Études et analyses

DROITS DE L’HOMME ET DROITS COLLECTIFS/Mahi TABET AOUL

MAHILes rapports individu/société ont toujours fait l’objet de réflexion dans le champ du changement social. Ils ont donné naissance à diverses idéologies à travers l’histoire. Toutes les religions sont fondées sur ces rapports et donnent la priorité absolue aux droits de la communauté sur les droits des individus. Fondamentalement, les religions ont visé la construction de la cité idéale qui devrait abriter les hommes. Pour analyser ces rapports, on peut se poser la question de savoir s’il faut partir de la communauté considérée dans son ensemble ou bien des comportements individuels et de leurs effets?. Cependant, Il faut rappeler que l’individu a toujours été le produit d’un milieu sociohistorique particulier.

 

                 PORTÉE ET LIMITES DES RAPPORTS

                       INDIVIDUS-SOCIETE

 

Les rapports individu-société sont biunivoques en ce sens que l’homme fait la société en même temps que la société fait l’homme, que ce soit dans le bon ou le mauvais sens. Les droits de l’individu doivent s’arrêter là où ils peuvent s’exercer au détriment des devoirs envers la société. De même que les droits de la société s’arrêtent là où ils risquent de porter atteinte à la liberté de penser et d’entreprise de l’individu.

En somme, l’individu ne doit pas vivre aux dépens de la société, de même que cette dernière ne doit pas inhiber les capacités de l’individu par l’exploitation ou l’asservissement Une société équilibrée est une société où les droits de l’individu et de la société sont complémentaires et non conflictuels.

 

                             RAPPORTS INDIVIDUS-SOCIETE

                        SELON MALEK BENNABI

 

Les travaux de Feu de Malek Bennabi, sur sa réflexion sur Islam, ont visé à aller au-delà de la dimension purement religieuse. Il aborde les rapports individu/société dans leur dimension civilisationnelle plus globale. Ces travaux avaient pour but de faire émerger les valeurs qui doivent régir le comportement et l’action de l’homme en vue d’assurer la cohésion sociale et le développement global de société. Il disait que les devoirs de l’individu envers la société doivent être supérieurs à ses droits pour que le développement civilisationnel puisse s’opérer.

Quand les devoirs sont équivalents aux droits c’est la stagnation et quand les droits de l’individu l’emportent sur ses devoirs, alors c’est le chemin de la décadence. La personne motivée et déterminée, pour se réaliser sur le chemin divin, a  besoin de principes à respecter, de méthodes à suivre et d’outils appropriés pour mettre en pratique ses valeurs, pour orienter son comportement et son action en vue pour une contribution positive au développement et au rayonnement de sa société.

 

                                         RAPPORTS INDIVIDUS-SOCIÉTÉ

                                   EN OCCIDENT

 

La civilisation occidentale, à travers la multiplication et la sacralisation des droits de l’homme, a tellement donné et renforcé la liberté, tous azimuts de l’homme, au point d’engendrer la suprématie et le développement d’un individualisme destructeur. Au delà de cette liberté, ces droits ont servi de fondation à la construction de l’État soi-disant moderne. On constate aujourd’hui que cet individualisme a conduit à la destruction de la cellule familiale, à la spéculation financière, à la fracture sociale à l’accumulation des richesses aux mains d’une minorité et à la parution de nouveaux fléaux ravageurs comme la drogue et les nouvelles maladies dites émergentes (Sida, Maladie de la vache folle, grippe de volailles…..).

On vit actuellement une remise en cause, au nom de ces mêmes droits de l’homme, de l’équilibre de la cellule familiale basée sur le couple homme-femme qui a caractérisé l’humanité, depuis des millénaires, On cherche à dénaturer l’acte sexuel par l’institution du mariage mono-sexe, afin d’animaliser l’espèce humaine toute entière.

Toutes ces dérives, induites volontairement par les lois humaines, conduisent aujourd’hui à la faillite des liens familiaux, au déséquilibre social, au rejet de millions d’êtres humains sur le banc de la pauvreté et de la dépravation morale (toxicomanie, prostitution, ….) et même à l’affaiblissement de l’Etat-nation. Parallèlement, la mafia politico-financière et militaro-industrielle, se sert de nouveaux et puissants moyens, inconnus par le passé, pour manipuler et asservir les gens à une échelle mondiale à des fins de domination et d’uniformisation.

Le but, non avoué, est de transformer le comportement de l’homme planétaire de façon à le rendre assimilable par la machine de la globalisation économique et financière. Parmi les moyens de manipulation, on peut citer la diffusion de l’information (TV, Internet, Médias..), la délocalisation des entreprises, la spéculation financière et le désordre bancaire, la libéralisation sexuelle. Aujourd’hui, les conséquences de cette manipulation ont provoqué la faillite de nombreux États et leur mise sous tutelle par de puissants lobbies, la croissance du chômage et l’appauvrissement de la majorité des couches sociales.

 

              REFONTE DES DROITS DE L’HOMME

 

Peut-on, au nom de droits individuels, sacrifier les droits de la société qui sont fondamentalement des droits collectifs basés sur la primauté de l’intérêt commun sur l’intérêt individuel?. Le temps n’est-il pas venu d’envisager, au niveau mondial, de nouveaux droits pour protéger les sociétés ?. On doit ajuster les droits de l’homme pour qu’ils induisent des changements positifs chez l’individu pour qu’il soit au service de la société et non l’inverse.

Cependant, parallèlement, il s’agit de revaloriser le citoyen en tant que membre acteur et moteur du développement socioéconomique et humain. Ce qui nécessite l’élaboration et la mise en œuvre d’un nouveau paradigme qui permette d’ouvrir les voies et moyens d’impliquer le citoyen à tous les échelons de la responsabilité sociale. Ce qui pose le nouveau concept de développement humain par la prise en compte des ressources naturelles locales, des capacités humaines et la refonte de notre organisation sociale.

 

Les projets ne doivent plus être conçus au sommet pour être imposés au niveau local. Quand on parle de la décentralisation, on doit la subordonner à deux conditions : celle de décentraliser les compétences nationales et celle de décentraliser et de répartir, de façon équitable, les moyens nationaux disponibles en donnant la priorité aux zones les plus déshéritées.
           ÉMERGENCE DES DROITS DE LA SOCIÉTÉ

 

Les droits de la société visent, pour tous les citoyens, le développement socioéconomique et la protection de l’environnement qui constitue le cadre de vie commun. Depuis le Sommet de Johannesburg en 2002, un nouveau concept, celui du développement local durable, à travers des Agendas 21 locaux, a vu le jour. Ce nouveau concept vise à impliquer les populations locales là où elles se trouvent en les sensibilisant, les formant et les associant, non pas en aval de projets mais en amont, avant même de procéder au choix des projets de développement socioéconomique.

En effet, il n’y a pas mieux que les populations locales, elles-mêmes, pour apprécier et mesurer la nature et la portée des projets qui, logiquement, doivent être conçus pour répondre de façon prioritaire à la couverture de leurs besoins essentiels et urgents.

Pour pouvoir élaborer et construire des Agendas 21 locaux, on a besoin d’une culture locale qui puisse donner naissance à un cadre de référence commun des valeurs et convictions. Ce cadre doit être partagé par l’ensemble des acteurs locaux afin d’aboutir plus facilement à des consensus et à une solidarité à même de permettre la mise en œuvre des projets participatifs par l’ensemble des acteurs locaux et ce à différents niveaux. L’importance des agendas locaux va au-delà de projets pour devenir l’essence même d’une démocratie participative locale.

Pour construire cette démocratie, on a besoin d’élaborer une culture collective. Cette culture doit reposer sur une charte fixant les principes réglementaires devant régir le cadre de participation des acteurs et les méthodes à suivre pour mettre en œuvre ces principes. Cette charte doit fixer les droits collectifs à respecter et la procédure de participation des acteurs locaux. Cette charte peut devenir mondiale afin d’instaurer le nouvel ordre des droits de la société ou droits collectifs.

 

                              CONCLUSION

 

Le monde actuel se trouve à la croisé des chemins avec la montée des crises répétées : économiques, financières (crises de 2008) et sociales. Le temps est venu de trouver les remèdes appropriés à nos sociétés malades par un sursaut d’ordre moral qui permette de retrouver une qualité de vie indispensable à l’équilibre de tous.