Études et analyses

PROPEDEUTIQUE IBRAHIMIQUE/Saber EL MALIKI

IBRAHIMQui mieux que le prophète Ibrahim (ASS)* pouvait incarner l’homme complet ? Jeune, son instinct, sa « fithra » le porte à la révolte contre les idolâtres de son époque (Al Qoran, Les prophètes). De nos jours, il serait traité de subversif ! Avec une logique instinctive et implacable, il désarçonne les idolâtres et leur élite, puis tutoie le cosmos avec une ferveur inégalable (Al Qoran, Les bestiaux, La vache). De nos jours, il serait traité d’illuminé ! Sa foi jalonne la voie du monothéisme et fait de ce fils de menuisier idolâtre, l’interlocuteur d’Allah, son « Khalil » et le père des prophètes. Devenu père tardivement, par la grâce d’Allah, il est éprouvé dans son âme et dans sa chair, comme d’aucun ne le fut. Personnalité forgée hors enclaves monacales, il sillonne à dessein le cœur, toujours battant, des terres historiques de l’humanité et s’expose à son monde sans concession.

           «Al Amn», LA SECURITE, MATRICE DU DROIT HUMAIN

Que pouvait espérer pour ces descendants un homme aguerri, de la trempe de notre prophète Ibrahim (ASS)? Espérait-il devenir l’oligarque d’un empire sans frontières ou cherchait-il l’acquisition d’une postérité auréolée jusqu’à la fin des temps ? Le maître Ibrahim (ASS) est le paradigme de ce que peut produire la conjonction entre la singularité d’un homme de convictions et les déterminants naturels et culturels. N’en déplaise au concept postiche de la mytho-histoire arkounienne, Al Qoran nous apprend que l’obéissant Ibrahim (ASS) accomplit l’ordre divin contre tout rationalisme matérialiste, puis prononça ce qu’on pourrait qualifier aujourd’hui de matrice universelle du droit humain : « ô mon seigneur, fais de cette cité un lieu sûr et fais attribution de fruits à ceux qui parmi ses habitants auront cru en Allah et au jour dernier ». Pour Ibrahim (ASS) tous les occupants de la cité sont concernés, sans exclusion. Allah l’exauce instantanément, en complétant sa prière : «…le seigneur dit : et quiconque n’y aura pas cru, alors je lui concèderai une jouissance courte puis je contraindrai au châtiment du feu. Et quelle mauvaise destination » (La vache, verset 126)

 

                              LA SECURITE AVANT LA PITANCE

Il est communément admis que la justice est le fondement du développement. Suffit-il alors de dire le droit et prononcer des sentences pour faire d’une cité un lieu sûr ? Suffit-il que chacun soit rassasié, voire vive dans l’opulence pour qu’il se sente en sécurité ?

Quel goût aurait le pain dans la bouche de celui qui la « peur au ventre » se sait fiché pour son opinion sous prétexte de préserver la sécurité de la cité ? Quel sommeil pourrait habiter celui qui ne se sent pas à l’abri de l’arbitraire ? Quelle créativité animerait un entrepreneur balayé par l’improvisation et le bricolage érigés en système ?

« Al Amn », terme utilisé par Al Qoran pour traduire la prière d’Ibrahim (ASS), s’entend certainement dans le sens de la sécurité. Ce terme n’est pas moins réducteur, car « Al Amn » devrait s’entendre également dans le sens de la confiance. La confiance en Soi et en Autrui et dans l’environnement, la cité. Il doit également s’entendre dans le sens de la mutualité et de l’ordre. Autrement dit, une citoyenneté pleine et entière et non un assujettissement, une servitude au nom de la raison d’Etat.

                                       LA CITE D’IBRAHIM (ASS) 

C’est en mettant la prospérité du sujet humain, le citoyen, au centre de la vocation de sa cité qu’Allah donne quittance à la prière d’Ibrahim (ASS). Sa quête de sécurité pour la cité l’est pour tous, y compris pour les mécréants. Le droit de ces derniers de jouir des biens d’ici-bas, certes une jouissance éphémère, est un acquis dans la cité d’Ibrahim (ASS).

Comment le serait-elle autrement ? En effet, l’insécurité est centrifuge. Elle pousse à la fuite, à l’exil, à la « Harga ». Elle s’accommode autant avec le système policé qu’avec l’omerta. La pauvreté et la fortune sont ses corollaires, d’où les inégalités et la ghettoïsation de la société insécure. La cité d’Ibrahim (ASS) est une quête permanente, ne dort jamais sur ses lauriers et se regarde d’abord dans son propre miroir.

Sur la même terre sainte voulue par Allah, des siècles plus tard, le descendant d’Ibrahim (ASS), le prophète Mohamed (ASS) a pris le chemin de l’exil vers Médine. Lors de la négociation de la trêve, ou la paix (solh), dite d’Alhodaibiya, il cède aux conditions outrageuses des Qorichites afin d’obtenir la sécurité pour la société musulmane en devenir. La cité d’Ibrahim (ASS) naquît de nouveau, pour un temps !

ASS : Alayhi salat wa salam