Évocations

SMAIL BOUDECHICHE:UNE VIE CONSACREE AU NOBLE CORAN/Messaoud BOUDJNOUN

BOUDECHICHEJ’ai connu le défunt Smail Boudechiche il y a plus de vingt ans, précisément durant l’année 1990, où il venait de quitter l’APS, laissant une carrière bien prometteuse de spécialiste des questions énergétiques et des missions fréquentes à l’étranger, pour se lancer dans l’aventure périlleuse de la presse indépendante.

Il fonda avec un groupe d’autres journalistes un hebdomadaire de tendance islamiste, l’Eveil, qui devint en si peu de temps une référence et une voix autorisée de toutes les sensibilités islamistes activant sur la scène algérienne.

 

                                   IL SACRIFIA SA CARRIÈRE

                                       POUR SERVIR L’ISLAM

 

C’est avec un très grand plaisir que j’ai travaillé avec lui en tant que collaborateur, apprenant auprès de lui les ficelles du métier, moi qui n’ai jamais fais de formation journalistique. J’ai apprécié en lui le sérieux, le sens de la rigueur, la tolérance et le respect des opinions adverses. Notre amitié qui avait commencé dans les locaux de l’hebdomadaire l’Eveil, à Bab El-Oued, en 1990, s’est perpétuée après la cessation de parution de notre hebdomadaire pour des raisons politiques, malgré quelques moments de séparation dus aux  vicissitudes de la vie.

Lorsqu’en 1993, j’ai fondé avec un groupe de rescapés de l’Eveil, un autre hebdomadaire de tendance islamiste, El-Manar, c’est tout naturellement qu’il nous a rejoint pour collaborer avec nous, ayant entre temps créé une boite de communication et de publicité qui n’avait pas fait  long feu. La disparition d’El-Manar n’a pas mis fin à notre amitié, loin s’en faut, car ce qui nous réunissait ce n’était pas le simple journalisme, mais le projet de servir l’Islam et de le défendre contre ses détracteurs.

Si moi j’ai suivi la voie de la traduction d’ouvrages de référence du patrimoine islamique et de l’écriture d’ouvrages de connaissance de l’Islam, mon ami Smaïl a choisi, lui, de vulgariser la méthode d’apprentissage du noble Coran qu’il avait découverte et pour la reconnaissance de laquelle il avait consacré le restant de sa vie.

Cette méthode qu’il avait conçue lui tenait à cœur. Il a frappé à toutes les portes pour la faire reconnaître et agréer, en vain. Son seul souhait était pourtant de faire apprendre le noble Coran aux gens grâce à sa méthode facile appelée à juste titre « Apprendre et comprendre le Coran ». De guerre lasse, il s’est tourné vers les voies de communication des réseaux sociaux, en créant un site pour faire connaître sa méthode d’apprentissage du Coran.

 

                               YAURA-T- IL UN MECENE

                            POUR SAUVER SON ŒUVRE ?

 

Il s’est tourné aussi vers l’écriture de scénarios en faisant deux petits films, l’un sur la vie du Prophète Joseph (sur lui le salut) l’autre sur les gens de la caverne (Ahl Al-Kahf), les deux films inspirés de deux sourates du Coran. D’ailleurs, le premier film sur « Sidna Yousef » comme il l’avait appelé a obtenu le deuxième prix à Manama pour la meilleure production religieuse dans les pays arabes.

La radio et la télévision nous ont réunis aussi durant les mois de Ramadhan de plusieurs années où nous animions en compagnie d’autres intellectuels des causeries religieuses en langue française en direction de la communauté algérienne et musulmane à l’étranger. Ma prise de fonction au Haut Conseil Islamique en 2006 m’a permis de faire appel à lui pour me seconder dans la rédaction de la revue « les Etudes Islamiques » sous la direction du Professeur Chikh Bouamrane le Président du H.C.I qui l’appréciait beaucoup. Depuis le lancement de la revue en 2002, il a collaboré à tous les numéros en consacrant ses articles aux techniques de communication dans le Coran, une méthode qu’il avait découverte après tant d’années de recherches.

 

Nous lui avons donné l’occasion de promouvoir sa technique de communication et d’apprentissage du Coran après que toutes les portes se soient fermées devant lui. Les colloques internationaux que le H.C.I organise chaque année étaient aussi une occasion de nous rencontrer dans une ambiance de culture et de spiritualité qu’il appréciait tellement.

 

Sans ressources régulières, le défunt collaborait à plusieurs journaux pour gagner sa vie et faire vivre sa petite famille. Très croyant et d’une générosité inégalable, il partageait tout ce qu’il avait si modeste soit-il. Il ne se plaignait jamais des aléas de la vie et avait toujours le sourire aux lèvres et le visage jovial. Smaïl Boudechiche laissera un grand vide dans le cœur de ceux qui l’ont aimé et apprécié pour ses immenses qualités morales et spirituelles. Adieu mon ami, mon frère, et je prie Dieu de tout cœur pour qu’Il te fasse introduire dans Son paradis avec les prophètes, les véridiques, les martyrs et les saints… Quelle belle compagnie que ceux-là ! ». Sourate 4. Verset 69. Amen.

 

        journaliste, écrivain et traducteur.