Actualité nationale

UNE CONSTITUTION EN CHANTIER /Nacer NADJI

NADJIDepuis son accession à la magistrature suprême en avril 1999, le président Abdelaziz Bouteflika n’a eu de cesse de critiquer la constitution mise au point en 1996, sous le règne de Liamine Zeroual et à l’endroit de laquelle il annonçait un grief essentiel à ses yeux : L’amalgame qu’entretenait ce texte entre régime parlementaire et régime présidentiel .Aussitôt installé à la tète de l’Etat, il entreprit de rejeter le statut qui lui était réservé, en clamant haut et fort que jamais il n’accepterait d’être un « trois-quarts président ».

D’emblée, le principe d’une révision constitutionnelle a été posée. Le 10 Avril 2002, le président se contentera d’un amendement constitutionnel qui avait pour objet de reconnaître à la langue berbère ancestrale le statut de langue nationale à l’instar de la langue arabe, celle-ci demeurant l’unique langue officielle. Cet amendement constitutionnel avait été concédé au vaste et vigoureux mouvement de contestation ayant secoué la Kabylie.

Il faudra donc attendre la moitié du second mandat du président pour assister à l’annonce officielle du projet de révision de la constitution qui aura lieu par voie parlementaire à l’exclusion de la voie référendaire retenue initialement. Le 12 novembre 2008, les deux chambres du Parlement réunies avalisent, à une majorité écrasante, les amendements proposés. Annoncée depuis plusieurs années, la révision constitutionnelle a ainsi été réalisée avec une célérité déconcertante, proposant des thèmes assez surprenants tels que celui de la protection des symboles de la Révolution.

La promotion des droits politiques de la femme ou celui relatif au droit du peuple de choisir ses gouvernants et de leur renouveler sa confiance en toute souveraineté. Mais derrière l’écume des mots se cache le véritable et le principal objet de la révision qui est la suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels.

A partir de cet instant, un véritable matraquage médiatique sera exercé pour faire accroire l’idée que c’est tout le pays profond, dans toutes ses régions et ses composantes, qui souhaitait voir Abdelaziz Bouteflika briguer un nouveau mandat afin, dit la propagande officielle, d’achever la réalisation des plans et des programmes lancés sous son règne. Ainsi, tous ses obligés, de plus en plus nombreux donnèrent de la voix pour exprimer leur allégeance et créer l’illusion d’un vaste appel adressé à quelqu’un ne tenant nullement à s’accrocher au pouvoir.

Ce coup de force constitutionnel est vu par les opposants et les adversaires du chef de l’Etat, comme une régression dès lors que la levée de la limitation des mandats sanctionne l’un des rares acquis en matière de modernisation institutionnelle.

Avril 2013, le président désigne une Commission d’experts qui aura la charge de préparer un projet de loi sur la révision de la constitution. Il apparaît qu’il n’y aura pas lieu de débat national sur le sujet. Certes, le pouvoir a initié un semblant de consultation avec des acteurs politiques et sociaux ayant accepté de participer à cette démarche. Le premier ministre a indiqué « qu’aucune limite préalable n’a été posée au projet hormis celles relatives aux constantes nationales et aux valeurs et principes fondateurs de la Société algérienne ». L’impression prédomine que la mouture de cet avant-projet serait déjà prête et qu’en somme l’affaire est déjà ficelée. Et que finalement, la Commission formée de cinq membres constitutionnalistes désignés n’aura d’autres taches que celle de donner une forme juridique à ce projet.

Peut-on dès lors affirmer que le projet de révision constitutionnelle en préparation débouchera sur la consolidation de la démocratie représentative dans le pays ? Le confortement des fondations de l’Etat de droit ? Le renforcement des droits et libertés du citoyen ? Touchera –t-il aux grands équilibres des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire ? Ils ne sont pas nombreux les Algériens ayant cette vision optimiste quand aux résultats à attendre.

Et au moment ou le débat était orienté vers la question d’un quatrième mandat pour l’actuel chef de l’Etat et le contenu du projet de la révision constitutionnelle, tomba la nouvelle alerte sur l’état de santé du président et son admission à l’hôpital militaire du Val-de Grace, à Paris. Notons tout d’abord qu’il n’est nullement dans notre intention de polémiquer sur la maladie du président, cela est moralement indécent et ne fait pas partie de notre éducation. Cependant, il faut reconnaître que la gestion de la Communication sur la maladie du président a été hasardeuse. Une vraie cacophonie, beaucoup de personnes se prétendant proches du Cercle présidentiel, avançaient des prédictions et tentaient de rassurer l’opinion algérienne sur l’état réel du président. Mais, la rumeur a fait son effet.

Les communiqués et les spéculations des responsables politiques n’ont eu aucun écho en l’absence d’images montrant le président Bouteflika. Ce n’est qu’après une quarantaine de jours ou plus et après que les médias Français se soient emparés du sujet qu’un Bulletin de santé a été rendu public par la Présidence. Le communiqué affirmait que «  Le président est en période de soin et de réadaptation fonctionnelle aux Invalides ».

Le communiqué rappelait par ailleurs que le président a présenté un AVC (Accident vasculaire cérébral) et non un mini-AVC comme annoncé auparavant. Ce qui est sur c’est qu’aujourd’hui, nous Algériens, sommes à la croisée des chemins. Le pays s’apprête à passer à autre chose. Que le président se remette de sa maladie et reprenne ses fonctions ou que cela le pousse à l’abandonner, qu’il écourte l’actuel mandat ou qu’il décide d’aller à terme, nous sommes bel et bien à un moment de transition car l’histoire d’une « ouhda rabi’a » (quatrième mandat) s’éloigne chaque jour un peu plus. Quand au projet de révision constitutionnelle, son sort semble étroitement lié au sort du président.

N.N.