Actualité nationale

Tindouf : une visite, des réalités et un engagement./Sifaoui Abdelatif

tindouf2La visite de trois jours, de la wilaya de Tindouf, par une forte délégation de l’Association des Oulémas, dirigée par son président le Dr Abderrazak Guessoum, Marquera sans doute pour longtemps aussi bien la mémoire des visiteurs que celle de l’ensemble des habitants de cette paisible ville.

L’accueil chaleureux, dont a fait l’objet la délégation des Oulémas, témoigne encore une fois de l’attachement indéfectible du peuple algérien, à l’Association et à ses valeurs, et  dont le  slogan « l’Islam est notre religion, l’arabe est notre langue, et l’Algérie est notre patrie » qu’elle clame tout fort depuis plus de huit décades, s’impose désormais comme la trilogie sacrée de tout Algérien.

Occupant une position géostratégique dans la partie Sud-Ouest du pays,    et s’étendant sur une superficie de 158.874 km², pour une population de seulement 59.852 habitants, la wilaya de Tindouf a cette particularité, d’être une ville frontalière  avec quatre pays, le Maroc, la Mauritanie, la République Arabe Sahraouie et Démocratique et le Mali ; et de par cette  position géographique— à l’intersection des routes caravanières reliant Guelmim dans la région de l’Oued Noun, Akka ou Agadir, dans le Sud marocain, Atar en Mauritanie, Dakar au Sénégal, Tombouctou au Mali, la Saguiet-El-Hamra dans le Sahara occidental ou le Touat dans le Sud algérien —un important commerce caravanier se développe et lui amène une relative  prospérité, comme le rapportera les historiens.

Il est à relever, qu’elle ne fut réellement occupée, qu’au 31 mai 1934, ce qui fait d’elle la dernière ville d’Algérie à être occupée par les colonisateurs Français.

Le 9 décembre 1956, est créée la Commune de Tindouf et ce  statut administratif est conservé tel quel après l’indépendance. Il est modifié une première fois en 1974 avec le redécoupage administratif qui rattache la daïra de Tindouf à la nouvelle wilaya de Béchar. En 1984, la Commune devient  le Chef-lieu de la nouvelle wilaya de Tindouf , englobant une daïra de deux communes celle du chef lieu Tindouf , et Oum El Assel à 170 km au Nord sur la route nationale N. 50 reliant la wilaya de Tindouf à Bechar et à Adrar (axe routier  reliant Tindouf à Adrar en cours de réalisation ) .

Outre la tribu fondatrice de la ville les Tadjakant, le tissu social de la wilaya est constitué des tribus des Reguibat, grande tribu nomade sédentarisée partiellement, et celle des Ch’ragua .Ces trois composantes essentielles de la société tindoufi  vivent ensemble en  harmonie totale d’où la stabilité et la quiétude par lesquelles se caractérise  cette ville historique.

Si certaines régions de notre grand Sud, sont réputées, par les gisements importants de pétrole et de gaz, la région de Tindouf se distingue par ses immenses réserves en  minerais de fer « Troisième mondiale »situées à  Gara Djebilet et Mechri Abdelaziz, et qui restent à nos jours non exploitées.

Cependant, c’est dans le domaine politique, que Tindouf revient épisodiquement à la Une de l’actualité nationale et internationale, compte tenu, d’une part des positions et déclarations provocatrices et belligérantes de certains politiques marocains,  concernant   leur prétendu droit historique sur cette région et sur celle de Béchar et d’autre part,  compte tenu, du dossier du Sahara occidental qui perdure depuis quatre décennies et ses conséquences politiques, économiques et humaines sur toute la région.

Il est clair qu’en raison de ce conflit, les frontières de l’Algérie, avec ses voisins restent fermées à nos jours, avec ses  répercussions  économiques désastreuses pour le pays.

Mais, c’est sur le plan humanitaire, et lors de leur visite des camps des réfugiés sahraouis, que  la délégation de l’Association des Oulémas Algériens a pu constater de visu le véritable drame et la cruelle tragédie  que connaissent les réfugiés sahraouis.

En effet, la délégation composée du Dr. Abderrazak Guessoum, président de l’association, le Dr.Abdelmadjid Birem , le Dr.Abdelhalim Kaba, le Pr El Hadi El Hassani, le Dr. Zoubir Toualbi et Mr Touhami Majouri et après avoir consacré, les deux premiers jours de leur visite, à la rencontre, des notables de la ville, et à donner des conférences au centre universitaire de Tindouf et dans ses différentes Mosquées, réservera  son troisième jour exclusivement  à la visite des camps des réfugiés sahraouis .

La délégation des Oulémas, sera très  touchée par les conditions inhumaines et terribles dans lesquelles se trouvent confrontés les dizaines de milliers de nos frères sahraouies, vivant dans des tentes et des habitations précaires, sous des températures pouvant atteindre les 55 degrés, privés d’électricité et dépourvus de toute infrastructure sanitaire adéquate, vivant des seules aides des associations occidentales, en l’absence de toute aide arabe et musulmane, laissant ainsi libre champ à certains associations caritatives occidentales douteuses de mener à bien leur politique d’évangélisation et de déculturation des  enfants et des jeunes sahraouies.

Le Dr Guessoum, dans la limite de la mission de l’Association et dans le strict respect de ses statuts, s’engagera au nom de la délégation à mettre en œuvre tous les moyens et mesures susceptibles de prendre en charge certaines préoccupations d’ordre humanitaire, culturel et religieux, telles qu’exprimées par le chef du gouvernement sahraouie, lors de sa rencontre avec les dirigeants de l’Association.

L’association des oulémas, reste convaincue, que le monde musulman en ne voyant dans le conflit saharien que l’aspect strictement politique, est en train d’occulter d’autres aspects du conflit, alors que la situation tragique des réfugiés sahraouis, oblige une mobilisation arabe et musulmane pour venir en aide à ces populations musulmanes qui vivent depuis quarante ans dans la précarité la plus totale.

Aussi la délégation déplore  le fait que cette situation tragique n’est pas suffisamment connue en Algérie ou ailleurs, ce qui peut  expliquer partiellement la passivité du Monde arabe et musulman par rapport à ce drame.

Mais ce qui est certain, c’est que les calculs politiques des uns et des autres ne peuvent en aucun cas servir d’excuses pour l’abandon criminel de nos frères refugiés