delà. Ce processus d’éducation doit viser à faire de l’enfant un être humain équilibré qui jouit pleinement de la vie sans pour autant verser dans la dépravation et la luxure, ni s’éloigner du droit chemin.

 C’est un enfant curieux qui aime la science autant que l’adoration de Dieu, qui s’implique plus dans le souci de découverte que dans l’amusement et les distractions, poli, avenant, bienveillant envers tout le monde, bon avec ses parents sans limites, sociable par nature, positivement relié à son environnement, porté sur la créativité matérielle et morale dans tous les domaines possibles.

C’est le rôle de l’éducation islamique avec ses deux faces indissociables, le religieux et le civil, qui se doit d’ inculquer à nos enfants le désir de la vie intense et saine, dans une approche équilibrée, active , pleine de générosité et d’ouverture d’esprit à tous les niveaux, à même de démentir les idées préconçues sur le Musulman en général et l’enfant en particulier le liant à la paresse, l’inculture et le fanatisme.

           L’EDUCATION DES ENFANTS N’EST PAS DE «L’IMPORT»

Cet enfant nécessite aussi bien une nourriture adéquate qu’une prise en charge mûrement réfléchie, des aspects psychologues, mental et physique en vue de lui forger une personnalité forte dans tous les sens du terme, ce qui implique une approche multidisciplinaire qui englobe dans un même souci de perfectionnement tant le comportement à son encontre que son éducation religieuse et sportive, les jeux, les distractions… Et là émerge le rôle des parents-et ensuite celui de l’école, de la mosquée et de tout le cadre de vie-dans le développement du penchant positif et humaniste, la promotion du raisonnement, en respectant sa curiosité et ses questions, et en encourageant le dialogue avec les membres de la famille, ses collègues, les enseignants.

Développer l’inclinaison de l’enfant à la critique et l’autocritique est primordial pour l’équilibre de sa personnalité et donc de son apport à la société, et également la liberté d’exprimer ses points de vue, faire part de ses craintes, savoir dire non à quelqu’un ou à un comportement, une idée, calmement et poliment mais fermement. Cela forge sans doute son caractère, renforce la confiance en soi et lui permet d’assumer aussi bien les réussites que les échecs qu’il connaitra tout au long de sa vie.
La Nation a besoin d’une génération imprégnée de ces qualités après l’échec des nombreux essais éducatifs basés sur un modèle bardé d’imitation, de répétitions plutôt que de rationalité et de créativité qui a produit tout au longs du siècle dernier un enfant étranglé par une négativité sordide injustement imputée à une religiosité elle-même mal comprise et mal vécue.

Par conséquent, on a le plus souvent affaire à un enfant qui déteste la vie ou ne s’en soucie que très peu, n’est tenté ni par l’acquisition du savoir ni par le sens du questionnement et de la découverte, ne se soucie pas du nouveau ; la beauté et la laideur représentent à ses yeux une même valeur.
Comment une telle personne pourrait être heureuse? Comment pourrait-elle contribuer au bonheur d’autrui? Comment pourrait-elle être un héritier du Paradis? Dieu (qu’Il soit Exalté) dit: « Et quiconque est aveugle dans ce monde sera aveugle dans l’Au-delà et plus égaré du chemin.” [Sourate Al Isra:72].

LES VALEURS QUE PRECONISE L’ISLAM

Ainsi-répétons-le, un des aspects les plus importants de l’éducation est de lier l’enfant dès son âge précoce au sens de l’engagement, de la propreté, le calme dans la discussion, en plus des qualités morales et psychologiques que préconise l’Islam avec un penchant indélébile pour les valeurs de vérité, bonté et beauté. Cela nous mène à cette vérité désormais établie proclamant que rien n’est plus dangereux pour un enfant que limiter son éducation aux soins du corps (alimentation, tenue vestimentaire, divertissements) tout en négligeant les questions du cœur, de la raison et du comportement social. Cette éducation déformée génère “des veaux bien traités” mais pas des êtres humains à la hauteur des responsabilités qui leur incombent.
Il est également impératif pour nous Musulmans de nous libérer des tendances laïcardes qui veulent soustraire nos enfants à toute référence religieuse-notamment à l’école-alors qu’elle est nécessaire à la santé émotionnelle, aux aptitudes mentales et pratiques ainsi qu’au bien-être général de l’individu et de la société. Les prétextes de rationalisme et de libération brandis par nos autoproclamées élites occidentalisées ne sont justement que des prétextes fallacieux pour semer le vide spirituel et perpétuer la dépendance culturelle et civilisationnelle.

Il est enfin nécessaire de relever l’erreur largement commise dans l’interprétation du Hadith faisant référence à «un jeune homme élevé dans l’adoration de Dieu» qui limite les jeunes dans la sphère strictement religieuse, sans contact avec la richesse de la vie et ses aléas. Ceci est sans aucun doute erroné car l’adoration de Dieu implique le dynamisme et la participation active dans la vie en parfaite symbiose avec les préceptes sacrés.

                L’ENFANT, UNE SOURCE DU BONHEUR

Et le bonheur de la famille et de l’humanité dépend en bonne partie du bonheur des enfants aussi bien dans ce monde que dans l’Au-delà. Un enfant jouissant des bienfaits du corps et de l’esprit, avec une âme dédiée à Dieu, respectant les prescriptions islamiques et la morale, plein d’entrain et de bonne volonté, interactif avec son environnement est une source de bonheur, et tel est l’enfant pieux que nous souhaitons avoir et qui est une grande faveur divine. Allah (qu’Il soit Exalté) dit: «Et ceux qui disent:”. Seigneur, donne-nous en nos épouses et en nos descendants le confort de nos yeux, et fais de nous des leaders des Muttaqin (les pieux) ” [Sourate Al Furqan: 74].
Il dit également: «La richesse et les enfants sont l’ornement de la vie de ce monde, les bonnes actions qui durent sont mieux en récompenses et en espérance.”. [Sourate Al Kahf, 46].
Les enfants peuvent être la parure s’ils sont caractérisés par la droiture et l’intégrité, sinon ils seront une source d’ennuis et de difficultés pour leurs parents.
Allah dit: « Et (Eden) Paradis (Jardin éternel), où ils entreront et (aussi) ceux qui ont agi avec droiture parmi leurs pères, leurs épouses et leurs descendants.” [Sourate Ar-Ra `d: 23].
Et Il dit: « Et ceux qui auront cru et dont la progéniture aura suivi dans la foi, Nous ferons que leur descendance les rejoigne.» [Sourate At-Tur: 21].
Les membres de la même famille sont donc rassemblés dans le Paradis, car ils avaient ici-bas de bonnes qualités. Cela incite encore plus les parents à prendre soin de leurs enfants et suivre de près leur parcours moral et éducatif ainsi que les composantes de l’environnement dans lequel ils évoluent, comme les amis, les livres, les magazines et les programmes et jeux audio et vidéo…
Il est, par conséquent, essentiel de reconsidérer le sens de l’éducation islamique et de la libérer des prismes et des clichés. Il faut l’élargir pour qu’elle englobe l’approche rationnelle et la bonne compréhension de la religion, de la vie, de l’humanité et intégrer l’élément du bonheur comme facteur principal dans la vie d’un enfant.

                                                                                                           A.K.